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paiementDIMANCHE 07 MAI 2006
Votre téléphone: bientôt un porte-monnaie
Déjà très populaire au Japon, le paiement par téléphone portable promet de faire son apparition dans nos contrées. L’opérateur Sunrise prépare une annonce pour le marché suisse.
Par William Türler

Payer avec son téléphone mobile, c’est tellement plus simple. Très répandue au Japon, la fonction porte-monnaie («wallet phone») tarde à faire son apparition en Suisse. Les opérateurs ont longtemps hésité à se jeter à l’eau, alors même qu’un redéploiement vers les services financiers pourrait représenter une planche de salut contre la menace des services téléphoniques gratuits.

«Plutôt que de s’orienter vers la télévision, des opérateurs comme Swisscom auraient bien meilleur inté- rêt à développer des services bancaires», estime Xavier Comtesse, directeur romand d’Avenir Suisse, la boîte à idées des grandes entreprises du pays.

Pourquoi ce retard? Au-delà de l’aspect technique, le pas à franchir se situe au niveau de la gestion du risque. «Gérer des paiements est un métier en soi, explique Mathieu Janin, de Sunrise. L’activité traditionnelle d’opérateur implique des sommes moindres et présente moins de risques.»

Aujourd’hui, cependant, le marché des services de paiement mobiles semble mûr: Sunrise est en phase de négociation avec des partenaires et devrait annoncer une telle offre dans les prochaines semaines. Les autres opérateurs sont en période d’évaluation mais ne souhaitent pas se prononcer sur d’éventuels projets de collaboration avec des institutions financières.

Swisscom propose déjà quelques services de micropaiement mobile: ses abonnés peuvent par exemple payer des places de parking ou acheter des articles dans des distributeurs automatiques à l’aide de leur portable. La procédure est encore fastidieuse: il faut composer un numéro général, puis un autre, correspondant à l’article ou à la place désirée. Selon le même modèle, la société genevoise Echovox s’est spécialisée dans les systèmes de micropaiement par l’intermédiaire des SMS.

Ces offres restent toutefois très timides par rapport à ce qui se passe au Japon, où le service de paiement mobile du géant NTT DoCoMo est déjà utilisé par 12 millions de consommateurs. Les commerces, lignes de métro et kiosques nippons sont de plus en plus nombreux à s’équiper du matériel de contrôle nécessaire.

Pour payer, il suffit de passer son téléphone personnalisé devant un lecteur - dans certains supermarchés, le caddie lui-même fait office de scanner. Les achats sont ensuite ajoutés à la facture téléphonique mensuelle, sans commissions. Les crédits de porte-monnaie électronique s’élèvent désormais à 10 000 yens (environ 115 francs).

Afin de limiter le risque, l’opérateur NTT DoCoMo a acheté une partie du capital d’une banque japonaise. Ce même type d’alliance se- rait également judicieux en Suisse, où une licence bancaire est obligatoire pour faire du crédit. Les banques se montrent toutefois prudentes, et ne paraissent pas développer de tels services pour l’instant.

UBS préfère se reposer sur l’infrastructure traditionnelle de paiement par carte de débit et de crédit. «Le potentiel en Suisse n’est pas encore assez grand pour que nous investissions dans ce secteur, indique le porte-parole Axel Langer. Nous nous lancerons dès qu’un standard ou une tendance générale se dessinera.»

Selon l’analyste financier Michel Crétier, qui suit le secteur des télécommunications pour la banque Pictet, le retard de la Suisse - et des pays occidentaux en général - dans ce domaine s’expliquerait en raison de problèmes liés à la sécurité.

«Les spécificités de la culture du travail au Japon jouent un rôle non négligeable dans le succès du paiement par téléphone mobile dans ce pays. Traditionnellement, les Japonais sont plus enclins au consensus: les différents partenaires suivent les mêmes standards, ce qui favorise la sécurité des systèmes. En Europe et aux Etats-Unis, les marchés sont plus grands et fragmentés.»


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