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photoDIMANCHE 02 FÉVRIER 2003
Réveillez le paparazzi qui sommeille en vous
Les stars vont être soumises à rude épreuve: Snaparazzi.com vous invite à les traquer avec vos téléphones-caméras, puis à envoyer les clichés par MMS aux tabloïds.
Par Pierre Grosjean

Tim Hammond est fier de son coup. «Nous venons de vendre notre concept à un grand groupe de presse, qui va le commercialiser sous le nom de Snaparazzi.com. Vous en entendrez parler très prochainement.»

Le concept qu’il a développé dans son entreprise Mobile Entertainment repose sur une idée simple: les nouveaux modèles de téléphones mobiles, équipés d’une minicaméra numérique, vont rapidement étendre le réflexe du paparazzi à l’ensemble de la population.

Vous croisez une célébrité dans la rue? Il vous suffira de dégainer discrètement votre portable pour immortaliser la scène. Une manipulation supplémentaire, et l’image sera envoyée à tous vos amis par MMS, l’équivalent multimédia du SMS. Dans quelques mois, s’imagine Tim Hammond, la plupart des détenteurs de mobiles auront attrapé le virus du traqueur de stars.

C’est sur cette intuition qu’il a basé son investissement. En octobre dernier, il a lancé un test en grandeur nature avec le site Celebsnapper.com, qui propose aux abonnés britanniques de recevoir sur leur téléphone MMS les photos les plus récentes de leurs vedettes préférées, au prix de 1,5 £ pour cinq clichés. Mieux encore: les abonnés qui réussissent à photographier une personne connue peuvent envoyer l’image à Celebsnapper.com, et même gagner la somme de 20 £ au cas où un tabloïd décide de la publier (en format timbre-poste, vu la basse qualité des clichés jpeg).

«Près de 200 personnes ont participé à cette version test», indique Tim Hammond. Le fan-club de Kylie Minogue a également accepté de donner un coup de main, si bien qu’aujourd’hui tout est prêt pour un lancement à grande échelle. Mais Tim Hammond ne peut pas révéler le nom du groupe qui commercialisera Snaparazzi.com dans les prochaines semaines.

Ce n’est certainement pas un hasard si une telle idée est née en Grande-Bretagne. «Le droit anglo-saxon ne donne à la sphère privée aucune protection particulière, explique Me Dominique Warluzel, avocat et ami des stars. La culture française, au contraire, défend ce qu’on appelle l’intégrité du droit à l’image; c’est pour cela que, en France, les condamnations des journaux people deviennent automatiques: il suffit que l’image paraisse dans la presse pour qu’on ait une violation consacrée.»

Ce qui ne semble pas décourager les journaux people. Chez Prisma Presse, éditeur des magazines Voici et Gala, «il nous arrive de publier des photos de célébrités que nos lecteurs nous envoient spontanément, explique Karine Zimeray, porte-parole du groupe. Mais on ne lancera jamais d’appel à photos comme le font les Anglais. Le procédé ne nous semble pas très élégant.»

Et en Suisse, que risquent les paparazzis amateurs? «Théoriquement pas grand-chose si la photo est prise dans un lieu public, poursuit Dominique Warluzel. Selon le droit suisse, photographier quelqu’un à son insu à des fins de publication est en principe une atteinte, mais il n’est pas certain que cette atteinte soit considérée comme illicite.»

On pourrait donc voir apparaître des services du type Snaparazzi.com dans nos régions. D’autant que, si l’image est distribuée directement de mobile à mobile, on ne peut pas parler de publication. «On considère cela comme un cercle privé ou semi-privé. Et là, ça devient impossible à maîtriser.»

Un marché prometteur
Les opérateurs croient beaucoup à l’envoi d’images sur les téléphones mobiles. Facturé entre 80 centimes et 1 fr. 80, le MMS leur promet de belles rentrées financières, sur les traces de son ancêtre le SMS, qui représente déjà plus d’un dixième des revenus des sociétés de télécoms. Seul problème, pour l’instant, moins de 100 000 messages MMS circulent chaque jour sur les réseaux suisses, soit un chiffre négligeable comparé aux 10 millions de SMS quotidiens envoyés dans le pays.

«Pour l’instant, il existe encore relativement peu d’appareils compatibles, explique Pia Columbo, porte-parole de Swisscom. Mais selon les spécialistes, un appareil sur deux vendu en 2003 sera équipé de la messagerie multimédia. Et nous devrions donc compter plusieurs centaines de milliers de clients MMS d’ici à la fin de l’année.»

Pour doper ce marché, les opérateurs cumulent les offres spéciales: Swisscom a proposé le MMS gratuitement à ses abonnés pendant six mois l’an dernier, et continue de subventionner l’achat d’appareils compatibles.

De son côté, Orange prépare plusieurs offres attractives pour encourager l’usage du MMS. Facturé en fonction de la quantité de données, le MMS pourrait rapidement devenir un marché très rentable, d’autant que sa mise en place ne nécessite que peu d’investissements pour les opérateurs.

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Une version de cet article de Largeur.com a été publiée le 2 février 2003 dans l’hebdomadaire Dimanche.ch.

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