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franceLUNDI 23 AVRIL 2012
A propos du succès du Front national
Comme prévu, François Hollande sort en tête du premier tour et prend une sérieuse option pour la victoire au second. Marine Le Pen inflige une claque sonore à un Jean-Luc Mélenchon, rendu ridicule par son verbiage suranné. Analyse.
Par Gérard Delaloye

Les surprises du premier tour de la présidentielles auront été créées par les électeurs qui se sont déplacés en masse (à plus de 80%) pour faire le tri entre les dix candidats à la présidence de la République. Puis par leur choix de donner à Marine Le Pen près du double des voix espérées par Jean-Luc Mélanchon.

Finalement, l’orateur vintage d’une extrême gauche patriotarde, corporatiste et antieuropéenne se prend son opportunisme en pleine figure. L’électeur sait reconnaître les vrais nationalistes, ils sont à droite.

L’impressionnant score réalisé par Marine Le Pen prouve qu’elle est parvenue à gérer parfaitement la phase difficile de la succession paternelle. Alors que le père Le Pen, «le président» comme il aimait se faire appeler, s’est en réalité au cours de ces 15 ou 20 dernières années contenté d’une rente de situation à la droite du pouvoir sans le menacer sérieusement, la fille Le Pen a un tout autre appétit.

Consciente que la crise lui ouvre un boulevard, elle a su labourer en profondeur le terreau des frustrations en désignant les ennemis: le grand capital et la finance mondialisés, la démission de l’Etat incapable de résorber le chômage et de réduire l’immigration d’une force de travail concurrente aux «nationaux», l’Union européenne coupable de déréglementations criminelles réalisées au détriment des intérêts français.

Alors que le père surfait sur un nationalisme à fleur de peau, la fille construit une vraie organisation politique dotée d’un solide programme capable effectivement de la mener vers des sommets si personne ne brise son élan. Epaulée par des intellectuels néoréactionnaires à la dialectique redoutable et séduisante (Elisabeth Lévy, Eric Zemmour, Robert Ménard…) qui dégagent le terrain idéologique en jouant les provocateurs de bon sens, elle va faire des ravages. Notamment lors des prochaines élections législatives en juin prochain.

Il est encore tôt pour parler de ces élections parce que le sort de la droite dépend bien sûr du résultat de Nicolas Sarkozy au second tour. S’il l’emporte, l’UMP sera dynamisée et pourra même se permettre de négocier des désistements avec le Front National pour éviter une trop grande hécatombe de députés de droite en cas de triangulaires. S’il perd, comme c’est probable, l’unité de la droite, à travers l’hégémonie de l’UMP, va se dissoudre, que Sarko quitte la politique ou non.

L’aile droite du parti déjà organisée en tendance (la Droite populaire, une quarantaine de députés emmenés par Luca et Raoult) va composer d’une manière ou d’une autre avec le Front. Quant aux centristes, l’ambitieux Jean-Louis Borloo va faire son possible pour les réunir en profitant de l’insuccès de Bayrou pour élargir son horizon.

La gauche socialiste qui se voudrait tant social-démocrate n’a pas ces problèmes. Un échec de Hollande face à Sarkozy l’écrabouillerait pour des années. Son succès lui donnera sans doute une bonne majorité parlementaire partagée avec les écologistes et les communistes.

On aurait alors une renaissance de la gauche plurielle avec des revenants fantomatiques: des écologistes sans vrai discours écologique (même la bombinette chère à de Gaulle et très chère pour les Touaregs et les Tahitiens n’est pas remise en cause); et des communistes sans communisme, leur principal souci aujourd’hui étant de produire français.

Ce ne sont pas ces carences idéologiques qui vont troubler François Hollande. Depuis qu’il est candidat, il n’a pas cessé de se positionner à l’extrême centre.

En France, cette philosophie politique a un nom et une tradition, c’est le radical-socialisme qui fit les beaux jours de la IIIe République. Sa stratégie? Rester au pouvoir. Sa tactique? Temporiser.

Ce n’est pas demain que François Hollande va bouleverser le champ politique. D’ailleurs, il a fait campagne pour que les Français aient un président normal. Il y a cinquante ans, Jean-François Revel avait finement parlé (dans sa «Cabale des dévots») de crise et de normalité:

«La philosophie parle souvent de sa propre crise. Mais cette notion de crise, en philosophie comme en politique, est trompeuse, car elle vise à présenter comme passagers, et exceptionnels par rapport à un hypothétique état normal qui, en fait, n’est jamais réalisé, des événements qui sont l’Histoire même.»

Gérard Delaloye anime le blog Carrefour Est-Ouest.



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