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analyseJEUDI 18 DÉCEMBRE 2008
Les terroristes ne sont (trop souvent) pas ceux que l’on pense
A chaque crise l’appareil d’Etat sécrète ses propres virus terroristes pour imposer son pouvoir. Les provocations policières sont aussi vieilles que les luttes sociales. En Suisse comme ailleurs.
Par Gérard Delaloye

Jusqu’où ira l’obsession antiterroriste de nos sociétés? Avoir le degré d’approbation rencontré dans la population par les mesures les plus vexatoires sur le plan personnel et les plus liberticides sur le plan social, on ne peut hélas que se dire que le pire n’est pas encore arrivé. Il faudrait pour sortir de l’ornière parvenir à imaginer une société baignant dans l’utopie d’un bonheur parfait et équilibré ayant auparavant transformé le mythe du bon sauvage en fiction du bon civilisé.

Nous n’en sommes pas encore là. Les masses, loin de gagner en sagesse, toujours plus malléables sous la pression, justement, des mass-médias, sont massivement perméables aux discours dominants. Les temps étant à la crise, la prévoyance anticrise du bon politicien de droite passe inévitablement par la dénonciation du complot terroriste et la prise subséquente de mesures policières exceptionnelles.

En Suisse, c’est la police politique qui aimerait recommencer à se pourlécher avec fiches, écoutes et filatures, faisant mine d’oublier qu’elle avait naguère largement prouvé son incompétence en ces matières. En France, où les traditions ne sont pas pareilles, c’est avec la provocation que certaines officines du ministère de l’Intérieur ont cherché à renouer. En montant l’affaire des «anarcho-autonomes» de Tarnac. Une affaire si mal ficelée qu’elle n’a convaincu personne, même pas les juges qui ont relâchés la plupart des «terroristes» arrêtés.

Mais la police ne renonce pas facilement: deux personnes, Julien Coupat et Yldune Lévy sont toujours en prison. Elles risquent d’y rester longtemps car, vous l’avez remarqué comme moi, le vaste mouvement de solidarité suscité par le ridicule des accusations et la démesure des sanctions possibles est en train de retomber. Cela signifie que la répression préventive est en train de gagner: les acteurs des mouvements sociaux que les licenciements, le chômage et les pertes de salaire vont engendrer ces prochaines semaines, ces prochains mois, seront freinés, contraints à la défensive par la menace de la prison. Pour le président Sarkozy et sa ministre de l’Intérieur Alliot-Marie, l’affaire de Tarnac n’a qu’une finalité: montrer que le pouvoir peut frapper fort.

J’exagère? Pour se convaincre du contraire, il suffit de se reporter à un ouvrage très intéressant, intitulé «Mourir en manifestant», qui vient de paraître aux Editions d’En Bas à Lausanne. Il s’agit du compte-rendu d’un colloque d’historiens tenu l’an dernier à Genève pour marquer le 75ème anniversaire de la fusillade qui, le 9 novembre 1932, fit 13 morts et 65 blessés sur la plaine de Plainpalais lors de la répression d’une banale manifestation ouvrière. L’étude des archives a permis d’établir que ce massacre ne doit rien au hasard mais qu’il fut le fruit d’une provocation politique de droite visant à intimider les organisations ouvrières au moment où la crise économique déclenchée à New York en 1929 battait son plein à Genève. La leçon de 1932 est en soi un moment de l’histoire suisse qui devrait être enseigné dans les écoles. Mais dans leur colloque les historiens ne s’en sont pas tenu à ce seul épisode de la lutte des classes (une lutte des classes qui court toujours quoi qu’en dise la pensée unique).

Grand spécialiste du XIXe siècle, Marc Vuilleumier raconte les répressions qui, avant la Première Guerre mondiale, frappèrent le mouvement ouvrier naissant. Bernard Degen décrit lui l’usage de l’armée (équipée de mousquetons, puis de grenades) dans la répression des années d’immédiat après-guerre quand les industriels et grands bourgeois suisses (y compris les officiers supérieurs) voyaient des bolcheviques à tous les carrefours.

Un morceau de choix de ce livre est l’excellente synthèse de Luc van Dongen sur le rôle des extrêmes-droites et des services américains (opération Gladio) dans la lutte contre les mouvements sociaux des années 1960, début 1970. L’historien passe en revue les multiples provocations réellement terroristes organisées en Europe occidentale dès le milieu des années 1960. Soit symboliquement dès l’arrivée au pouvoir du centre-gauche en Italie. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque, en pleine guerre froide, les partis communistes français et italiens pouvaient compter sur le soutien d’un quart de l’électorat. Et que les journées de grève dans l’industrie atteignaient des proportions dont nous n’avons même plus le souvenir.

Contraintes à la défensive, les droites européennes ne se privèrent jamais d’une provocation pour maintenir leur pouvoir. Les exemples les plus probants sont les infiltrations fascistes dans des groupes anarchistes ou prochinois, avec leurs attentats meurtriers. Comme celui du 12 décembre 1969 qui fit seize morts et quatre-vingt blessés dans une banque milanaise. Dans son étude van Dongen montre que, à chaque moment fort de résistance à la crise ou aux offensives patronales, des provocateurs agirent dans l’ombre pour favoriser l’intervention des forces de police.

A l’époque, oubliant que le mot terroriste avait fait le bonheur de la propagande nazie pour lutter contre les résistants, on commençait à voir du terrorisme à la moindre distanciation active (voire musclée) de l’ordre établi. Aujourd’hui, alors que les piétons osent à peine, dans un carrefour désert, griller un feu rouge de crainte de se faire tirer dessus, on cherche désespérément à faire la part des choses. Se souvenant de sa jeunesse anarchiste, Daniel Cohn-Bendit, président des députés écologistes à Strasbourg, propose de qualifier l’affaire de Tarnac de vandalisme. C’est oublier qu’avant de devenir de paisibles paysans en (V)andalousie, les Vandales mirent l’Europe et l’Afrique du Nord à feu et à sang. Ce n’est pas très gentil pour les anars d’aujourd’hui.

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Charles Heimberg, Stéphanie Prezioso, Marianne Enckell (Ed): «Mourir en Manifestant. Répressions et démocratie», Ed. d’En Bas. Lausanne



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