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medecineMARDI 25 AOÛT 2015
La bataille des géants a commencé
L’arrivée de Google, d’Apple et de Facebook dans le monde médical suscite aussi bien l’enthousiasme que la méfiance. Voici pourquoi.
Par Clément Bürge

En juillet 2013, Eric Schadt, un professeur de génomique à la Mount Sinai Icahn School of Medicine, cherchait des participants pour mener une nouvelle étude sur l’asthme. Le chercheur et son équipe ont envoyé 300 lettres à différents candidats potentiels. Au final, 50 personnes ont été enrôlées. «Cela nous a pris un an pour les recruter», explique le professeur. Un processus fastidieux qui s’est vite avéré déclencheur d’une petite révolution dans le monde de la recherche.

En mars de cette année, un nouvel outil qui pourrait radicalement changer ces méthodes de recrutement a vu le jour. Apple a sorti un nouveau système, nommé Research Health Kit, qui permet à des chercheurs de trouver des participants et de réaliser des études grâce à des smartphones. Et l’un des scientifiques ayant collaboré avec la marque à la pomme dans ce projet n’est autre que… Eric Schadt. Et quand le professeur a lancé un nouvel appel quelques semaines plus tard au moyen de ce kit, il a recruté 3’500 participants en moins de 72 heures. «Sans l’outil d’Apple, cela nous aurait pris des années», note-t-il.

Comment cela marche? Le Research Health Kit est une plateforme qui permet aux équipes scientifiques de créer des apps dotées d’outils de récolte de données particulièrement adaptés au monde de la santé. Celle d’Eric Schadt se nomme Asthma Health App. Elle permet aux patients de s’auto-monitorer et leur rappelle comment suivre correctement leur traitement. Quand un patient a une crise d’asthme aiguë, il la rapporte. Le programme envoie aussi une multitude d’autres données aux chercheurs. «On va, par exemple, demander à l’app de nous transmettre des informations sur les facteurs qui pourraient déclencher une crise à un moment donné, comme l’humidité ambiante ou le taux de pollution d’une région», explique Eric Schadt.

Il existe quatre autres produits de ce genre: le Massachusetts General Hospital a développé GlucoSuccess, qui analyse le taux de sucre dans le sang; le département de médecine de l’Université de Stanford a créé MyHeartCounts, qui surveille les maladies cardiovasculaires; Sage Bionetworks et l’Université de Rochester ont mis au point mPower, qui enregistre les symptômes de la maladie de Parkinson et le Dana-Farber Cancer Institute, l’Université de Pennsylvannie, Sage Bionetworks et l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) ont conçu ensemble Share The Journey, qui étudie pourquoi certains patients avec un cancer du sein souffrent moins que d’autres.

L’arrivée de Google et de Facebook

Cette série d’apps marque l’arrivée des géants tech de la Silicon Valley dans le monde de la recherche. Pour Eric Schadt, ces firmes vont «transformer la médecine de manière fondamentale et permettre aux patients de vivre mieux tout en réduisant les coûts de la santé». Leur impact le plus important se fera sentir au niveau de la récolte de données. «Grâce aux nouveaux outils dotés de senseurs (wearables) et aux réseaux sociaux, les patients vont amasser de plus en plus d’informations sur leur état de santé, explique le professeur. Cela permettra aux médecins et aux chercheurs de mieux comprendre ce qui leur arrive.»

Pour lui, c’est comme si un médecin restait en permanence au chevet d’un patient, qu’il soit malade ou pas. «En moyenne, une personne passe dix minutes par année avec un docteur, ce qui n’est rien en comparaison avec la quantité de données que les smartphones et d’autres objets connectés vont pouvoir accumuler sur notre santé.»

Ces dernières années, Microsoft a développé des logiciels de gestion des hôpitaux, IBM a créé un super ordinateur surnommé Watson qui assiste les médecins lors de la pose d’un diagnostic et Facebook a annoncé la création de groupes de soutien pour les patients sur son réseau.

Mais parmi les géants de la tech, un acteur a des ambitions qui vont au-delà de la récolte de données: Google. «La firme a mis en place une politique ambitieuse en matière de santé, explique Thomas Gauthier, un spécialiste de la santé et des nouvelles technologies à la HEG Genève. Ils ont la volonté et les capacités financières de changer beaucoup de choses.»

En mars 2015, Google a par exemple annoncé une collaboration avec Johnson & Johnson pour créer des robots médicaux capables de réaliser des opérations chirurgicales avec une infinie précision. Le groupe californien va aussi mettre en place un système qui permet de visualiser les vaisseaux sanguins et d’autres structures anatomiques difficiles d’accès en direct sur un écran.

Mais son projet le plus imposant est Calico, une unité de recherche spéciale qui a pour but de développer des traitements contre les maladies liées à l’âge. Son objectif avoué: rendre l’humain immortel. L’homme à la tête de Calico n’est autre qu’Arthur D. Levinson, une star de l’alliance entre tech et médecine, un scientifique spécialiste de génétique qui a été président d’Apple et CEO de Genentech. En 2015, la firme a annoncé qu’elle allait investir 1,5 milliard de dollars dans ce projet.

Défis en vue

Mais le succès n’est pas assuré pour ces entreprises. Le premier projet médical de Google, lancé en 2008, fut un échec flagrant. Nommé Google Health, il avait pour but d’archiver des dossiers médicaux en ligne. Trop peu utilisé, il a été fermé en 2013. «L’entreprise ne s’était pas assez investie dans ce projet, explique Thomas Gauthier. Aujourd’hui, c’est différent. Elle a depuis mis en place un vaste programme officiel orienté autour de la santé et montré son engagement en créant des unités concrètes et indépendantes comme Calico. Ce type d’erreur ne devrait plus se reproduire.»

L’une des principales menaces qui plane sur ces ambitions sont les réglementations gouvernementales. «La santé et la longévité sont un domaine très excitant, a déclaré Larry Paige, l’un des fondateurs de Google lors d’un panel en 2014. Mais c’est un domaine tellement régulé. J’ai peur que les Etats-Unis ne mettent en place trop de règles et tuent dans l’œuf toutes les possibilités que les nouveaux outils technologiques vont leur offrir.» Lors du développement d’un nouveau produit, le processus administratif à suivre pour que les autorités l’autorisent sur le marché est trop compliqué, selon lui.

Et la communauté médicale n’accueille pas forcément ces nouveaux acteurs à bras ouverts. Certains craignent que l’argent privé investi dans la recherche médicale ne distorde les priorités de recherche. Preston Estep, le directeur de gérontologie du Personal Genome Project lancé par la Harvard Medical School, a accusé les géants de la tech «de financer des projets ‘pseudo-scientifiques’», visant particulièrement Calico.

Pour contourner ces obstacles, plusieurs compagnies ont commencé à collaborer directement avec le monde médical, comme Apple et Eric Schadt. Calico a formé un partenariat avec le groupe pharmaceutique AbbVie afin de bénéficier «de sa profonde expertise médicale». Et Google a noué un partenariat avec Novartis pour créer des lentilles qui mesurent les taux de glucose des patients. «Novartis est l’un des plus importants producteurs de lentilles de contact, a déclaré Joe Jimenez, le CEO de Novartis. Mais nous ne connaissons rien aux microprocesseurs et aux senseurs.» Des collaborations qui vont permettre aux entreprises d’exploiter au mieux les points forts de chacun, et de gagner la confiance du monde de la santé.
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Swisscom et La Poste se lancent dans la santé

En Suisse, ce sont La Poste et Swisscom qui s’immiscent dans le monde médical. Le groupe postal a mis sur pied une équipe de 30 personnes pour créer un système de gestion du dossier électronique du patient. Sa longue expérience en matière de traitement de données confidentielles et de transmission d’informations a permis au géant suisse de se lancer dans la circulation d’informations médicales. Le CHUV va étudier le système développé par La Poste dans le cadre d’un projet pilote établi par la cellule eHealth du canton de Vaud. Pour Pierre-François Regamey, le directeur des systèmes d’information au CHUV, ce nouvel outil s’annonce extrêmement utile: «Les hôpitaux utilisent encore beaucoup de papier. Etablir un dossier électronique permettra de rapidement connaître son historique médical. On évitera aussi de réaliser les mêmes examens plusieurs fois.»

De son côté, Swisscom a lancé une nouvelle division «Health» composée de 300 personnes. Elle propose divers services comme un système de dossier électronique du patient, des logiciels de gestion pour les cabinets de médecin, ainsi qu’un programme intitulé Evita, qui permet au patient de se créer une sorte de dossier de santé personnel au moyen des données qu’il récolte avec son smartphone. «C’est un domaine très prometteur, explique Stefano Santinelli, le CEO de Swisscom Health. Les hôpitaux pourraient économiser jusqu’à 90% de leurs frais administratifs s’ils parvenaient à digitaliser ce domaine.»
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Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 6).

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