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geneveMERCREDI 30 DÉCEMBRE 2009
Une nouvelle image pour Calvin
Il a posé les bases de la modernité, il a joué un rôle central dans le développement des démocraties et pourtant, sa réputation reste sinistre. Son 500e anniversaire n’y a rien changé. Que manque-t-il à Calvin pour occuper la place qu’il mérite?
Par Pierre Grosjean

En cette année anniversaire, Genève a rendu hommage à Calvin par plusieurs spectacles en costumes, des conférences, des publications, des animations de rue. Il y a eu du chocolat Calvin, un calendrier Calvin, du vin Calvin et même un avatar barbu en animation 3D. Cette multiplication warholienne aura au moins eu l’avantage de populariser sa figure, devenue une sorte de pictogramme rapidement identifiable. Mais au-delà de l’effet branding, la population a-t-elle compris à qui elle avait affaire? Pas sûr.

A l’heure où tout ce qui touche à la religion est forcément considéré comme suspect, nombreux sont ceux qui préfèrent maintenir Calvin dans son image traditionnelle de prédicateur théocratique et rejeter en bloc son héritage. C’est dommage. Car il suffit de le considérer sous l’angle de l’histoire pour prendre la vraie mesure du personnage: il a joué un rôle central dans le développement des démocraties, de l’économie de marché, de l’instruction publique, de l’accueil des migrants, de la circulation des idées… Et cela non seulement dans le monde francophone, mais à l’échelle globale.

Il a placé Genève sur la carte du monde, il a posé les bases de la modernité, il a inauguré une forme d’économie durable et pourtant, beaucoup de Genevois ne veulent retenir que son exécution de Michel Servet, en oubliant qu’à l’époque, toutes les villes d’Europe auraient elles aussi fait brûler le médecin espagnol.

Il y a certainement de la paresse et beaucoup de provincialisme dans l’image que ces Genevois entretiennent de Calvin. Le décalage est particulièrement frappant lorsque l’on compare le cliché local à la figure internationale. Tout au long de cette année, j’ai eu la chance de parcourir le monde en compagnie du photographe Nicolas Righetti à la recherche d’homonymes de Calvin. Nous en avons rencontré une quarantaine et nous avons publié leurs portraits dans un livre*. Au-delà de la popularité de son nom, devenu un prénom dans le monde anglosaxon et donc partout ailleurs, nous avons ainsi pu mesurer quelle part de l’héritage de Calvin est encore perceptible dans différentes régions du mondes cinq siècles après sa naissance.

Et je dois dire que j’ai été soufflé. Depuis New York jusqu’à Kuala Lumpur en passant par le Brésil ou le Cameroun, on trouve partout des traces vivantes de l’impact que Calvin a pu avoir sur les sociétés humaines. Son rôle historique fait partie de l’instruction de base aux Etats-Unis; les écoliers y apprennent que les premiers pèlerins du Mayflower étaient des calvinistes, et que depuis lors, la pensée du Genevois a profondément influencé la démocratie américaine — jusqu’à Barack Obama, qui fréquentait la Trinity United Church Of Christ.

A Singapour, un étudiant nous a parlé de l’influence de Calvin sur le développement du capitalisme: le Réformateur avait été le premier à autoriser le prêt de production, qui mérite intérêt car il crée de la valeur, par opposition au prêt de consommation qui ne peut être rémunéré, par souci envers les plus pauvres. De quoi alimenter nos discussions sur la crises des subprimes…

En pleine forêt camérounaise, nous avons discuté de calvinisme politique avec un ancien militant de l’indépendance… Et ainsi de suite. A chaque étape de nos voyages, nous avons trouvé des exemples démontrant que l’influence de Calvin est réellement mondiale, qu’elle reste vivace et surtout que, loin de se limiter à la sphère religieuse, elle touche à plusieurs aspects de la vie séculière.

Les différentes facettes de cet héritage ont été évoquées en cette année Calvin mais elles n’ont apparemment pas suffi à débarrasser le personnage de sa réputation de rabat-joie théocratique. Les Genevois réviseront-ils un jour leur jugement? Il leur reste 500 ans pour le faire jusqu’au prochain anniversaire.

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Pierre Grosjean est le confondateur de Largeur.com. Il vient de publier avec Nicolas Righetti le livre «Calvin World», paru chez Labor et Fides.



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