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egoLUNDI 09 JUILLET 2012
Datasexuels, les nouveaux exhibitionnistes
Les métrosexuels ont leurs équivalents numériques, les datasexuels, une nouvelle tribu urbaine narcissique et hyperconnectée qui monitore sa vie sur les réseaux sociaux.
Par Geneviève Grimm-Gobat

Kevin pense avoir déniché l’arme de séduction fatale avec la mise en ligne de ses données. Durant ses loisirs, cet étudiant de 22 ans enregistre frénétiquement diverses facettes quantifiables de sa vie. En partageant ainsi des données ayant trait à sa personne, il flatte non seulement son orgueil mais est convaincu d’être sexy.

«Il ne quitte presque plus sa chambre. Je ne comprends pas sa démarche. Il livre tout de lui à des personnes qu’il ne connaît pas vraiment», s’inquiète sa mère. Elle ignore que son fils appartient à une nouvelle tribu. Ce jeune homme est un datasexuel. Un verdict qui lui permet d’échapper à un diagnostic pathologique et le situe, au contraire, dans une tendance qui gagne du terrain.

Le métrosexuel est préoccupé par son style vestimentaire, sa coiffure ou son parfum. Son équivalent numérique a vu le jour. Dominic Basulto lui a donné un nom, datasexuel, et une définition: «Le datasexuel est continuellement connecté, enregistre de façon obsessionnelle tous les aspects de sa vie et pense que ces données sont sexy. En fait, plus les données sont nombreuses, plus il les considère comme sexy», nous apprend ce consultant américain chez Bond Influence. Son article «Meet the Urban Datasexual» fait le buz depuis sa parution.

Plus cool que le geek, le datasexuel a fait son entrée dans le lexique du marketing et dans le Dictionnaire urbain. Sa naissance n’est en rien surprenante. Sur internet, le partage de données personnelles avec ses amis ou des inconnus satisfait l’ego des «narcisses numériques» qui aiment à se pavaner devant les miroirs virtuels du net. Basulto attribue l’origine du datasexuel à l’infographie, cette manière stylisée de faire parler les données du web. Les outils de visualisation de données conféreraient une forme de «coolitude à l’enregistrement obsessionnel de l’activité quotidienne».

Du poids du corps au nombre des rapports sexuels quotidiens, en passant par l’enregistrement de la quantité de nourriture absorbée, les mensurations corporelles en tout genre, la durée des trajets effectués et le nombre des rencontres, le datasexuel note et partage tout. L’obsession data est illimitée.

Numérisé, le connais-toi toi-même socratique prend des allures de connaissance de soi par la seule quantification de soi. Le «Quantified Self» s’impose. «Le job le plus sexy des dix prochaines années sera celui de statisticien», ironise à ce propos Hal Varian, Chief Economist de Google.

Nike, avec son bracelet qui permet d’enregistrer les performances physiques et de les partager avec les amis via iPhone, s’investit dans cette frénétique tendance de collecte chiffrée du soi. L’exhibition permanente et la surenchère à l’ego gagnent du terrain. La part de mystère d’un individu, pourtant si séduisante, si sexy, va-t-elle disparaître? Demain, nous deviendrons tous, à en croire Basulto, des Kevin: «Les datasexuels basculeront dans le mainstream».

La sauvegarde boulimique de données personnelles a de beaux jours devant elle. L’ego-digital, après l’actuelle focalisation sur des data mesurables, attend impatiemment l’outil qui lui permettra l’enregistrement de l’intégralité de sa vie quotidienne dans une mémoire artificielle. Gordon Bell, chercheur chez Microsoft, travaille à exaucer ce «rêve». Son nom: «Total Recall». Toute notre vie pourrait être gardée en mémoire sous forme numérique, c’est le «lifelogging».

Une quête de l’immortalité numérique qui engendrera à son tour une nouvelle tribu. Les immortels?



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