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suisseVENDREDI 10 AVRIL 2015
Trahison, poil au menton
En s’indignant d’un groupe de jeunes soldats de l’armée suisse photographiés avec un drapeau albanais, nos militaires montrent leur proverbiale propension à toujours avoir une guerre de retard.
Par Nicolas Martin

Qu’est-ce qu’un traître à la patrie? L’armée suisse semble bien avoir une petite idée sur la question, elle qui en a fusillé 17 lors de la dernière guerre mondiale, dont le fameux Ernst S., en 1942, coupable d’avoir livré un obus aux Allemands. Une histoire que Niklaus Meienberg avait racontée dans un livre et Richard Dindo portée au cinéma en 1976. Dévoiler cet aspect noir d’une Confédération et d’une armée enclines à la justice de classe avait à l’époque d’ailleurs été considéré comme une autre forme de traîtrise. Dindo s’était vu notamment frappé d’interdiction professionnelle à la Télévision suisse.

Oui, nos militaires ont leur idée quant à la forme que pourrait prendre, en 2015, l’infâmant délit de trahison. Commentant dans les colonnes du Blick la publication sur Facebook d’une photo où l’on pouvait voir un groupe de sept jeunes gens en uniformes de l’armée suisse brandir un drapeau albanais, un officier l’a dit franco: «Cela frise la trahison.»

Le brave homme, certes, veut bien concéder qu’un Suisse pourrait éventuellement avoir le droit d’être fier de ses origines étrangères, mais pas en service, bon sang, pas sous l’uniforme, «question de convenance et de respect».

C’est vrai ça: un aigle à deux têtes, à quoi ça ressemble? Tant pis si la couleur est la même sur les deux drapeaux, ce rouge pétant qu’arboraient récemment les robes respectives des présidentes suisse et kosovare.

La décoiffante remarque de l’officier indigné n’a pas été contredite par le porte-parole de l’armée Christophe Brunner, qui y est allé lui aussi de sa petite et martiale musique: «Lorsqu’on porte l’uniforme suisse, notre drapeau est le seul que nous voulons voir. Tout autre n’a pas sa place.» Punkt schluss, rompez. D’ailleurs c’est bien simple: lorsqu’on a l’immense privilège de servir dans cette armée-là, on n’a simplement pas le droit de diffuser des photos sans autorisation sur internet, surtout si elles «ternissent la réputation de l’uniforme comme expression d’appartenance à l’armée».

C’est tellement vrai que le cliché des Kosovars hilares et de leur fanion bicéphale constitue «une infraction». La police militaire est sur les dents, l’enquête lancée et la chasse aux traîtres ouverte. Lesquels dès qu’ils seront identifiés devront faire face à des sanctions pouvant aller de l’avertissement à une interdiction de sortie, en passant par une amende, «voire une arrestation».

Outre l’arrogance habituelle de cette vieille posture consistant à s’estimer au-dessus de tout et de tous, à se considérer par nature intouchable, l’armée suisse semble avoir raté quelques épisodes dans la vie du monde tel qu’il va. Notamment la double nationalité devenue pour nombre d’européens désormais une réalité aussi bien humaine qu’administrative.

Une réalité qui se remarque entre autres dans le football, avec par exemple le cas emblématique des frères Xhaka. L’un, Granit, choisissant de jouer pour la Suisse, l’autre, Taulant, pour l’Albanie. La double nationalité, la double appartenance, la double fidélité n’est plus guère contestée que par des partis obstinément nationalistes, comme l’UDC ou le Front national. Un drapeau, un peuple, un chef, un Reich, on connaît la chanson.

C’est cette réalité que l’armée suisse ne veut pas voir, semblant ignorer que désormais un tiers des recrues ont des origines étrangères, alors que la moitié des jeunes en âge de servir empruntent les nombreuses voies permettant d’échapper à la conscription. Autant dire que sans l’apport des secondos, l’armée suisse ne ressemblerait plus à grand chose.

A moins que l’armée encore ne préfère des embusqués bien et uniformément suisses. Ou mieux, ces confédérés qui partent se battre en terre étrangère sous des pavillons sans aigle à deux têtes. Le drapeau noir de la flibuste islamique par exemple.



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