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internetMARDI 14 MAI 2013
L’enseignement à distance séduit les hautes écoles
Les plateformes d'enseignement en ligne explosent, offrant davantage de souplesse aux étudiants et professeurs. L'EPFL et les universités romandes se lancent. Explications.
Par Thomas Dayer

«Il est probable qu’aucun pays ne pourra s’autoriser d’ignorer l’impact d’Internet sur l’enseignement supérieur.» Cette conclusion ponctue un rapport intitulé «La cyberformation dans l’enseignement supérieur: développement de stratégies nationales». L’expert Tony Bates l’avait publié sous l’égide de l’Unesco. C’était en 2002. Aujourd’hui, ses mots rencontrent un écho plus fort que jamais face à l’explosion de plateformes de formation en ligne.

Les incontournables se nomment Udacity, Coursera, EdX. «Lorsque l’on voit que les MOOC («Massive Open Online Course») croissent plus vite que Facebook, la question est de savoir s’il restera des étudiants dans les amphis français demain ou s’ils suivront tous un cours fait dans un pays anglo-saxon plus ou moins bien traduit», a lâché François Taddei, directeur du Centre de recherche interdisciplinaire, dans une interview au «Monde».

Coursera compte selon sa page d’accueil près de trois millions d’inscrits. Parmi les 62 universités partenaires figurent l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne et, depuis peu, l’Université de Genève: dès septembre 2013, elle proposera quatre cours sous forme de MOOC. L’EPFL, elle, n’est pas néophyte. En juin 2012, elle a offert un cours de programmation informatique Scala, dispensé par le prestigieux professeur Martin Odersky. 53′000 personnes s’y sont inscrites. Patrick Aebischer, président de l’institution vaudoise, use du vocable de «tsunami» pour qualifier les MOOC, bien que leur pérennité financière soit questionnée par certains échecs passés dans le secteur (ceux de NYUonline et de Fathom notamment), dans des atours et des contextes certes fort différents.

Car l’enseignement à distance n’a pas attendu les récents MOOC pour exister. Certains s’y attellent avec succès. «Le e-learning est une chose, mais rares sont les institutions comme la nôtre qui proposent un cursus complet», souligne Stéphane Pannatier, directeur de la formation universitaire à distance suisse. 2′329 étudiants y étaient enregistrés à l’automne 2012. «Les cours sont scénarisés sur des plateformes interactives et les examens ont lieu en présence», poursuit Stéphane Pannatier.

Etienne travaille dans le domaine paramédical. Etabli en Suisse romande, il termine une formation en «executive coaching» dispensée par l’Université de Cambridge — vingt participants, sept semaines, une taxe de 500 francs. Par le passé, il a également suivi une formation en management de la santé auprès de l’Université de Nice. «Tous les cours étaient filmés et il était possible de les visionner en direct ou en différé», raconte-t-il. L’ensemble des supports était mis en ligne, les examens se déroulaient en présence.»

Les avantages d’une formation à distance? «Elle permet une liberté en temps et en lieu. Et le diplôme obtenu, en ce qui me concerne, est un master universitaire reconnu.» La certification: voilà une autre caractéristique épineuse des MOOC. Aucun ne propose de plan de formation complet et de diplôme en bonne et due forme. D’ailleurs, comment s’assurer à distance de l’honnêteté des candidats lors d’un test? Des recherches sont menées en ce sens, qui vont jusqu’à détecter les habitudes de frappe.

Cofondateur de Coursera, Andrew Ng a admis que l’enseignement en ligne ne remplaçait pas celui dispensé par les universités d’élite, et ce pour une simple raison: les interactions font défaut. «Les cours en ligne que nous proposons de manière générale ne visent pas à supprimer les cours, mais à aménager davantage de temps pour le professeur et ses étudiants», relève Pierre Dillenbourg, professeur ordinaire à l’EPFL et chercheur en nouvelles technologies de l’éducation.

Les MOOC chambouleront-ils davantage l’ordre établi selon lui? Pourraient-ils envahir les niveaux inférieurs? «L’école n’est pas seulement un lieu d’enseignement, mais également un lieu où les enfants et les jeunes demeurent pendant que les parents travaillent», rétorque-t-il. «Et puis à l’université aussi, certaines présences sont nécessaires, dans des laboratoires par exemple. Il faut parfois user de ses mains.»

Dans son rapport de 2002, Tony Bates indiquait encore que «la cyberformation n’est pas la réponse aux problèmes éducatifs nombreux et urgents auxquels sont confrontés les pays pauvres en particulier.» La problématique reste d’actualité. Patrick Aebischer souhaite notamment évaluer les champs d’action en Afrique. Il voit en l’enseignement à distance une chance de développement dans les pays défavorisés. L’EPFL est déjà active en ce sens grâce au RESCIF (Réseau d’Excellence des Sciences de l’Ingénieur de la Francophonie) — 14 universités francophones de 11 pays développés ou émergents.

Fin 2012, la MIT Technology Review relatait également l’histoire de Carlos Martinez, professeur d’ingéniérie électrique au San Salvador, aux yeux duquel les MOOC accentuent une énorme pression en vue d’améliorer la qualité de l’enseignement universitaire. «Par l’enseignement en ligne, on rend accessible le savoir au plus grand nombre, notamment aux pays en développement», relève François Taddei dans Le Monde. «Pour pouvoir répondre aux besoins d’éducation de ces pays, il faudrait ouvrir quantité d’universités, ce qui est impossible. D’ailleurs, les universités américaines qui se sont lancées sur ce marché ne l’ont pas vu comme une menace pour leur propre campus.»

Un paramètre également souligné par William Lawton et Alex Katsomitros, directeur et analyste auprès de l’Observatory on Borderless Higher Education: «Les règles du jeu sont nouvelles, écrivent-ils. Bien des initiatives auparavant ont échoué. Les universités s’inquiétaient autrefois de la façon dont l’e-learning pouvaient ruiner leur mission. Maintenant que les meilleures universités au monde embarquent, l’inquiétude est d’être laissé de côté.» Les experts soulignent quelques innovations qui pourraient rendre le modèle économique viable (principalement le report des coûts des étudiants vers les institutions ou les futurs employeurs).

Pierre Dillenbourg estime que le bouleversement le plus profond provoqué par les MOOC réside en un nouveau dessin des rapports entre hautes écoles. Certains applaudissent une évolution inéluctable — auditoires fermés, éducation universitaire gratuite. D’autres craignent une «McDonaldisation» de l’éducation, qui renforcerait les inégalités: l’élite conserverait le haut de la gamme, tandis que la majorité devrait se contenter du rapide et du médiocre.
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Une version de cet article est parue dans le “Guide de l’étudiant” de L’Hebdo.



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