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brouilleurMARDI 23 AVRIL 2002
Quand le portable ne répond plus
En Asie, les neutraliseurs de mobiles imposent la paix dans les cinémas et les restaurants. Par le Net, on peut s’en procurer facilement en Suisse, même si c'est illégal.
Par Gabriel Sigrist

En Asie, c’est devenu une plaisanterie classique: quand ils voient quelqu’un au téléphone, surtout un étranger, les jeunes dégainent leur brouilleur et regardent la réaction agacée de la victime qui répète, impuissante, des «Allo, allo? Allo!», en pestant sur la mauvaise qualité du réseau.

Les neutraliseurs de mobile, en vente libre dans la plupart des pays asiatiques, s’utilisent couramment, et ce n’est pas un hasard. «En Thaïlande, par exemple, et en Asie en général, les gens n’ont aucun respect pour les autres avec leur mobile: ils hurlent dans les restaurants ou parlent pendant les projections au cinéma, raconte Roger, homme d’affaire basé à Bangkok. Du coup, j’ai fait comme les autres, j’ai acheté un brouilleur: je le pose à côté de moi au cinéma pour regarder mon film tranquillement.»

Le brouilleur ressemble à un téléphone portable muni de deux petites antennes. Il perturbe les fréquences utilisées par les cellulaires. Lorsqu’on appuie sur le bouton, le petit émetteur arrose le secteur d’un signal qui rend toute communication mobile impossible dans un rayon d’une quinzaine de mètres. Il existe aussi des modèles de table – moins discrets – qui sont installés dans les hôtels ou les salles de réunion.

En France, un projet de loi autorisant les salles de spectacles à installer de tels appareils est en discussion. En Suisse, les brouilleurs sont interdits et le resteront. «Le contrevenant risque une amende de quelques milliers de francs et la confiscation de son émetteur pour «usage d’appareil non homologué» et «perturbation du trafic téléphonique», détaille Roberto Rivola, porte-parole de l’Office fédéral de la communication (Ofcom). Mais nous n’avons encore jamais pu appliquer de tels sanctions pour les brouilleurs de mobile.» La discrétion de l’outil rend en effet les interpellations difficiles.

Il est relativement facile de se procurer un brouilleur de portable sur l’internet. Il suffit de passer par un pays où la commercialisation est légale, comme le Royaume Uni. «La plupart de nos clients sont des particuliers qui ne veulent plus être dérangés dans les transports publics, les bars ou les restaurants, explique Michael Menage, responsable de GlobalGadget, qui distribue de nombreux modèles. Mais nous voyons de plus en plus de petites entreprises qui utilisent les brouilleurs dans leurs locaux. Nous livrons dans le monde entier, y compris en Suisse. Mais ces derniers mois, la demande est particulièrement forte au Mexique et au Chili.»

Une fois que l’on a repéré un fournisseur, il s’agit de prendre contact avec lui en demandant s’il est prêt à livrer en Suisse, sachant que le produit est illégal. Dans la foulée, lui demander s’il peut spécifier un descriptif vague sur la déclaration douanière (à coller sur le colis). Par exemple, il peut indiquer «mobile phone accessory».

Les vendeurs n’acceptent pas un libellé absurde – «chocolate for birthday present» – pour ne pas être accusés de falsification. Le fournisseur changera par contre assez volontiers la valeur du contenu, pour ajouter de la cohérence au propos. L’avantage: la TVA est d’autant moins chère. «Nous n’avons jamais eu de problème à exporter nos produits dans les pays européens, confirme Can Ziplar, patron de Ming Dynasty, une firme qui distribue des brouilleurs de mobile en gros depuis Hongkong. Nous précisons généralement qu’il s’agit de téléphones mobiles de démonstration…»

Frais de port compris, le modèle de base – baptisé WaveShield – revient à environ 250 francs suisses. On peut trouver des brouilleurs artisanaux pour des prix inférieurs. Seul risque: la confiscation de l’appareil à la douane à son arrivée en Suisse.

Le débat éthique sur l’usage des brouilleurs passionne les internautes. Potentiellement, un tel appareil peut mettre en danger des vies humaines, par exemple si un médecin de garde est inatteignable dans un restaurant parce que les communications y sont neutralisées. Et le brouilleur remet en cause le concept même du téléphone mobile, qui doit permettre d’être joignable partout.


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