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internetJEUDI 05 DÉCEMBRE 2013
Comment préparer sa mort numérique
A qui reviendront, après notre décès, les milliers d’emails, de photos et traces diverses que nous laissons en ligne? Peuvent-ils être détruits ou sommes-nous condamnés à une vie virtuelle éternelle?
Par Geneviève Grimm-Gobat

En route pour un enterrement, les jeunes gens postent aujourd’hui leur autoportrait, grâce au Tumblr «Selfies at funerals». Dans quelques jours, ils aideront leurs parents à vider l’appartement de grand-mère ou grand-père, plein à craquer de «vieilleries»: meubles, vêtements, bouquins, vaisselle, babioles, vieilles lettres…

Ces «digital natives» ne pensent pas à leur propre mort. Ils ont la vie devant eux. Des années durant lesquelles ils vont accumuler quantité de biens immatériels: leur profil sur les réseaux sociaux, des listes d’achats, des milliers d’emails, de photos, de vidéos, de messages envoyés sur les blogs. Ils disposeront d’une bibliothèque eBook, d’une vidéothèque, de musique digitale et de jeux… Quid, à leur décès, de cet héritage qui ne se rangera pas dans des cartons?

Une question qui ne concerne d’ailleurs pas uniquement cette génération. Bien des seniors ont déjà un riche vécu virtuel. Comment cet héritage se transmettra-t-il? Une semaine après la disparition de sa femme, la journaliste Myriam Meuwly, le reporter Alain Campiotti découvre son courrier électronique ainsi qu’un texte qui relate sa passion dévorante pour un autre homme: «La messagerie qu’il ouvre sur son ordinateur lui livre des dizaines de lettres, autres poignards qui le transpercent. Il découvre «Une Passion», le texte secret, qui le brûle à longues flammes. (…) Pourquoi a-t-elle laissé tous ces textes sous ses yeux? Pour qu’il les lise après sa mort.» (extrait de «Fontaine blanche», Editions de l’Aire, 2013).

Le veuf publiera ces pages, accompagnées de «Un Exil», sa propre version de leur histoire. Si la célèbre journaliste romande n’a rien entrepris pour éviter un tel scénario, l’aurait-elle souhaité? Bien des lecteurs de «Fontaine blanche», taraudés par cette question, se soucient désormais de la gestion de leur vie digitale post mortem. Sans être forcément détenteurs d’un mystère susceptible de se muer un jour en sujet littéraire, ils souhaitent néanmoins maîtriser leurs diverses traces numériques, leur vie en ligne, privée comme publique.

Alors, comment s’y prendre? Qu’advient-il de notre succession digitale? Après un décès, les comptes des réseaux sociaux et les comptes emails peuvent rester actifs durant des années. Leur devenir est censé être réglé dans les conditions d’utilisation. Du point de vue légal, on reste cependant dans une «zone grise». Qui veut obtenir, de manière fiable, que ses traces numériques ne soient accessibles qu’aux personnes souhaitées, dispose pour l’heure d’un certain nombre de possibilités.

Parmi celles-ci, citons le testament IT, encore peu répandu. Certains juristes conseillent désormais à leurs clients de mentionner le devenir de leurs biens digitaux dans leur testament. Il s’agit pour eux de lister tous leurs comptes existants ainsi que les mots de passe et autres informations, en précisant si ces données digitales doivent être effacées en cas de décès ou transmises à une ou diverses personnes désignées.

Aux Etats-Unis, il existe même des firmes comme Asset Lock, Legacy Locker ou encore Death Switch qui proposent un «enterrement digital». Cela suppose la transmission préalable des mots de passe à l’entreprise afin qu’elle puisse effacer toutes les traces du défunt présentes sur internet. Reste à vérifier si l’on peut vraiment accorder toute sa confiance à ces startups!

Google a aussi annoncé cet été la mise en place d’une nouvelle fonctionnalité intitulée «gestionnaire du compte inactif» qui permet aux internautes de décider du sort de leurs données numériques après leur décès. «Nous espérons que cette nouvelle fonction permettra de préparer votre vie numérique après la mort, d’une manière qui protège votre vie privée et votre sécurité», commente la firme. La nouvelle option est incorporée à la page des paramètres de tous les services de Google.

Et sur Facebook, peut-on mourir ou reste-t-on à tout jamais dans le cyberespace? En 2012, quelque 3′300 utilisateurs de ce réseau sont décédés en Suisse. «Quand on apprend qu’un utilisateur est décédé, le profil est placé en “mémorial”. Certaines parties du profil sont cachées pour protéger la vie privée du défunt: la ligne “statut” est supprimée, le membre est retiré des groupes auxquels il appartenait et seuls ses amis peuvent voir son profil mémorial», explique une collaboratrice du réseau social.

Le traitement des biens digitaux achetés, comme les morceaux de musique acquis sur iTunes ou les eBooks proposés par Amazon, n’est pas plus aisé. Les héritiers de cette nouvelle catégorie de biens ne peuvent probablement rien récupérer. Du point de vue légal, on pourrait hériter de collections de musique, mais cela dépend des conditions d’utilisation. Dans quelques cas, la possibilité d’hériter peut être exclue de manière explicite: par exemple si le défunt a acquis la musique sous forme de licence ou location.

Plusieurs questions n’ont toujours pas été tranchées sur notre vie numérique après la mort: qui détient les droits d’un compte ou d’une adresse email? Font-ils partie du patrimoine du défunt, qui peut donc les léguer à sa guise? Leur accès est-il privé en toutes circonstances ou appartient-il à l’entreprise sur laquelle on a inscrit ses données? Pour l’heure, un grand flou juridique règne. Le droit peine encore à couvrir les nouvelles situations engendrées par les innovations technologiques.



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