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suisseVENDREDI 22 MAI 2015
De l’idéal au réel, sans passer par la case départ
Darbellay, Bonnant, le VIH, Erasmus, l‘UDC et la montre connectée. Ou comment y perdre plus que son latin.
Par Nicolas Martin

Charb et Cabu entrent donc dans le petit Robert et la beuh dans le Larousse. Ce qui énerve — en y ajoutant de nombreux anglicismes — un maître Bonnant plus fumeur de moquette, lui — et si possible bien épaisse. «Un dictionnaire dit la langue telle qu’elle devrait être, et non pas la langue telle qu’elle est», soutient l’avocat.

Certes. Bien sûr. C’est le vieux combat du monde réel et du monde idéal. Magnifique, le monde idéal. Affreux, le monde réel. Les esprits capitulards feront vite remarquer que l’on passe davantage de temps dans l’un que dans l’autre.

Dans le monde idéal, ainsi, on bat des mains à la perspective de porter au poignet ce joujou passionnant et tellement excitant: la montre connectée. Dans le monde réel, les universités, comme à Berne, en sont déjà à interdire durant les épreuves le port de toute montre, y compris la toquante à gousset héritée d’un improbable arrière-grand-père — si Ada Marra et ses amis ne vous l’ont pas fauchée avant, eux qui rêvent d’un impôt national sur les successions.

Dans le monde réel il semblerait donc que chaque avancée technologique génère automatiquement une avancée équivalente dans l’art difficile de la triche. Dans le monde idéal, les parents se réjouissent de transmettre à leurs enfants le fruit d’un long labeur, tandis que dans le monde réel, au nom de la justice fiscale, des étatistes professionnels se verraient bien gâcher un peu ces humbles réjouissances.

Ceux qui naïvement pensaient que la justice se trouvait du côté du monde idéal, commencent à se gratter la tête. Ou comme Christophe Darbellay face à la votation du 14 juin concernant ce fameux impôt, à se perdre en imprécations diverses et confuses: «épée de Damoclès!», «machine à détruire les emplois!», «paquet surprise!», «république bananière!», «injuste!», «choquant!», «horripilant! », «Mon Dieu!».

Dans le monde idéal, c’est sûr aussi, les trains, tous les trains, arrivent à l’heure. Dans le monde réel, le moindre orage fait s’effondrer précisément les talus où l’on avait posé, c’est bête, des rails.

Dans le monde idéal les trains roulent tous seuls. Dans le monde réel, les appareils d’enclenchement, qui en sont toujours la cause, sans que personne ne sache exactement à quoi ressemblent ces choses-là, rendent l’âme les uns après les autres.

Dans le monde idéal on ne se suicide pas. Dans le monde réel, ce ne sont qu’accidents de personne. Dans le monde réel, comme si cela ne suffisait pas, des inconnus, sans doute pour rien dans l’invention de la poudre, posent, comme à Soleure, pierres et plaques de béton sur les voies.

Mais la Suisse, c’est bien connu, a gardé quelques vagues connections avec le vieux monde idéal, et c’est ainsi que les trains des CFF roulent par-dessus les obstacles malveillants. Même pas mal.

Dans le monde idéal, le VIH recule. Dans le monde réel aussi — en Suisse en tout cas, 10% d’infections déclarées en moins l’an dernier. Dans le même temps, le nombre d’étudiants européens suivant le programme Erasmus dans les hautes écoles suisses diminue aussi. De 10% également. Strictement aucun lien ne peut être démontré entre ces deux statistiques.

Dans le monde idéal, l’UDC n’existerait pas, il n’y aurait pas eu la votation du 9 février, la Suisse ne serait pas considérée comme un pays tiers, et le nombre d’étudiants Erasmus ne diminuerait pas. Dans le monde réel il faut faire avec. Avec Blocher, Freysinger et autres croquemitaines en «er». Même si certains veulent voir dans ce parti une forme de cancer politique, son rôle dans la décrue du VIH reste aussi à démontrer.

Ce qui est sûr: dans le monde idéal, chacun est égal devant le virus du sida. Dans le monde réel, les femmes s’infectent plutôt «au sein d’une relation stable», nous dit l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), et les hommes plutôt «lors de rapports occasionnels ou anonymes». Qu’en déduire?

Dans le monde idéal, on arriverait vite à une conclusion aveuglante. Dans le monde réel, c’est un peu plus compliqué.



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