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conflitsJEUDI 13 AOÛT 2009
Le viol des hommes
Rares sont les sujets aussi tabou que celui-ci: les viols d’hommes se comptent par milliers dans les conflits armés. Des scènes épouvantables sont décrites dans les rapports de l’ONU et du Tribunal pénal international. De quoi remettre en question quelques préjugés.
Par Geneviève Grimm-Gobat

Avant, lorsque les médias annonçaient des viols lors de conflits armés, mon film d’horreur démarrait au quart de tour: des soldats assouvissaient des pulsions sexuelles en abusant de femmes ou d’enfants.

Depuis la lecture du travail de Carole Gerber, je ne me passe plus le même film. Les images se troublent, je m’interroge. Les victimes étaient-elles des femmes, des enfants ou des hommes? Des hommes violés non par jeux sexuels mais par stratégie politique, ça existe. Jusqu’ici, on n’en parlait pas. C’était un sujet tabou.

Comment une jolie jeune femme de Moutier a-t-elle tenté de le briser? Pour comprendre sa démarche, j’ai rencontré Carole Gerber, auteur d’un travail très original sur l’instrumentalisation politique des viols masculins dans le conflit ethnique des Balkans. Original, car seuls quelques rares livres en anglais traitent du viol masculin. Rien de substantiel n’a été publié en français.

En rencontrant Carole Gerber, j’ai peine à imaginer son intérêt pour un sujet aussi sordide. «J’avais opté pour une recherche de genre en Relations internationales portant sur le viol des femmes dans la guerre de l’ex-Yougoslavie, raconte-t-elle. Or, au détour d’une de mes nombreuses lectures sur le sujet, j’ai découvert une réalité passée généralement sous silence: l’existence de victimes masculines de viols. Résultat: j’ai modifié mon projet initial pour me concentrer non plus sur les seules victimes féminines mais sur ces victimes généralement ignorées que sont les hommes.»

Voilà qui me rassure: une femme qui s’intéresse aux violences faites aux femmes et qui découvre, incidemment, que des hommes sont aussi victimes de ce type d’agression… Etonnée par sa découverte, la chercheuse veut dès lors en savoir plus, sort des sentiers battus, ose s’aventurer sur un territoire quasi vierge et publie un travail de licence à l’intérêt général évident.

Dans le conflit yougoslave, les violences sexuelles dirigées contre les hommes ont été reconnues juridiquement comme des crimes de guerre. La Cour pénale internationale a opté pour une définition* très large du viol qui précise que la personne qui en oblige une autre à commettre un viol sur un troisième individu est reconnue comme coupable de viol.

«Alors, combien de viols?» L’évaluation est quasi impossible. Selon les sources, on parle de 20’000 à 50’000 viols de femmes et il a été articulé le chiffre de 5000 viols d’hommes chez les Croates et les Musulmans dans un rapport du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Cette absence de chiffres précis n’affecte pas trop Carole Gerber pour qui «ce n’est pas la quantité qui va remettre en question l’existence de ce phénomène d’instrumentalisation politique des viols de masse».

Et mon interlocutrice se lance dans la description de scènes épouvantables dont elle a pris connaissance en visionnant quantité de films tournés par les différentes ONG, en lisant les rapports de l’ONU et du Tribunal pénal international, ou en interviewant des émigrés. N’oublions pas que ces crimes ont été commis sous les yeux de nombreux témoins dans des camps de détention.

Il s’agit soit de viols de prisonniers par les gardes soldats, soit de viols de détenus sur d’autres détenus dans un contexte de coercition. Des viols commandités, les prisonniers étant obligés de violer d’autres prisonniers de leur ethnie, quelques fois même des membres de leur famille.

Violer un homme, c’est le «féminiser». «L’homme victime est associé à l’identité féminine dans la mesure où il devient un être faible, vulnérable, lâche, incapable de se protéger lui-même, ainsi que sa famille, sa nation. Ainsi, il incarne l’antithèse du héros de guerre. Le viol permet ainsi de féminiser l’ennemi en le touchant dans son identité de genre.

Des clichés doivent tomber, insiste Carole Gerber. Le plus répandu voudrait que le viol masculin soit un crime sexuel. Faux. La majorité des violences sexuelles contre des hommes sont commises par des hommes hétérosexuels.

Un autre cliché: un homme qui subit des violences sexuelles infligées par un autre homme doit être homosexuel, ou sembler homosexuel. Faux. Le viol ne résulte pas d’une attirance sexuelle, c’est une question de pouvoir, de domination.

Même si le tabou se brise, les hommes ont du mal à parler de ce qu’ils ont subi par crainte d’être tournés en ridicule ou de n’être pas crus. Plus grave, ils ont un désir de vengeance que n’éprouvent pas les femmes.

Le soleil se couche, la discussion va prendre fin. Qu’ajouter? «Le phénomène dénoncé est à l’oeuvre aujourd’hui** dans bon nombre de conflits. Il faut en parler, le médiatiser. C’est comme cela que l’on peut espérer l’éradiquer», affirme Carole Gerber avec beaucoup de conviction. Ce n’est plus la chercheuse qui parle. Son travail l’aurait-il transformée en militante?

——-

* Selon la Cour pénale internationale, on entend par viol «la prise de possession du corps d’une personne de telle manière qu’il y a eu pénétration, même superficielle, d’une partie du corps de la victime ou de l’auteur par un organe sexuel, ou de l’anus ou du vagin de la victime par un objet ou toute une partie du corps».

L’auteur de violences sexuelles a commis «un acte de nature sexuelle sur une ou plusieurs personnes ou a contraint ladite ou lesdites personnes à accomplir un tel acte d’une gravité comparable à celle d’une infraction grave aux Conventions de Genève».

En ce qui concerne le viol et les violences sexuelles, l’acte a été commis ou la personne a été contrainte d’accomplir un tel acte «par force ou en usant à l’encontre de ladite personne ou desdites ou de tierces personnes de la menace de la force ou de la coercition, telle que celle causée par la menace de violences, contraintes, détention, pressions psychologiques, abus de pouvoir, ou bien à la faveur d’un environnement coercitif, ou encore de l’incapacité desdites personnes de donner leur libre consentement».

** Le Monde vient de publier un article intitulé «L’armée congolaise responsable de milliers de viols demeurés impunis» alors que le Courrier international en consacre un autre au viol des hommes dans la République démocratique du Congo.

Selon les organisations humanitaires Oxfam et Human Rights Watch, le nombre d’hommes violés ne cesse de croître en République démocratique du Congo ces derniers mois.



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