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suisseJEUDI 02 AVRIL 2015
De Heidi à Oui-Oui
Les projets retenus pour éventuellement remplacer l'hymne national actuel semblent avoir réussi l’impensable exploit de faire pire.
Par Nicolas Martin

Donc l’hymne national actuel n’est «pas très bon». C’est du moins l’avis de Jean-Daniel Gerber, le président de la Société suisse d’utilité publique (SSUP) et ancien directeur de l’Office fédéral des Migrations ainsi que du SECO. Une SSUP chargée d’organiser le remplacement du cantique actuel, le fameux «Sur nos monts quand le soleil annonce un brillant réveil» dont chacun moque la pompe vieillotte, et le patriotisme de sacristie, sans d’ailleurs être capable d’ânonner plus loin que le brillant réveil en question.

Disons le tout net: la poussiéreuse rengaine a de beaux jours devant elle. C’est la principale certitude que l’on peut avoir au vu des six projets de nouvel hymne retenu par la SSUP. Un déluge d’eau tiède et de bons sentiments fadasses qui réussit l’exploit de transformer le pays déjà kitchissime de Heidi en celui, carrément bisounours, de Oui-Oui.

Certes on dira que c’est le genre qui veut ça. A quoi on opposera le saisissant «sang impur» que nos voisins tricolores appellent à venir abreuver leurs sillons et qui a tout de même une autre allure. Si on veut bien le prendre pour ce qu’il est: moins un cri de guerre primitif qu’une métaphore réussie de l’attachement à la nation.

Certes aussi nos poètes de circonstances ont été un peu poussé à la faute par un règlement du concours qui insistait sur les valeurs martelées en préambule de la Constitution fédérale: liberté, démocratie, indépendance, paix, solidarité et ouverture au monde. Des valeurs tellement évidentes qu’il n’est peut être pas nécessaire de les beugler au pied du drapeau, sauf à vouloir les banaliser ou pire les ridiculiser.

Car les propositions vont du grotesque au gnangnan en passant par le catéchisme scout. On trouve par exemple cette pleutre tentative de synthèse entre les diverses obsessions partisanes les plus représentées: «Soyons forts et solidaires, que le liberté nous éclaire, ouverts mais indépendants, pour le bien de nos enfants».

Que l’on pourrait traduire par: «Soyons UDC, mais soyons aussi socialistes, et tant qu’on y est, soyons radicaux». Et comme le PDC semble avoir été oublié, on rajoute in extremis les enfants.

Avec «Saisissons la chance de nos différences, engageons-nous avec ardeur pour que chacun ait part au bonheur» c’est carrément l’hymne soviétique qui peut aller se rhabiller, devant cette promesse d’un avenir radieux pour tous. Les passéistes recuits sont également bien servis avec cette touchante courbette aux aïeux: «Les Anciens nous ont donné l’amour de la liberté et confié en héritage le courage». Le courage de quoi? La réponse a du se perdre dans la nuit des temps.

Pour le reste, ce ne sont que portes ouvertes allègrement enfoncées: «Pour ce pays, son esprit solidaire et pour notre bien, chaque jour nous allons nous engager». Ou enthousiasmes devenus incontrôlables pour ne pas dire incontinents: «Mon pays de liberté, idéal d’égalité, vrai berceau de paix de la terre entière». Et même sans doute de toute la galaxie. Ou encore pâle tentative de coller à l’original en rappelant au passage la rengaine scolaire d’une Suisse terre de contrastes avec ces trois régions naturelles: «Nous levons tous unis les yeux sur notre patrie… ce rêve, qu’il vive puissant comme nos montagnes, qu’il aille en résonnant par villes et campagnes».

Evidemment l’hymne actuel est très cul-bénit, invoque Dieu à chaque ligne ou presque, mais aussi la nature. Avec l’avantage de ne se gargariser d’aucune qualité prétendument inhérente à la Suisse et aux Suisses. Proposant au contraire une soumission à la double puissance divine et naturelle, dont chacun sait bien depuis Spinoza que c’est tout un. Quoi de plus spinoziste en effet que cette injonction de la quatrième strophe: «Des grands monts vient le secours; Suisse, espère en Dieu toujours!»

Bref un hymne qui en appelle d’abord à l’humilité, état qui sied bien à l’histoire de ce pays. Parce que si l’on avait voulu éviter toute hypocrisie et chanter l’autre versant de la réalité suisse, on aurait bien pu, comme des mauvaises langues le suggèrent déjà sur les réseaux sociaux, choisir pour cantique national le très entraînant tube de Abba: «Money, money, money».



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