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santeLUNDI 01 JUILLET 2013
Réussir son accouchement
A la fois projet personnel et acte médical, l’accouchement est devenu un terrain de combat entre des idéologies contradictoires: réduire les risques au minimum ou revenir à une naissance plus naturelle.
Par Laetitia Grimaldi

Les femmes sur le point d’accoucher devront choisir: se tourner vers le tout médical avec naissance en hôpital, épidurale et césarienne au moindre doute. Ou au contraire opter pour le retour au naturel et un accouchement en maison de naissance avec une sage-femme — et sans médecin.

«Les femmes investissent énormément dans leur accouchement, note Marilène Vuille, sociologue à l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique de Lausanne. Elles souhaitent une expérience planifiée et encadrée au maximum. Face aux choix importants à faire, elles se mettent une pression énorme — comme si tout en dépendait.» Il s’agit dès lors de «réussir son accouchement», que ce soit sans douleur ni complication ou, dans l’autre cas, sans intervention médicale. Ces «projets de naissance» sont de plus en plus précis, par exemple: pas de médicament, de péridurale ou d’épisiotomie (l’incision du périnée) mais un bain aux huiles essentielles pendant le travail et un contact peau à peau prolongé avec le nouveau-né. Cet investissement croissant des femmes pour leur grossesse et leur accouchement peut se comprendre par un nombre d’enfants plus faible et des grossesses tardives et souvent longuement réfléchies.

Derrière ces choix se joue un combat entre l’image que l’on se fait de l’accouchement, la pression sociale et les inévitables considérations médicales: quels risques est-on vraiment prêt à prendre afin de réaliser son projet de naissance? Une réponse est clairement la diminution des risques. La césarienne est ainsi devenue quasi automatique pour des situations délicates, comme par exemple lorsque l’enfant se présente par le siège.

Mais la médicalisation de la naissance pourrait devenir contre-productive. «La médecine a obtenu des résultats formidables en termes de diminution des mortalités infantile et maternelle lors des accouchements, explique Patrick Hohlfeld, chef du Département de gynécologie-obstétrique et génétique du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), à Lausanne. Mais la courbe de progression atteint un plateau, ce qui mène à une réflexion générale sur nos pratiques — et notamment sur l’augmentation, non toujours justifiée d’un point de vue médical, de certains actes et notamment les césariennes.» Les hôpitaux, d’ailleurs, ont suivi le mouvement et commencent à mettre en place l’équivalent des maisons de naissance: des salles entièrement gérées par des sages-femmes. L’objectif: trouver l’équilibre entre les visions médicales et «naturelles» de la naissance.

Les vertus débattues du lait maternel

L’âge d’or du biberon est terminé. La plupart des nouvelles mères essaieront d’allaiter après la naissance — et se sentiront coupables en cas d’échec. Car la pression est grande pour retourner au naturel, autant à cause des découvertes scientifiques attestant des vertus du lait maternel que des efforts menés par des organisations prônant l’allaitement telles que la Leche League.

Le lait maternel est souvent décrit comme un produit miracle: il contient des anticorps qui aident à combattre les infections gastriques, des enzymes qui facilitent la digestion, des sucres qui favorisent la mise en place de la flore intestinale ainsi que des allergènes qui pourraient réduire les risques d’allergies. Des études ont établi que l’allaitement au sein était lié à une fréquence moins élevée de problèmes intestinaux — mais isoler les causes reste difficile, car les bébés allaités viennent en Occident souvent de familles d’un meilleur niveau socioculturel, sans oublier le rôle que pourrait jouer le contact corporel entre l’enfant et la mère. Au final, des études claires manquent encore pour démontrer que les vertus du lait maternel se traduisent en un bienfait quantifiable pour la santé des bébés occidentaux.

Le biberon pose surtout des problèmes d’hygiène dans les pays en voie de développement: utilisés avec de l’eau non potable, ils peuvent littéralement tuer les nourrissons. Une étude du «Lancet» de 2003 estimait qu’un allaitement exclusif pendant les six premiers mois — comme le recommande l’OMS — éviterait la mort de 1,3 million de bébés. De quoi faire baisser la mortalité infantile de 13%. Restent les conséquences sociales de l’allaitement: celui-ci représente toujours un handicap important de la réintégration des mères dans le monde du travail.

L’inéluctable essor des césariennes

Un tiers de césariennes en Suisse, 50% en Chine: la naissance par voie chirurgicale devient de plus en plus fréquente. Et pourtant, l’OMS ne recommande pas de dépasser un taux de 15% — l’acte ne devrait se faire que lorsque la vie du bébé ou de la mère se trouve en danger, comme lors d’un manque d’oxygène du fœtus pendant les contractions, d’une progression trop lente du travail, ou encore de graves complications de grossesse telles que la pré-éclampsie.

La raison de cet essor? Principalement, la volonté de réduire les risques au minimum. C’est ainsi que la majorité des hôpitaux pratique désormais systématiquement la césarienne pour les naissances par le siège (lorsque le fœtus ne se présente pas par la tête) — alors que l’utilité de cette pratique reste débattue.

L’âge plus avancé des nouvelles mères ne semble pas directement être une raison du nombre élevé des césariennes. Reste les césariennes de «confort», souvent mentionnées dans les médias, qui seraient choisies pour éviter la douleur ou même pour fixer la date de la naissance — mais qui ne représenteraient que 1 à 2% des cas, selon Patrick Hohlfeld du CHUV.

Pourtant, les interventions inutiles sont clairement à proscrire. Les troubles respiratoires et les cas d’obésité paraissent plus fréquents chez les enfants nés par césarienne. Une raison pourrait résider dans le fait que le travail aide la maturation des poumons et que le passage par le vagin favorise l’établissement d’une flore intestinale adéquate. Quant à la mère, elle aura un risque accru de complications post-opératoires. Seul point positif: l’absence de déchirure du périnée par voie basse, qui s’accompagne de complications sévères dans 1 à 4% des naissances, selon une étude parue en 2011 dans «BMC Pregnancy and Childbirth».
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Accoucher autrement

Les alternatives à l’accouchement médicalisé traditionnel sont parfois étonnantes. On peut désormais accoucher…

… Seule
En Suisse, 2 à 3% des naissances se font à domicile ou en maison de naissance, avec l’assistance d’une sage-femme. Mais certaines mères refusent carrément toute aide médicale: l’Américaine Laura Shanley Kaplan dénonce dans son livre «Unassisted Childbirth» la médicalisation de l’accouchement et son association systématique à la douleur et aux risques. Pour elle, les femmes ont la capacité de donner la vie seules, comme les animaux et «sans sages-femmes pour leur dire comment respirer».

… Sur Internet
En 2011, 2’000 personnes suivent l’accouchement à la maison d’une chiropraticienne canadienne de 32 ans, qu’elle diffuse sur internet. Son objectif: promouvoir les naissances à domicile et montrer qu’il existe des alternatives aux hôpitaux.

D’autres femmes ont depuis suivi le mouvement et des maternités brésiliennes proposent ce type de service aux jeunes parents afin de partager la naissance du bébé avec leurs proches.

… Sous hypnose
La société américaine Hypnobirthing dispense en Suisse des cours d’autohypnose, qui permettrait dans certains cas de remplacer la péridurale. Ces techniques de relaxation et d’évasion mentale pour moins se focaliser sur la douleur sont d’ailleurs également proposées à d’autres patients, tels que les grands brûlés.

… En silence
L’accouchement sans cris se pratique couramment dans plusieurs pays d’Afrique et d’Amérique du Sud ainsi qu’en Inde. Les raisons sont avant tout culturelles: au Togo, par exemple, se retenir d’exprimer sa douleur vise à chasser les mauvais esprits. Les scientologues s’y contraignent aussi.

… Et garder le cordon ombilical
Certaines femmes ne coupent pas le cordon ombilical après l’accouchement. L’organe, toujours attaché au placenta, se détache ensuite naturellement au bout de trois à dix jours.

Aux Etats-Unis et au Mexique, certaines mères consomment le placenta cru ou en capsules préparées par des sociétés spécialisé. Selon ses adeptes, la placentophagie améliorerait notamment le système immunitaire de la femme et de l’enfant et réduirait le risque des dépressions post-partum. Une pratique complètement marginale en Suisse.
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Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex.



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