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educationLUNDI 07 OCTOBRE 2013
Les six défis des MOOCs
L’enseignement universitaire gratuit sur internet remet en question le modèle du campus. Décryptage.
Par Benjamin Keller

Apprendre la programmation informatique, la mécanique quantique et la mythologie grecque en suivant des cours du MIT ou des universités Stanford et Harvard? C’est désormais possible pour tout le monde grâce aux MOOCs, ou «Massive Open Online Courses». Ces cours en ligne ouverts et gratuits attirent des millions d’étudiants, suscitent des attentes énormes et provoquent un vaste questionnement sur les nouvelles formes de l’enseignement supérieur. Célébrés comme une révolution, ils devront surmonter plusieurs défis pour confirmer leur statut.

1. Empêcher la tricherie

Comment évaluer la performance des 50’000 participants que peut rassembler un même cours? Les tests prennent souvent la forme de questions factuelles (questionnaires à choix multiples, feuilles de calcul à remplir). Lorsque cela n’est pas envisageable, par exemple pour une dissertation, les étudiants se corrigent entre eux. Pour pallier la fraude, diverses stratégies ont été élaborées. L’une des principales plateformes de MOOCs, Coursera, a mis en place un procédé payant baptisé «Signature Track», qui analyse la manière de taper sur le clavier des participants, afin d’empêcher qu’une autre personne ne réponde aux questions lors des examens. Il reste toutefois possible de s’entraider. Pour cette raison, la plateforme Udacity mise sur la surveillance vidéo grâce aux webcams. Le plus efficace reste à faire passer les examens sur le campus ou dans des centres agréés. Une solution qu’expérimente l’hébergeur de MOOCs edX depuis l’automne 2013, qui s’est associé avec Pearson, un géant de l’édition et de l’éducation.

2. Obtenir la reconnaissance

La reconnaissance des certificats validant la réussite d’un MOOC sera déterminante pour son succès. En principe, les universités ne délivrent un crédit que lorsque le participant est un étudiant déjà immatriculé qui passe un examen sur le campus, comme c’est le cas à l’EPFL. Au début 2013, la San José State University en Californie avait annoncé l’attribution de crédits pour des MOOCs suivis par des étudiants externes, en partenariat avec Udacity. Elle a toutefois fait machine arrière en juillet, après avoir vu plus de la moitié des étudiants échouer aux examens en ligne.

Pour l’instant, la vaste majorité des certificats offerts par les hébergeurs de MOOCs ne possèdent aucune valeur académique. Ils ne sont toutefois pas totalement dénués d’intérêt. Xavier Chauville, directeur romand de l’agence de recrutement Page Personnel, note que les MOOCs peuvent susciter l’attrait des employeurs dans le cas de formations «soit très spécifiques, soit de remise à niveau».

3. Améliorer le taux de suivi

Moins de 10% des étudiants qui s’inscrivent à un MOOC l’accomplissent avec succès et un tiers des inscrits abandonnent avant même le début du cours, selon Patrick Jermann, directeur exécutif du Centre pour l’éducation à l’ère digitale de l’EPFL. Martin Haugh, qui a enseigné un MOOC d’ingénierie financière à l’Université Columbia à New York, témoigne: «Sur mes 75’000 étudiants en ligne, seuls 3’000 à 4’000 effectuaient les exercices demandés.»

Publiée en février 2013, une étude de l’Université Duke consacrée à un MOOC sur la bioélectricité a mis en évidence les principales raisons pour lesquelles les étudiants ne participent pas activement: manque de temps, background insuffisant, volonté de visionner uniquement les vidéos sans faire les exercices. «De nombreux étudiants visent principalement le plaisir ou l’enrichissement personnel» indique l’étude. Le remède: renforcer la valeur (et ainsi l’attrait) des diplômes.

4. Démocratiser les cours

Les MOOCs sont censés atteindre les laissés-pour-compte de l’éducation. Cofondatrice de Coursera, Daphne Koller souligne que sa plateforme touche «des centaines de milliers de personnes qui n’ont jamais eu auparavant l’opportunité de bénéficier d’un enseignement supérieur de qualité». Elle travaille sur le développement de nouveaux outils, notamment hors ligne, pour faciliter l’accès aux MOOCs aux habitants des régions les moins bien dotées en infrastructures.

Mais ces ambitions de démocratiser la formation se heurtent à une autre réalité: le petit pourcentage d’étudiants qui finissent un cours avec succès détiennent en général au minimum un diplôme d’études supérieures — 84% chez EdX. «Les personnes les mieux éduquées sont aussi celles qui s’intéressent le plus aux nouvelles technologies et celles qui y ont le plus facilement accès», note Alex Katsomitros de l’Observatory on Borderless Higher Education, un think-tank britannique.

5. Justifier les coûts

Pour les universités, mettre en place un MOOC demande des ressources importantes. La création d’un cours coûte en moyenne 50’000 francs et les professeurs y consacrent beaucoup de temps. «Il m’a fallu trois à quatre semaines pour préparer le cours, puis 20 heures hebdomadaires pendant les 10 semaines d’enseignement, raconte Martin Haugh de l’Université Columbia à New York. L’expérience était intéressante, mais pour être honnête, cela représente énormément de travail.» Autre question délicate: comment justifier sur le plan politique des cours suivis par des étudiants à l’autre bout de la planète? A Genève, les MOOCs sont soutenus par les fonds stratégiques alloués par le canton pour développer de nouveaux projets, explique le responsable Pablo Achard: «Il s’agit de petits budgets par rapport à d’autres événements. Ce n’est pas de l’argent gaspillé, car la diffusion du savoir fait partie de la mission de base de l’université. En outre, les MOOCs participent au rayonnement de notre institution.»

6. Devenir rentable

Les MOOCs ne sont pour l’instant pas rentables. Plusieurs pistes sont explorées pour engranger des revenus. La première consiste à faire payer des certificats obtenus après avoir passé des examens surveillés (par exemple à l’aide de logiciels de reconnaissance de frappe ou directement dans des centres de tests). Un système qui aurait déjà rapporté «près d’un million de dollars» à la plateforme Coursera, selon la cofondatrice Daphne Koller.

Autres options: la mise en relation payante d’employeurs et d’étudiants ou encore la vente de MOOCs sous licence à des universités souhaitant les intégrer à leur cursus. Alex Katsomitros se dit optimiste: «A partir du moment où l’on attire des millions d’étudiants, faire de l’argent ne devrait pas être un problème.»
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Massive Open Online Courses: MOOCs

Le terme est apparu en 2008: les MOOCs («Massive Open Online Courses») sont des cours dispensés gratuitement sur internet, sans restriction géographique et pour un nombre illimité d’étudiants. Lancé à l’initiative de grandes universités nord-américaines, le mouvement s’étend désormais à l’international.

Les cours prennent la forme de séquences filmées de dix à quinze minutes, distillées en ligne sur des périodes de plusieurs semaines. Les vidéos sont accompagnées de tests (questionnaires à choix multiples, feuilles de calcul) et des forums dédiés permettent aux enseignants d’intervenir et aux participants de s’entraider. En principe, les cours ne peuvent pas être consultés en dehors des sessions d’enseignement.

Les trois plus grands hébergeurs de MOOCs ont été lancés en 2012: les sites commerciaux Coursera et Udacity ainsi que l’initiative à but non lucratif edX. D’autres plateformes plus petites existent et des programmes nationaux ont été développés. Certaines universités proposent aussi des MOOCs de manière indépendante. En Suisse, l’EPFL a été pionnière avec un premier cours lancé en automne 2012 sur Coursera. Les universités de Genève, de Lausanne et de Zurich ont suivi.
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TEMOIGNAGE

«Les MOOCs m’ont donné confiance»

L’exemple d’un étudiant congolais qui a suivi un cours en ligne du MIT.

En 2001, Claude Mukendi quitte à 17 ans la République démocratique du Congo (RDC) pour l’Afrique du Sud, laissant derrière lui ses parents et 13 frères et sœurs. «Je voulais étudier l’informatique dans un pays anglophone et avec des débouchés», raconte-t-il depuis Bedfordview, à côté de Johannesburg. Mais à la suite du décès de son père, il se retrouve sans argent et devient serveur, puis traducteur.

Il entend parler des MOOCs en 2012, par le biais du site Scholarships for Development. «Je désirais retourner à l’université mais je n’en avais pas les moyens. Soudainement, j’ai eu la possibilité d’accéder à des cours d’établissements prestigieux.» Il entame l’enseignement du MIT «The Challenges of Global Poverty» sur la plateforme edX. Il accomplit les évaluations en ligne avec succès et décroche sous forme électronique un certificat de réussite trois mois plus tard.

Plus que la simple acquisition de connaissances, le cours d’edX provoque une prise de conscience chez Claude Mukendi. «Les professeurs décryptaient le piège de la pauvreté, en analysant en particulier l’impossibilité pour les familles pauvres d’envoyer tous leurs enfants à l’école. Cela m’a ouvert les yeux sur ma propre situation, puisque tous mes frères et sœurs n’ont pas eu l’opportunité de recevoir une éducation de base.»

Claude Mukendi décide alors de venir en aide à sa communauté et postule pour un stage au sein de l’ONG One, cofondée par le chanteur Bono, qui lutte contre l’extrême pauvreté et les maladies. «Le certificat d’edX a vraiment renforcé ma confiance en moi pour la recherche d’emploi.» Il s’est d’ailleurs inscrit à plusieurs nouveaux MOOCs axés sur les énergies renouvelables et la physique. Parallèlement, il économise pour pouvoir reprendre, un jour, l’université.
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Les étudiants cobayes

Officiellement, les MOOCs doivent permettre au plus grand nombre d’accéder à l’enseignement supérieur tout en accroissant la réputation des universités. Mais à l’heure actuelle, ces cours servent avant tout de terrain d’expérimentation pour tester l’enseignement vidéo et distribué, indique Pablo Achard de l’Université de Genève: «Il faut utiliser ces outils pour savoir quoi en faire.» Martin Haugh de l’Université Columbia confirme: «L’objectif est de comprendre la technologie.»

A terme, les universités pourraient se servir des MOOCs pour mettre en pratique le modèle de la «flipped classroom»: les étudiants travaillent la partie théorique à la maison et se rendent ensuite en salle de cours pour y effectuer des exercices en petits comités, ce qui permet un meilleur encadrement.

Alex Katsomitros, de l’Observatory on Borderless Higher Education, anticipe des MOOCs suivis par deux types d’étudiants: «D’un côté, il y aura ceux qui effectueront uniquement des cours en ligne. De l’autre, une petite minorité aura l’opportunité de bénéficier d’une combinaison d’éducation en ligne et hors ligne, intégrée au campus et encadrée par des professeurs.»
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Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex (No 22).



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