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industrieMARDI 11 DÉCEMBRE 2012
La contrefaçon s’attaque aussi aux machines
Les fabricants se font couramment copier par des concurrents, notamment chinois, qui réalisent parfois des machines gigantesques à l’identique. En Allemagne, le secteur se mobilise tandis qu’en Suisse, il semble plus résigné.
Par Daniel Saraga

La contrefaçon? Une histoire de montres, de maroquinerie, de produits de luxe, de médicaments… et de mastodontes industriels de dizaines de tonnes! L’Association allemande des constructeurs de machines (VDMA) dénonce un fléau que l’on ne connaît que trop peu: la piraterie dans le secteur des machines touche deux entreprises sur trois et entraîne des pertes de gain évaluées à 8 milliards d’euros en Allemagne. «La copie concerne le plus souvent des composants, des pièces de rechange ou simplement les logos», détaille Rainer Glatz, président de la VDMA.

Certaines machines reproduisent à l’identique la carrosserie externe — de quoi bluffer quelqu’un à une dizaine de mètres. Et des contrefaçons «sont tellement fidèles que seuls les fabricants originaux peuvent les reconnaître, poursuit Rainer Glatz. Le nombre de cas de copies de machines entières est d’ailleurs en augmentation.» Ces imitations viennent souvent de Chine, mais pas toujours: un copieur sur cinq est allemand, selon la VDMA. Les domaines les plus touchés: l’industrie textile, plastique, les compresseurs, l’imprimerie et toutes les déclinaisons de machines-outils (décolletage, etc.). Lors du dernier salon de l’imprimerie Drupa à Düsseldorf, la justice a été saisie et certains fabricants chinois, reconnus coupables de violation flagrante de brevets, ont été contraints de faire recouvrir leurs machines de bâches.

En Suisse, tous les professionnels savent que le problème existe, mais l’association faîtière des constructeurs de machines semble étonnamment peu concernée: «Nous n’avons pas de vue globale sur cette question, commente Ivo Zimmermann, responsable de la communication de Swissmem. Une montre est plus facile à copier qu’une machine…» Et pourtant, le phénomène touche la Suisse. «C’est un problème auquel nous sommes confrontés, confirme Joseph Santoro, responsable des relations publiques de Bobst. Les copieurs reprennent même les couleurs de nos produits ou le style de nos catalogues. Nous avons vu des imitations ressembler fortement à nos produits.» «Nous savons que des reproductions de nos machines circulent, dit aussi Peter Pauli, CEO du fabricant de technologies solaires Meyer Burger Technology. Mais je pense qu’il est très rare qu’elles dupent vraiment les acheteurs.»

Certaines entreprises rechignent à en parler ouvertement: «Nous n’avons pas été confrontés à ce genre de problème», dit Patrick Köppe, directeur du marketing chez Tornos. «Cela ne sert à rien d’en parler», ajoute le porte-parole de Maillefer Extrusion. Mais «tout le monde se fait copier», affirme le responsable d’un fabricant de machines vaudois, sous couvert d’anonymat: «Notre logo est repris tel quel ou légèrement modifié, et certaines copies sont très réalistes. Nous avons même vu des imitations reproduire des éléments inutiles, comme des trous dans la structure que nous avions faits par erreur…»

Des sociétés chinoises travaillant à l’exportation montrent parfois des machines suisses à leurs clients européens afin de les rassurer sur la qualité de leurs produits — mais font ensuite tourner un parc industriel composé de fausses machines. Des imitations s’écouleront à travers des revendeurs officiels, qui les glissent dans leurs stocks.

Une action en justice n’est pas toujours possible, explique Markus Jungo, avocat spécialisé dans le droit des brevets: «La carrosserie et de nombreux composants ne sont souvent pas protégés.» Faire valoir ses droits n’est ni simple, ni forcément couronné de succès. «Toutes les entreprises le disent: l’objectif n’est pas de gagner le procès mais de bloquer la situation et de compliquer la vie du copieur», dit Joseph Santoro, de Bobst.

Une autre source se montre plus pessimiste: «Intenter une action en justice en Chine ne sert à rien. On risque simplement de perdre le marché.» Pour les entreprises suisses, la bataille contre les copieurs passe par l’innovation et le service à la clientèle. Il s’agit de garder une longueur d’avance.
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Une version de cet article est parue dans L’Hebdo.



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