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psychologieVENDREDI 24 AOÛT 2012
Pervers narcissiques: ces impitoyables séducteurs
Ils sévissent dans le couple, la famille, au travail... Longtemps ignorés, les pervers narcissiques sont désormais dans le collimateur de la justice. Pourquoi sont-ils de plus en plus nombreux? Explications.
Par Bertrand Beauté

Il y a un peu de Docteur Jekyll et de Mister Hyde chez les pervers narcissiques: ils sont aussi agréables en public que de véritables bourreaux en privé.

«En règle générale, il s’agit d’un individu qui aime plaire, a un grand besoin de se sentir aimé, apparemment compréhensif et sociable, explique Mirela Fry, psychologue, psychothérapeute et sexologue à Genève. Avec beaucoup d’attentions, il cherche à séduire une personne qui peut être une proche ou encore une collègue de travail.» Pour y parvenir, il saura se montrer très prévenant, à l’écoute, cajoleur. Sa cible se sentira, quant à elle, comblée. Puis, très vite, déchantera.

Dès que sa proie est prise au piège, le pervers commence à montrer son vrai visage. Il la persuade qu’elle n’est rien sans lui, la culpabilise, la dévalorise, alterne séduction et menace. Il s’ensuit alors une relation plus ou moins longue durant laquelle la victime perd peu à peu toute assurance en elle.

Cela commence généralement par des petites phrases anodines, telle une femme qui dit à son mari: «Tu ne te comportes pas gentiment avec ta mère, tu devrais t’occuper davantage d’elle», alors que quelques jours auparavant, elle se plaignait que son époux était trop attaché à sa maman. Une contradiction déstabilisante: le mari ne sait plus ce qu’il doit faire, ce qui est bien ou mal. «Et, petit à petit, cela devient systématique: ces “conseils” se multiplient, poursuit Mirela Fry. Mais il s’agit en fait de critiques qui touchent tous les pans de la vie du conjoint, jusqu’à le faire douter de tout avec des phrases comme: tu as de la chance d’être avec moi, tu ne vaux rien.»

Avec un aplomb hors du commun, le pervers persuade ainsi sa victime qu’elle lui est inférieure, qu’elle ne peut rien faire de bien sans lui. «C’est un champion de l’intrigue, estime Mirela Fry. Ses propos, par exemple, restent toujours extrêmement flous, ce qui lui permet ensuite de déclarer: «Je n’ai jamais prétendu cela, c’est toi qui interprètes mal, c’est de ta faute.» Un mode de fonctionnement qui peut entraîner chez la victime des pathologies telles que des dépressions sévères, une fatigue chronique, voire conduire jusqu’au suicide. «Au bout d’un certain temps, la personne va totalement démissionner de sa vie, ce qui confirme le bourreau dans son avis, constate Mirela Fry. Il pourra tenir des propos tels que: “Je te l’avais bien dit, tu n’es qu’une folle!”»

Un manipulateur inconscient

Pourquoi les pervers narcissiques ont-ils un tel comportement? «Ils se nourrissent de la colère, de la tristesse et de la peur d’autrui, afin de combler leurs propres manques, leurs blessures qu’ils ne parviennent pas à voir, répond Maurice Hurni, psychiatre lausannois, coauteur avec sa collègue Giovanna Stoll du livre Saccages psychiques au quotidien. Ces dynamiques relèvent souvent de la petite enfance durant laquelle, par exemple, un traumatisme ou un secret de famille (tromperie, inceste…) a engendré une culpabilité inconsciente de l’enfant.»

A l’âge adulte, cette culpabilité est reportée sur l’autre de manière plus ou moins consciente. «Lorsque j’interroge des patients, je suis souvent étonné par leurs explications, raconte Maurice Hurni. A la question aimez-vous faire peur à votre conjoint, ils répondent oui. En revanche, ils n’ont pas conscience du mal que cela engendre. Quand une personne normale est cruelle, elle a ensuite mauvaise conscience. Eux n’ont aucune empathie, sont dénués de sens moral.»

Pathologie récente

Les pervers narcissiques sont majoritairement des hommes et représentent entre 3 et 15% de la population. Des chiffres à prendre avec des pincettes: «Il y a seulement une quinzaine d’années, parler de perversion était à contre-courant de la psychiatrie, rappelle le Lausannois Maurice Hurni. C’est une pathologie dont la connaissance est en chantier, pas du tout achevée.» Décrite pour la première fois par le psychanalyste Paul-Claude Racamier en 1986, l’existence de cette maladie est d’ailleurs encore discutée parmi les spécialistes, certains n’y voyant qu’une forme de la perversion classique. «On retrouve en effet chez ces individus des traits communs aux pervers moraux (par opposition aux pervers sexuels, ndlr), c’est-à-dire qu’ils sont privés de sentiments et de sens moral, poursuit Maurice Hurni. Mais ils ont un narcissisme très développé et malsain qui les pousse à tout rapporter à eux-mêmes.»

Le durcissement du monde du travail dans lequel il faut réussir à tout prix, même si c’est aux dépens des autres, favorise le développement de ce type de conduite. Et le monde dans lequel nous vivons se montre de plus en plus pervers, relève encore Maurice Hurni. «Les repères moraux sont abandonnés et l’individualisme croissant de notre société, ainsi que sa marchandisation, concourent à favoriser le narcissisme et à considérer les autres comme des choses.»

Une dynamique à deux

Sous l’emprise d’un manipulateur, une personne va être persuadée qu’elle ne peut rien faire de bien par elle-même. Résultat: elle ne s’imagine pas vivre sans lui. D’autant que les deux parties se retrouvent dans la relation: «Il est souvent difficile de distinguer la victime du bourreau, estime Maurice Hurni. La perversion est généralement une dynamique entretenue par deux protagonistes dont la seule “victime pure” est a priori l’enfant. Bien sûr, il y a des personnalités plus activement prédatrices. Mais dans la mesure où le partenaire reste, c’est qu’il est détenteur d’une autre forme de violence, moins visible. Pour être provocateur, je dirai qu’il y a des victimes qui sont de vrais bourreaux, comme la personne qui dit à son conjoint: si tu ne m’aides pas, je vais me suicider. Ce chantage affectif est une dynamique réellement perverse. Il existe des couples qui se rendent fous mutuellement.»

Comment échapper à ce genre de schéma? «Il est très difficile de s’en extraire, précise Maurice Hurni. Mais s’il existe une réelle volonté de changement, c’est possible. J’ai connu des patients qui ont réussi à s’en sortir, puis à recréer une relation saine.»
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Une version de cet article est parue dans L’Hebdo.



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