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KAPITAL

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innovationLUNDI 10 FÉVRIER 2014
Le ski high-tech, une spécialité romande
Skis ultra-légers, chaussures tout-terrain ou vêtements haut de gamme, les sociétés de la région se démarquent par leur créativité et leur savoir-faire. Exemples.
Par Benjamin Keller

«Ce sont les skis de course. Il y a dix ans, il n’existait quasiment que ça. Aujourd’hui, ce n’est qu’une infime partie de l’offre.» Jérôme Faure parcourt le mur de son magasin où sont alignés des dizaines de modèles de ski colorés. Chez Univers Sports à Genève, comme dans tous les magasins spécialisés, l’offre a explosé: freestyle, freeride, randonnée, «all mountain», les lattes s’adaptent désormais à chaque type de skieurs. La tendance est aux skis plus larges, plus légers, mais aussi plus flashy.

Des cambrures nouvelles ont fait leur apparition, inspirées du surf, pour plus de confort de glisse. «L’objectif consiste à attirer les jeunes, qui recherchent de nouvelles sensations autant sur la piste qu’en dehors, mais aussi les femmes ou les enfants avec des skis moins lourds», poursuit le gérant d’Univers Sports.

Dans un secteur des équipements de ski saturé et en faible croissance, les fabricants doivent innover pour vendre. De jeunes marques comme Faction Skis ou Movement, en Suisse romande, l’ont compris. Elles ont été parmi les premières à miser sur les segments du hors-piste et de la randonnée, en plein boom, et figurent aujourd’hui parmi les leaders du marché helvétique: Movement écoule 30′000 à 40′000 paires de skis par an, tandis que Faction Skis atteint 8’000 paires. Leurs skis et snowboards intègrent les dernières innovations, comme des noyaux high-tech en fibres naturelles fabriqués à Fribourg par une autre start-up: Bcomp.

«Les équipements de ski ont fortement évolué au cours des cinq dernières années et en tant que petite marque, nous sommes nettement plus flexibles et pouvons apporter au marché un design et des innovations matérielles beaucoup plus rapidement que les acteurs dominants», explique Tony McWilliam, cofondateur de Faction Skis, société basée à Verbier. Il s’agit de concurrencer efficacement de plus grands fabricants comme Stöckli, numéro un suisse avec une production de 50′000 paires de skis par an.

Textiles et chaussures high-tech

Les Romands innovent également dans l’habillement, un secteur où la compétition mondiale est encore plus forte. Installée à Lausanne depuis 2006, l’entreprise Mover a mis au point des textiles haut de gamme alliant pour la première fois laine et Gore-Tex. A Fribourg, Dahu a conçu une chaussure de ski révolutionnaire, qui se transforme en véritable soulier en bas des pistes. Elle a été lancée avec succès fin 2013. Jérôme Faure la propose justement dans son assortiment: «J’ai été dévalisé! En 20 ans, je n’avais jamais vu un tel engouement. J’ai bien fait d’y croire.»

Ces PME novatrices parviendront-elles à s’imposer dans la durée? «Pour réussir dans ce secteur, il faut être capable d’innover d’une saison à l’autre, prévient Julien Pache, directeur opérationnel de la plateforme d’investissement suisse Investiere, qui a levé 320′000 francs pour Dahu en juin dernier. Le marketing doit également s’adresser à des consommateurs qui se fidélisent volontiers à une marque et se rééquipent fréquemment.»

Bien sûr, l’innovation coûte cher et ces produits visent toujours le haut de gamme. Tony McWilliam, de Faction Skis, ne le voit pas comme un inconvénient: «Il y a deux types de clients: ceux qui s’intéressent de près aux produits et font des recherches pour trouver exactement ce qui leur convient, et ceux qui veulent dépenser le moins possible. Un produit a une valeur qui correspond aux technologies et au temps nécessaires pour le fabriquer. Les clients qui reconnaissent cette valeur, et la qualité du service en magasin, sont prêts à payer la somme juste.»
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PORTRAITS

«Nous réduisons le poids des skis d’un tiers grâce aux biocomposites»

La start-up fribourgeoise Bcomp a mis au point des noyaux de ski ultra-légers en utilisant du lin pour remplacer le carbone ou la fibre de verre.

Au sous-sol de l’incubateur pour start-up Fri Up à Fribourg, Cyrille Boinay, cofondateur de Bcomp, tend un bouquet de lin séché: «C’est notre matière première!» Fondée en février 2011, la société de sept employés a mis au point des composites en fibres naturelles pour remplacer carbone, fibre de verre ou aluminium, les matériaux traditionnellement employés dans la conception de skis et snowboards.

«Nous avons eu l’idée d’utiliser du lin en 2003», raconte le responsable commercial, longs cheveux bouclés roux et Converse aux pieds. A l’époque, ce Bernois d’origine cherche à améliorer le confort de glisse pour son ancienne marque de skis DBskis (aujourd’hui DPS). Deux doctorants de l’EPFL, Christian Fischer et Julien Rion, spécialistes des fibres naturelles, lui apportent la solution. «Depuis dix ans, les recherches sur les biocomposites ont fortement progressé, mais nous avons été les premiers à les industrialiser», explique l’ex-skieur de compétition.

Le lin, une fois tissé, collé et thermolaqué selon un procédé breveté, possède des propriétés mécaniques miraculeuses: aussi léger que le carbone et résistant que l’aluminium, plus rigide que la fibre de verre et imbattable en ce qui concerne l’absorption des chocs et l’amortissement. Bcomp s’en sert notamment pour les noyaux de ski, couplé à une mousse de PET recyclé ou à du balsa (plutôt qu’à du bois traditionnel). «Le poids d’un ski ou d’un snowboard est réduit d’un tiers et la sensation de glisse est plus douce.» Le lin est cultivé en Europe et les noyaux fabriqués au Danemark, pour des raisons de coût, mais aussi techniques.

De nombreuses marques de skis utilisent déjà les noyaux Bcomp, dont Stöckli, le leader suisse: «Nous équipons un modèle cette saison et en proposerons trois l’an prochain, précise Mathieu Fauve, responsable recherche et développement de la firme lucernoise. Cette technologie correspond exactement à ce que l’on recherchait pour rendre nos skis plus légers et plus calmes. Elle a aussi l’avantage d’être écologique. Le coût est par contre un peu plus élevé.»

Mais les applications des fibres naturelles s’étendent bien au-delà des sports de neige. Le marché des biocomposites affiche une croissance de 15% par an au niveau mondial et représentait près de 2,5 milliards de francs en 2010, selon le cabinet d’analyse américain Lucintel. Cadres de vélo, carrosseries, cannes de hockey, tout est possible. «Nous avons conclu près de 700 partenariats», se réjouit Cyrille Boinay en faisant défiler les exemples de produits sur son écran d’ordinateur. Sans révéler le chiffre d’affaires, il précise que les ventes ont triplé l’an passé.
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«Le marché ne répondait pas aux besoins des freeriders»

Fondée à Verbier par deux Anglo-saxons, la marque Faction Skis a développé des lattes spécialement conçues pour les amateurs de hors-piste et de freestyle.

Chez Faction Skis, on parle anglais. Les deux fondateurs de la marque de skis, équipements et accessoires valaisanne, Tony McWilliam et Alex Hoye, sont respectivement Australien et Américain. Pas étonnant donc qu’ils aient choisi Verbier, station chérie des Anglo-saxons, pour y créer la société en 2006. Leurs skis, destinés avant tout au freestyle, au freeride et à la randonnée, rassemblent les dernières technologies en matière de matériaux, et soignent l’esthétique.

L’entreprise a ainsi été pionnière dans la fabrication de skis très larges et dans l’adoption du style «rocker», caractérisé par des points de contact avec la neige plus étendus qu’avec une cambrure classique. Inspiré du surf, le «rocker» est particulièrement apprécié pour la poudreuse. «Nous avons aussi été parmi les premiers à utiliser les noyaux ultra-légers en fibres naturelles de la start-up fribourgeoise Bcomp», ajoute Tony McWilliam, responsable du design et ex-freerider semi-professionnel. Lors de la saison 2014/2015, la marque lancera aussi des vêtements intégrant des matériaux isolant aérogel développés par l’industrie aérospatiale.

Ces évolutions répondaient à une demande, explique le cofondateur. «Lorsque nous nous sommes lancés, le marché du freeride était saturé de grands acteurs qui ne satisfaisaient pas vraiment les besoins des riders. Le design et la production de skis n’avaient pas réellement progressé dans les années 1990 et il existait une opportunité de percer pour de petits indépendants.»

La stratégie suivie était la bonne. La PME de dix salariés affiche une croissance annuelle de 70% et écoule aujourd’hui 8000 paires de ski par année. «Nous prévoyons de franchir le seuil des 10′000 paires la saison prochaine.» La fourchette de prix varie entre 269 francs pour les modèles enfant et 939 francs, soit dans la moyenne du marché. Comme ses créateurs, Faction Skis se veut international: seules 10% des ventes sont réalisées en Suisse, la société possède des bureaux à Londres et aux Etats-Unis, les skis sont fabriqués en Pologne et les vêtements en Chine.

A l’heure actuelle, l’entreprise, qui a procédé à plusieurs levées de fond, n’est pas encore rentable. Mais elle devrait le devenir «très bientôt» si la croissance continue à ce rythme, promet l’Australien.
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«Ma compagne se plaignait constamment d’avoir mal aux pieds»

La start-up fribourgeoise Dahu a conçu une chaussure de ski versatile, qui se transforme en soulier confortable à la sortie des pistes. Les ventes démarrent fort.

«C’est tout juste si je n’ai pas installé un lit de camp sous mon bureau!» Nicolas Frey, fondateur de la start-up fribourgeoise Dahu Sports Company, s’enthousiasme du succès de sa «Dahu», une chaussure de ski commercialisée depuis novembre dernier. Très sollicité, l’entrepreneur guette discrètement les coups de fil sur son portable tout au long de notre rencontre, sans perdre sa décontraction et son large sourire.

Il y a de quoi être satisfait. Sur les 1500 paires produites pour cette première saison de vente, les deux tiers ont été écoulés par la vingtaine de revendeurs européens partenaires avant le début de 2014. Une vendeuse du magasin Technic Shoes, situé dans la station française de Megève, confirme l’engouement pour la chaussure: «Des skieurs de tous les niveaux nous l’ont réclamée ces derniers mois avant même que nous ne la leur conseillions.»

Mais qu’a-t-elle de si particulier? «Nous la présentons d’abord comme une vraie chaussure de ski, puis nous en révélons son deuxième usage», s’amuse Nicolas Frey. Soit, que la chaussure unisexe vendue 690 francs la paire permet non seulement de skier, mais également de profiter de l’«après-ski». «La coque s’abaisse à l’avant et à l’arrière. Le skieur se retrouve ainsi avec de vrais souliers qui sont souples: il peut conduire, faire ses courses et boire un verre avec confort.»

Cette invention découle d’un constat sans appel: «Les produits n’ont pas évolué ces dernières décennies. Avec les anciennes chaussures de ski, on partait skier, et c’est tout. Et pourtant, tout ne tourne pas uniquement autour du ski! Quelque 80% des gens skient aujourd’hui pour le plaisir et profitent surtout des activités annexes.» La compagne de Nicolas Frey y est aussi pour quelque chose: «Elle se plaignait constamment d’avoir mal aux pieds.»

Parti d’un simple bricolage avec des boots et des fixations de snowboard, le designer de formation de 40 ans a su s’entourer d’un bon réseau de professionnels pour arriver à un premier prototype en octobre 2012 et sa commercialisation en 2013. La SA, qui occupe un petit local de l’incubateur Fri Up de Fribourg, compte cinq employés, dont Aline Bonjour, championne de ski, pour les tests. Les chaussures sont produites en Italie.

Dahu a lancé une nouvelle levée de fonds de 4 millions de francs qui se terminera au mois de mai 2014 pour développer et produire des modèles supplémentaires, féminins et pour enfants notamment, ainsi que poursuivre son déploiement international. «Notre plus gros défi reste de convaincre les bons skieurs à lâcher leur chaussures traditionnelles.»
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«Nous ciblons les amateurs et les connaisseurs de beaux produits»

L’entreprise lausannoise Mover commercialise des vêtements de ski haut de gamme associant laine et Gore-Tex, un tissu reconnu pour ses propriétés étanches et respirantes.

Un buste de mannequin trône près de la fenêtre du local de la société Mover, en zone industrielle de Lausanne. L’espace de travail est grand, la décoration épurée. Les élégants vêtements aux couleurs vives alignés au fond de la salle accrochent le regard. «Lorsque j’ai repris la marque Mover en 2006, je n’avais qu’une idée en tête: la repositionner dans le très haut de gamme, made in Europe et avec des qualités techniques», lance Nicolas Rochat.

Pour atteindre ses objectifs, l’entrepreneur suisse âgé de 50 ans, qui était déjà actif depuis deux ans au sein de la firme alors basée en Suède, repense toute la stratégie: il commence par relocaliser le siège à Lausanne avant de recentrer la production de l’Asie vers l’Europe de l’Est, puis au Portugal.

«À cette période, le marché du vêtement de ski était saturé de bons produits à bas prix. Celui du haut de gamme n’était, lui, pas occupé.» Nicolas Rochat observe également une tendance, celle du retour de la laine mérinos de Nouvelle-Zélande, connue pour ses qualités thermorégulatrices. Il ne se contente cependant pas d’utiliser cette fibre seule, mais innove en l’associant avec le tissu Gore-Tex, étanche et respirant. Et l’entreprise intègre désormais aussi de la laine suisse à ses textiles, sous la forme d’une ouatine isolante, la «Swisswool»: la veste reste très fine et au toucher, très douce.

Pour rejoindre les chiffres noirs en 2013, la PME a augmenté ses prix de 20% par année sur une durée de cinq ans. Une veste coûte aujourd’hui de 860 à 1200 francs et un pantalon entre 600 et 750 francs. Des prix semblables à ceux de la société suisse Kjus (basée dans le canton de Zoug), son premier concurrent dans le haut de gamme. «Nous ciblons les amateurs et les connaisseurs de beaux produits.» Les ventes en ligne représentent 10% du chiffre d’affaires. «Nous n’avons pas de shop Mover et fonctionnons principalement grâce à nos détaillants en Suisse, Autriche, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Espagne et Etats-Unis.»

Les perspectives de la marque lausannoise de cinq employés? Réaffirmer Mover à l’international, en particulier sur le marché asiatique d’ici cinq ans, ainsi que développer des produits pour toute l’année, dans le même esprit sobre et épuré que ses vêtements de ski.
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Collaboration: Céline Bilardo

Une version de cet article est parue dans PME Magazine.



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