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nouveauLUNDI 11 MARS 2002
Bienvenue sur la messagerie qui facilite la rupture
Pour mettre un terme à une relation, vous pouvez faire appel à la «rejection Line», un répondeur d’un nouveau genre... Un phénomène évidemment né à New York.
Par Maria Pia Mascaro

Se faire quitter n’a jamais été chose facile, les agents de Largeur.com en savent quelque chose. Mais quitter quelqu’un, est-ce vraiment plus agréable?

Peu après leur arrivée à New York, capitale des célibataires, Chelsea Peretti, 24 ans, et son frère Jonah, 28 ans, ont rapidement conclu qu’il était souvent plus embarrassant d’éconduire que d’être éconduit. «Nous avons rencontré tellement de femmes harcelées par des hommes et qui ne savaient pas comment s’en défaire que l’idée a germé d’elle-même», m’ont-ils expliqué.

L’idée? C’est la «ligne du rejet» imaginée par le frère et la soeur. En fait un simple numéro de téléphone, le 212 479 79 90 à donner à l’indésiré. Quand celui-ci appelle, il tombe sur un message préenregistré qui le plus cruellement mais le plus clairement du monde lui dira: «Bienvenue sur la ligne du rejet de New York mise au point par www.rejectionline.com. Malheureusement la personne qui vous a donné ce numéro ne souhaite plus vous parler. Nous profitons de cette occasion pour vous rejeter officiellement.»

Dur. Pour mieux faire passer cette amère pilule, Chelsea et Jonah ont complété le message par des «options» dignes de toute messagerie moderne, histoire de donner l’impression que l’on s’adresse tout de même à un humain. La voix poursuit donc: «Pressez le 1 pour un spécialiste du réconfort, le 2 pour entendre un poème triste ou le 3 si vous voulez vous emmurer dans vos illusions.»

Les messages sont disponibles en MP3 sur www.rejectionline.com.

Alors que l’idée avait germé comme un gag, elle a fait en quelques mois le tour de New York. «Nous avons reçu plusieurs centaines de milliers d’appels depuis le lancement», explique le fondateur Jonah Peretti, par ailleurs directeur artiste chez Eyebeam, une association de promotion d’art multimedia.

Le succès de la ligne est essentiellement le fruit du bouche à oreille. «Et c’est justement ce qui m’intéresse et ce que j’enseigne, à savoir comment une idée, une tendance voyagent sur le Net, comment certaines deviennent immédiatement branchées et d’autres meurent d’elles-même sans avoir généré le moindre soubresaut», poursuit Jonah. Dans le cas de la rejection line, il en est sûr, c’est la notion de «service rendu» qui est à l’origine de sa petite notoriété.

La ligne n’a pour l’instant pas rapporté un sou aux Peretti. «Ce n’était pas le but, nous voulions surtout tenter une experience artistique, commente de son côté Chelsea, comédienne. Rien de pire pour une actrice d’attendre le show qui ne vient pas, j’avais envie de créer quelque chose, un mini-événement qui ferait parler de moi.»

Pari réussi. Chelsea s’est déjà vu offrir une chronique régulière sur la vie nocture new yorkaise pour Details, le magazine masculin et un contrat pour un livre sur… les ruptures amoureuses. «Les messages laissés sur notre répondeur seront une grande source d’inspiration», plaisante Chelsea.

En attendant, les Peretti ont ouvert une deuxième ligne à Los Angeles au 323 883 17 79. Hollywood oblige, elle s’adresse uniquement aux wanna-be-acteurs-réalisateurs-scénaristes. La petite voix préenregistrée dit: «La personne qui vous a laissé ce numéro ne souhaite pas travailler avec vous.» C’est au moins clair, non?


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