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suisseDIMANCHE 24 OCTOBRE 1999
Le cache-sexe qui a fait gagner l’UDC
C’est le double visage de l’Union démocratique du centre qui explique son succès aux élections fédérales. En Suisse, on peut voter pour l’extrême droite sans se salir les mains.
Par Dominique Page

Ainsi, l’extrême droite est sortie gagnante des élections fédérales du week-end. Après la victoire de Jörg Haider en Autriche, c’est le parti de son clone Christoph Blocher qui s’est imposé comme la force politique majeure du Parlement suisse, avec 22% des suffrages. En cette fin de décennie, deux peuples alpins se réfugient dans des projets politiques honteux. Comment expliquer le succès de ce populisme à bon marché?

Il y a bien sûr l’attrait de la simplicité. Fiscalité, immigration, intégration européenne… Face à des enjeux politiques toujours plus complexes, de nombreux citoyens sont naturellement tentés par l’abstentionnisme. On leur demande pourtant, avec insistance, de se rendre aux urnes. Pas étonnant qu’ils se blottissent derrière les candidats qui délivrent des discours à l’emporte-pièce.

Mais en Suisse, il y a autre chose. Il y a ce parti à deux visages, cette Union démocratique du centre (UDC) déchirée entre deux courants contradictoires. Représentée au gouvernement par Adolf Ogi, la formation apparaît sous son jour le plus respectable: c’est un parti modéré et centriste, jusque dans son nom. Mais pas seulement. Gonflée par le succès de sa section zurichoise blochérienne, l’UDC est aussi un bulldozer xénophobe et antisémite. Deux programmes radicalement différents pour une même bannière.

C’est cette duplicité de l’UDC qui explique son succès. Nombre de citoyens troublés par les propos haineux de Christoph Blocher ont sans doute hésité à voter pour ses adeptes. Mais la présence d’un membre de l’UDC au Conseil fédéral les a rassurés. En Suisse, on peut voter pour un mouvement d’extrême droite sans se salir les mains. Adolf Ogi, politicien raisonnable et propret, sert de cache-sexe au programme blochérien.

En France, si le Front national disposait d’une telle caution gouvernementale, son succès électoral serait terrible.

Le moment est venu pour Ogi de prendre position. S’il reste à l’UDC et au gouvernement, c’est qu’il accepte d’être assimilé au programme de Blocher. En démissionnant, il casserait la «formule magique» et provoquerait un choc politique majeur qui aurait au moins le mérite de clarifier le payage. Quelle UDC a gagné dimanche? Celle d’un tribun démago ou celle d’un ministre naïf? Là est la vraie question des élections de dimanche.

——-
Dominique Page, journaliste, a voté pour la liste socialiste à Genève.


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