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enqueteMARDI 21 JUIN 2005
Should we speak English? Nos élus répondent
C'est en anglais que l'ensemble des parlementaires fédéraux ont été interrogés par Largeur.com. Objectif: leur demander quelle langue doit être enseignée en priorité et, par la même occasion, mesurer leur maîtrise de l'idiome international.
Par Largeur.com

Après plus d’un millier d’appels téléphoniques et des heures de dépouillement, le résultat de l’enquête apparaît plutôt positif: huit parlementaires sur dix réussissent à communiquer en langue anglaise. Certains la manient à la perfection, d’autres la maltraitent joyeusement mais dans leur majorité, les élus du peuple parviennent à se faire comprendre, tant bien que mal, dans la langue internationale. Seulement 19% d’entre eux ne la parlent pas. «C’est un excellent résultat pour le Parlement suisse, je suis positivement impressionné, dit Andy Sundberg, fondateur à Genève de l’organisation American Citizen Abroad. La maîtrise de l’anglais est un signe d’ouverture.»

Pour obtenir ces résultats (fichier Excel), les enquêteuses ont appelé tour à tour l’ensemble des conseillers nationaux et aux Etats, en leur demandant quelle langue devait être enseignée en priorité dans les écoles suisses. Elles leur ont parlé d’emblée en anglais, pour vérifier si leur faculté de s’exprimer dans cette même langue avait une quelconque influence sur leur opinion. Ce qui, au vu du sondage, ne semble pas être le cas.

Une partie des élus n’ayant pas pu ou voulu répondre, cette étude n’a qu’une valeur indicative. On peut toutefois en tirer quelques indications qui viennent éclairer le débat actuel sur l’enseignement des langues. A l’échelle nationale, 71% des parlementaires sondés privilégient la cohésion nationale. Seulement 29% se sont montrés favorables à l’apprentissage de l’anglais comme première langue étrangère; ils sont tous d’origine alémanique, sauf deux.

Ce résultat inédit, presque inattendu, tient au statut du personnel politique fédéral, attaché plus que d’autres à la tradition. Il n’étonne pas le politologue et professeur à l’Université de Lausanne Yannis Papadopoulos. «Ce résultat reflète bien le réflexe romand de minorité, tout comme les divisions des Alémaniques reflètent les divergences de vues entre cantons dans cette région du pays.»

L’enseignement des langues nationales est en effet toujours privilégié en Suisse romande, ce qui n’est pas le cas outre-Sarine. Appenzell-Rhodes-Intérieures a déjà introduit l’anglais à partir de la 3e année primaire sur tout son territoire alors que dans le canton de Zurich, ce projet s’effectue par étapes. Dès la rentrée, les cantons de Suisse centrale (Uri, Schwytz, Obwald, Nidwald et Zoug) vont imiter le canton précurseur, alors que Lucerne introduira l’anglais précoce à partir de l’année scolaire 2007/2008.

Il est intéressant de noter que les élus ne sont pas toujours en accord avec la décision prise par leur canton en matière d’enseignement de l’anglais. Selon notre enquête, les parlementaires zurichois et obwaldiens sont partagés et les zougois y sont même opposés.

De manière générale, la tendance alémanique à privilégier l’anglais ne fait pas l’unanimité auprès du peuple suisse. Selon un récent sondage sur le système éducatif réalisé par L’Hebdo (édition du 9 juin), les Suisses estiment que l’apprentissage des langues nationales est toujours important pour la cohésion du pays, 48% le jugent indispensable, et seuls 14% pensent que l’anglais pourrait suffire. Des initiatives populaires ont d’ailleurs été lancées ou déposées dans plusieurs cantons alémaniques pour s’opposer à l’introduction d’une deuxième langue étrangère au degré primaire.

L’anglais doit-il dès lors être privilégié dans les classes? De nombreux élus interrogés dans le cadre de notre enquête estiment que cela n’est pas nécessaire, car la langue internationale attire déjà naturellement la jeunesse. Elle est par ailleurs relativement facile à apprendre, contrairement au français et à l’allemand, jugés ardus. C’est donc le devoir de l’école publique de privilégier l’enseignement des langues nationales.

Toutes ces considérations ont été exprimées dans un anglais relativement clair par les élus. C’est du moins l’avis de nos enquêteuses, qui ont attribué une note à chacun d’eux, comme à l’école. Les meilleurs ont reçu un 4, les moins bons un 1. Résultat: les élus tessinois ont globalement mieux réussi l’examen, avec une moyenne de 2,57 contre 2,54 pour les alémaniques et 2,31 pour les romands.

Le fait que les francophones soient les moins bons élèves ne réjouit pas l’économiste Beat Kappeler, chroniqueur au Temps et à la NZZ. «Les Romands, qui sont minoritaires, devraient d’autant plus maîtriser l’anglais, dit-il. Cette langue donne accès à l’économie globale et à l’esprit des lois étrangères.» C’est pourquoi, selon lui, tous les documents fédéraux devraient être aussi disponibles en anglais: «Il y a beaucoup d’atouts que la Suisse peut vendre en rendant ses lois accessibles à l’étranger. Il n’est pas normal, par exemple, que le site du Secrétariat à l’économie (Seco) ait une version anglaise qui ne contient que des textes… en allemand.»

Au niveau des partis, ce sont les Verts qui paraissent maîtriser le mieux la langue anglaise avec une moyenne de 2,91. «C’est la preuve qu’ils sont plus ouverts et moins idéologiques que les socialistes (2,65 de moyenne, ndlr), relève Beat Kappeler. Le PS démontre une fois de plus qu’il connaît mal le monde anglo-saxon.»

Pour Yannis Papadopoulos, les différences de compétences linguistiques entre parlementaires des différents partis renvoient à des différences d’origines sociales: «Par exemple, le recrutement des parlementaires à gauche se fait surtout parmi les nouvelles classes moyennes fortement éduquées, alors qu’une partie des parlementaires de l’UDC reflète l’ancrage de ce parti auprès des couches populaires.»

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Les dessous de l’enquête

Faut-il privilégier l’apprentissage de l’anglais par rapport aux autres langues nationales? Pour connaître l’avis des parlementaires sur cette question qui touche à l’identité même du pays, nous avons décidé de les sonder… en anglais.

Nous avons donc chargé deux étudiantes de langue maternelle anglaise d’appeler l’ensemble des membres du Conseil national et du Conseil des Etats. Avec une consigne stricte: elles devaient s’adresser à eux «in English only».

Elles ont réussi à atteindre 211 des 245 élus qui composaient le Parlement à la mi-avril. Les autres édiles sont restés injoignables, malgré des appels téléphoniques répétés (au moins une vingtaine de tentatives pour chacun). Quand elles parvenaient à joindre un parlementaire, nos enquêteuses lui précisaient d’emblée qu’il s’agissait d’une étude pour L’Hebdo, puis elles lui posaient une série de questions. 142 élus ont pris le temps de leur répondre, dans un anglais plus ou moins maîtrisé.

Après chaque appel, l’enquêteuse était chargée d’évaluer la manière dont son interlocuteur s’était exprimé, et de lui attribuer une note allant de 1 (ne comprend pas, ou comprend peu) à 4 (excellente maîtrise).

Cette méthode a ses limites, dans la mesure où les élus ont été pris par surprise (certains se trouvaient dans des situations qui ne facilitaient pas l’expression dans une langue étrangère). Nos étudiantes, conscientes que ce type de test comporte une bonne part de subjectivité, se sont efforcées de donner les mêmes chances à chacun. Les parlementaires n’ont donc pas été informés du fait qu’ils allaient être évalués. Leurs réponses sont reproduites dans le tableau en page 28 telles qu’elles ont été comprises par nos enquêteuses.

«La majorité des élus a joué le jeu, dit Claire Balbo, coordinatrice de l’enquête dans le cadre d’un séminaire de dernière année en sciences politiques à l’Université de Genève. Ils se sont montrés très ouverts: j’ai d’ailleurs été surprise par leur disponibilité. Et sur la question de l’enseignement de l’anglais en Suisse, ils avaient souvent une opinion mûrement réfléchie.»

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Enquête réalisée par Claire Balbo, étudiante anglophone en sciences politiques à l’Université de Genève. Avec la collaboration de Sophie Balbo et de Lisa Wayte. Une version de cet article est parue dans L’Hebdo du 16 juin 2005.



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