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sexpolMARDI 27 AVRIL 1999
«La fonction de l’orgasme» revient en force
L'oeuvre du Dr Wilhelm Reich suscite de nouveaux engouements. Il avait inventé de petites machines permettant de calculer, et même d'accumuler, l'énergie sexuelle.
Par Gérard Delaloye

Les rédacteurs de Largeur.com me disaient hier qu’après une expérience d’une dizaine de jours, l’article le plus lu du magazine dont ils sont les heureux initiateurs est celui consacré à l’orgasme. Etonnant? Pas du tout. Cet engouement nous rappelle que le sexe reste l’un des moteurs de l’histoire. Avec la lutte des classes. Avec l’angoisse existentielle.

Voilà qui nous renvoie aux grands maîtres de la pensée du XXe siècle, Karl Marx, bien sûr, qui poursuit son séjour en un purgatoire que nous lui souhaitons peuplé d’avenantes bonniches, Sigmund Freud, dont les séides colloquent à longueur de journées avec des théories sans cesse renouvelées de patients en mal de vivre et Wilhelm Reich dont les oeuvres font un retour remarquable à la devanture des librairies.

C’est dire que le psychiatre autrichien, né en 1897, en est, pour ce siècle, à sa troisième vie. Disciple de Freud, admis dans les année 1920 dans le cercle rapproché des élèves du fondateur de la psychanalyse, il développe la pensée du maître en un sens révolutionnaire en pointant le doigt sur une des grandes misères de son temps, la misère sexuelle.

Communiste antistalinien, il fonde Sexpol, organisation prolétarienne prônant une morale sexuelle en rupture avec la morale bourgeoise, organisation qui connaîtra de beaux succès dans l’espace germanique au cours des années 1930. Le nazisme le contraint à l’exil, en Scandinavie d’abord, puis aux Etats-Unis, où, devenu quelque peu parano, il se met en tête de construire de petites machines permettant de calculer et même d’accumuler l’énergie sexuelle.

Comme il commercialise son invention, l’administration s’en mêle et il est condamné à une peine de prison. C’est détenu pour délit d’opinion dans un pénitencier américain qu’il meurt en 1957.

A la même époque, en France, un livre hante les librairies d’avant-garde. Présenté sous une couverture d’un noir si funèbre que par comparaison la bannière anarchiste en deviendrait guillerette, il porte, en fines lettres blanches, un titre étrange: «La fonction de l’orgasme». Le nom de l’auteur, Wilhelm Reich, figure, lui, en petits caractères rouge sang.

Ce graphisme avait alors valeur de programme politique. Le contenu du livre n’en avait pas moins. Dès la première page, Reich annonce la couleur: «Le problème de la sexualité, par sa nature même, s’insinue dans chaque branche de l’investigation scientifique. Son phénomène central, «l’orgasme», est situé au carrefour des problèmes nés dans les domaines de la psychologie, de la physiologie, de la biologie et de la sociologie».

Epousant les préoccupations d’une société fascinée par le «Rapport Kinsey» et le «Deuxième Sexe» de Simone de Beauvoir, l’oeuvre de Reich chemina de manière souterraine avant d’éclater dans toute sa force au milieu des années 60. Avec Herbert Marcuse, le bon docteur Reich connut l’honneur (posthume, hélas pour lui) d’être l’un des idéologues de Mai 68 à travers le monde.

En l’espace de quelques années, ses oeuvres et les nombreux essais qui leur furent consacrés connurent un succès extraordinaire. La deuxième vie de Wilhelm Reich fut des plus fécondes: la révolution sexuelle est l’un des acquis soixante-huitards encore reconnus, même si Cohn-Bendit vient de se marier très légalement…

Mais le cheminement des idées ne saurait buter sur des dates. Alors qu’on le croyait enterré depuis de longues années, alors que depuis dix ans les idéologies sont rangées sur les rayons des bibliothèques, voici que Wilhelm Reich réapparaît en un come-back spectaculaire. Ses livres sont réédités, des essais sur sa pensée aussi. Début mars, le quotidien «Libération» lui consacrait même l’ouverture de son cahier Livres du jeudi.

Est-ce à dire que le néolibéralisme, maître indiscuté de la planète depuis dix ans, suscite par son triomphalisme, son arrogance et sa violence un appel d’air tel que les idéologies (tré)passées vont à nouveau retrouver la faveur des désespérés?

Reich nous revient malgré les (ou à cause des) sinistres et gothiques jeux de collégiens désespérés. Freud et ses prêtres se portent bien, merci pour eux. Et, qui sait, si l’OTAN persiste dans son savoir-faire balkanique, peut-être que Marx…

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De Wilhelm Reich, quatre ouvrages viennent d’être réédités chez Payot Paris: «Psychologie de masse du fascisme», «Reich parle de Freud», «L’Ether, Dieu et le diable» et «L’irruption de la morale sexuelle».
Deux essais lui sont consacrés: «Cent fleurs pour Wilhelm Reich» (Payot Paris) de Roger Dadoun et «Wilhelm Reich, énergie vitale et psychothérapie» de Gérard Guasch (Retz)

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Gérard Delaloye, historien et journaliste, n’a jamais eu l’occasion d’essayer les machines de Wilhelm Reich. Par contre, il a écrit un court essai sur Julien-Offray de La Mettrie, auteur notamment de «La Volupté» (1746) et de «L’Art de jouir» (1753).



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