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redevanceVENDREDI 17 NOVEMBRE 2006
Le ridicule va finir par tuer la TSR
L’audiovisuel public sort les tanks quand on s’intéresse à la manière dont il gère ses milliards. Pire: dans un geste d’une stupidité spectaculaire, la direction de la chaîne a pris ses spectateurs en otage pour défendre ses petits intérêts.
Par Pierre Grosjean

L’économie de marché a sans doute beaucoup de défauts, mais elle présente quand même un avantage: on n’est jamais obligé d’acheter. Si le produit ne vous plaît pas, vous ne l’achetez pas, point final.

Avec la TSR, c’est différent: vous êtes obligés de payer. Même si vous ne regardez pas ses programmes, si vous les trouvez nuls, prétentieux, triviaux ou mal fichus (ou simplement si vous êtes allergiques à William Heinzer), vous devez quand même passer à la caisse.

Et si vous ne payez pas, des inspecteurs vont forcer l’entrée de votre maison et la fouiller de fond en comble pour vérifier que vous ne cachez pas un téléviseur derrière les rideaux.

Cette coutume héritée de l’époque soviétique a en effet survécu jusqu’au XXIe siècle.

On imagine qu’une telle bizarrerie économique devrait rendre la TSR un peu humble (ou du moins polie) vis-à-vis de ce public qui finance son fonctionnement quotidien, ses rêves de grandeur et les salaires coquets de sa direction. En d’autres termes, on pourrait s’attendre à ce qu’elle cultive la transparence plutôt que l’opacité.

Or il y a quelques semaines, comme la chaîne se plaignait de n’avoir toujours pas assez d’argent pour rivaliser avec TF1, nous nous sommes permis, pour une fois, d’aller lui demander quelques renseignements sur l’affectation des sommes (288 millions par an, tout de même) que le public est contraint de lui donner.

Combien coûte une émission de Temps Présent, un Téléjournal, etc.? Ce sont les questions que L’Hebdo nous a demandé d’aller clarifier. Il nous semblait légitime d’informer les téléspectateurs sur l’affectation du magot. Mais voilà, la chaîne a sèchement refusé.

La porte-parole de la TSR a reconnu qu’elle avait toutes ces informations à disposition, mais elle n’a pas voulu nous les donner, au nom de Dieu sait quelle conception nord-coréenne du service public.

Un peu étonnés, nous nous sommes donc arrangés pour aller trouver ces informations ailleurs. Certains collaborateurs (ou ex-collaborateurs) de la chaîne — qui estimaient comme nous que les gens ont le droit de savoir où vont leurs sous — nous ont livré des informations en vrac, sous le sceau de l’anonymat car ils craignent des représailles de leur employeur (encore merci les gars, vous êtes des héros!).

Après ce long travail d’enquête, encore ralenti par les obstacles que la TSR a disséminés sur notre route, nous avons publié ces informations ce jeudi dans un dossier de nos amis de L’Hebdo, sans imaginer que le ciel allait nous tomber sur la tête.

Tout a commencé jeudi matin, le jour de la parution de l’article. Le Directeur de la Radio est intervenu en direct et en personne sur les ondes — ce qu’il ne fait quasiment jamais — pour insulter notre travail, en disant qu’il était mal fagoté (mal fagoté toi-même!).

Comme aux grandes heures du politbüro, notre Directeur de la Radio a ainsi voulu s’adresser au bon peuple à l’heure de plus haute écoute de sa première chaîne pour lui dire de ne pas lire le journal dissident. Nous aurions bien aimé répondre à ses critiques, nous défendre, démontrer que nos infos sont exactes, mais la chaîne d’Etat ne nous en a pas donné l’occasion.

Il ne nous restait plus qu’à tendre la joue gauche pour recevoir l’autre gifle. Ce qui est arrivé le soir même à l’heure de la plus forte écoute de la TSR cette fois.

Comme s’il ne s’était rien passé de plus important dans le monde ce jour-là, la Télévision d’Etat a jugé nécessaire d’annoncer à la population que L’Hebdo lui avait consacré un article. Et que cet article était méchant. Et qu’il contenait même des erreurs. Vous vous rendez compte, chers téléspectateurs? Des erreurs! Le lecteur jugera de la gravité de la faute. Car il y a effectivement des erreurs dans les coûts de production pharaoniques que la TSR refusait de nous donner et que nous avons dû estimer.

Alors allons-y, rectifions: le prix d’une émission de Classe Eco n’est pas (contrairement à ce que l’émission elle-même avait prétendu) de 3’148 francs par minute, mais de 3’179 francs par minute, soit une différence inexcusable de 31 francs. Et Temps Présent ne coûte pas 2’300 francs, mais 3’074 francs par minute, soit encore 30% de plus que ce que nous avions estimé.

Et ainsi de suite. La TSR s’est estimée en droit de distribuer des bonnes et des mauvaises notes à notre enquête — qui n’était pas fausse mais incomplète pour la simple raison que la chaîne avait refusé de nous communiquer ses chiffres.

Plus étonnant encore: ces fameux chiffres que nous avions demandé à la TSR sur tous les tons, et qu’elle avait refusé obstinément de nous donner, apparaissaient soudain comme par enchantement sur l’écran.

Ce qui était classé secret défense deux semaines plus tôt devenait brusquement une info publique!

Et pour donner l’estocade, voilà encore notre Ministre de la Télévision Gilles Marchand qui débarque la bouche en cul de poule sur le plateau pour dire que vraiment, cet article de L’Hebdo n’est en fait qu’une basse attaque dans la grande guerre qui se mène entre la presse écrite et la TV.

La morale de toute cette affaire: ne vous intéressez pas de trop près à ce qui se passe dans les coulisses de Votre Télévision, ou alors on vous écrasera avec les deux médias les plus puissants du pays.

——-
Lisez ici l’enquête complète de Largeur.com sur la TSR, ou mieux encore: achetez L’Hebdo de cette semaine (16 novembre 2006), qui contient d’autres articles passionnants sur ce même sujet.



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