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emploiVENDREDI 11 DÉCEMBRE 2015
J’embauche un réfugié dans mon entreprise
De nombreux employeurs pensent que les requérants d’asile ou les étrangers admis provisoirement en Suisse sont exclus du marché du travail. A tort: cette main d’œuvre peut être embauchée, sous certaines conditions. Explications et témoignages.
Par Peggy Frey

Ils arrivent d’Erythrée, d’Afghanistan, de Syrie ou d’ailleurs… Près de 50’000 personnes ont actuellement déposé une demande d’asile en Suisse, mais seulement un tiers de ces requérants occupe une activité salariée, alors que la plupart sont en capacité et en droit de travailler. Méconnaissance des possibilités d’embauche, crainte de la complexité administrative ou aprioris sont autant d’obstacles qui freinent les employeurs dans le recrutement de personnes relevant du statut de l’asile. Certains patrons de PME ont néanmoins franchi le pas et se montrent généralement satisfaits de leur choix. Guide pratique pour entreprendre une démarche qui peut s’avérer favorable à l’intégration de ces étrangers.

1. Se renseigner
En préalable à l’embauche d’un requérant, il est nécessaire de s’informer sur les possibilités et dispositions en vigueur dans le canton où se situe l’entreprise. Le service des migrations ou de l’emploi, les bureaux d’intégration des étrangers, les organisations chargées de l’accueil et du soutien aux migrants, peuvent fournir les informations utiles à la préparation d’un recrutement.

2. Trouver le bon candidat
Quelques rares requérants à la recherche d’un emploi postulent spontanément auprès des entreprises. Cependant, la méconnaissance des procédures de recrutement et du tissu économique local les oriente plutôt vers les Offices régionaux de placement (ORP) ou des associations d’aide aux migrants. «Dans le canton de Neuchâtel, nous travaillons avec un réseau de 300 entreprises auxquelles nous pouvons proposer la candidature d’un migrant si elle est en adéquation avec le poste, renseigne Fabrice Plomb, de la fondation Job Service. Comme nous suivons la personne placée, les refus sont rares.» Même constat du côté de l’Etablissement vaudois d’aide aux migrants (EVAM). «Notre groupe ‘Emploi’ soutient les PME, les conseille pour les démarches administratives et les renseigne sur le profil de nos bénéficiaires», explique Evi Kassimidis, porte-parole de l’EVAM.

3. Tenir compte du statut
Les requérants d’asile n’ont pas tous le même statut, ni les mêmes droits. «Un requérant dont la demande est en cours de procédure (Livret N) n’est pas autorisé à travailler les trois premiers mois qui suivent le dépôt de son dossier. Un requérant à qui le statut de réfugié a été refusé, mais qui ne peut être reconduit dans son pays pour diverses raisons, est admis provisoirement (Livret F) et peut travailler dans le canton dont il dépend. Un réfugié reconnu obtient le permis B», souligne Céline Kohlprath, porte-parole du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM). Qualifié de provisoire, la dénomination du permis F inquiète souvent les employeurs. «Il n’a pourtant de provisoire que le nom, dans la mesure où il est renouvelable annuellement.»

4. Respecter la procédure
Comme pour toute embauche d’un étranger, celle d’un requérant reste soumise à une autorisation cantonale. Un formulaire de demande accompagné de la copie du livret du migrant et du contrat de travail signé, doivent être déposés auprès des autorités cantonales compétentes. «Avant de délivrer une autorisation, nous vérifions si les conditions d’embauche respectent le droit du travail. Pour éviter toute exploitation, nous veillons aussi à ce que le salaire corresponde à ce qui se pratique dans la branche», explique Serge Gamma, chef du Service des migrations du canton de Neuchâtel.

5. Attention aux dispositions cantonales
La Confédération laisse une marge de manœuvre importante aux cantons en matière d’embauche des migrants. Selon leurs dispositions et la situation locale du marché du travail, ils peuvent faciliter ou contraindre l’accès à l’emploi des requérants. Si certains employeurs n’ont pas de problème, d’autres décrivent des situations plus complexes pour embaucher. «Lorsque j’ai recruté une requérante d’asile en cours de procédure (N), le délai pour obtenir l’autorisation a été long, raconte le dirigeant d’un hôtel de la riviera vaudoise*. Il nous a fallu être patients et convaincants pour que cette femme puisse travailler chez nous.»

6. Les secteurs qui recrutent
Précurseurs, l’agriculture et l’hôtellerie-restauration proposent du travail aux migrants depuis longtemps. Plus récemment, l’industrie, la santé, le commerce de détails, la construction ou l’artisanat, se sont ouverts à l’embauche de cette main d’œuvre.

Les migrants inexpérimentés dans les secteurs susceptibles de les embaucher, peuvent suivre une formation. Un exemple: l’initiative de l’Union suisse des paysans place des requérants dans diverses exploitations pour les former aux métiers de l’agriculture. Autre projet, celui de la Croix Rouge, qui offre à 500 requérants la possibilité de devenir auxiliaire de soin. «Faire un stage ou décrocher une place d’apprentissage ouvre aussi les portes du marché du travail, précise Evi Kassimidis de l’EVAM. Dans le canton de Vaud, nous avons plusieurs PME qui ont pris des requérants en apprentissage.»

7. Apprécier les avantages
Pallier la pénurie de main d’œuvre dans certains secteurs, être motivés à la tâche, ces qualités sont celles mentionnées par les employeurs à l’égard des réfugiés. «Pour le migrant, décrocher un emploi est une victoire, un pas vers l’intégration et l’autonomie financière», rappelle Anne Poffet, coordinatrice de la Plateforme emploi du Valais.
Le recrutement de migrants au sein d’une entreprise peut aussi amener de nouveaux savoir-faire et une diversité de connaissances dans une équipe. Une richesse supplémentaire pour un recrutement utile économiquement et solidaire.

8. Etre conscient des inconvénients
Parcours de vie difficile, traumatismes… un réfugié travaille rarement dès son arrivée en Suisse. «Il faut du temps pour s’adapter au marché du travail, ne serait-ce que pour se familiariser avec la langue», constate Francis Charmillot, responsable de l’Association jurassienne d’accueil des migrants (AJAM). Des initiatives comme «Le français sur le chantier» ou un soutien en langue, permettent aux migrants d’acquérir une base linguistique qui leur fait le plus souvent défaut.

Autre inconvénient, le niveau de compétence et de formation des réfugiés est très hétéroclite. «Pour répondre aux attentes de l’employeur et l’orienter vers le bon candidat, un stage en entreprise aide souvent à évaluer les compétences du postulant et sa motivation pour le métier», explique Fabrice Plomb, de la fondation Job Service.

*Nom connu de la rédaction.
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TEMOIGNAGES

«J’apprécie leur motivation au travail»
Gaisch Sàrl, entreprise de peinture en bâtiment à Corcelles (NE)

Leur intégration professionnelle au marché suisse, Samuel, Ethiopien de 27 ans, et Persy, Angolais de 28 ans, l’ont faite par le biais d’un stage, puis d’un apprentissage. «Les candidatures de ces deux requérants m’ont été proposées par une agence locale de placement, se souvient Lorenz Gaisch, directeur de Gaisch Sàrl, spécialisée dans la peinture en bâtiment. J’ai tout de suite été tenté par l’expérience et ne le regrette absolument pas. J’ai de la chance: ces deux employés sont très motivés; ils ont vite appris le métier et je peux leur faire confiance.» Persy, qui travaille comme peintre depuis 2008, a débuté comme stagiaire avant d’entamer un apprentissage et de décrocher son CFC. «Aujourd’hui, ce salarié est parfaitement intégré à l’équipe et habitué à nos méthodes de travail.» En cours de formation, Samuel partage son temps entre l’entreprise et une journée hebdomadaire de cours au Centre professionnel des métiers du bâtiment de Colombier. «Il est un peu freiné par une mauvaise pratique du français pour progresser dans ses études, commente Lorenz Gaisch. Mais ses lacunes en langue n’ont pas d’incidences négatives sur son travail.» Aidé par une association dans ses démarches, Lorenz Gaisch n’a eu aucune difficulté administrative à embaucher ces deux requérants. «Si ces recrutements avaient été compliqués, je n’aurais probablement pas franchi le pas.»
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«Il s’est tout de suite montré efficace»

Restaurant Gastronomique le Mont-Rouge à Haute-Nendaz (VS)

Pour sa cinquième expérience d’embauche d’un migrant, Loris Lathion, chef du restaurant gastronomique le Mont Rouge à Haute-Nendaz, a opté pour la candidature d’un Sri-Lankais. «Je me suis renseigné auprès d’un ami qui employait déjà des migrants. Grâce à leur réseau, ils m’ont proposé de rencontrer Piratheep. Trois jours plus tard, ce Sri-Lankais de 25 ans, qui travaillait dans la commercialisation de produits agricoles dans son pays, a pris ses fonctions d’aide de cuisine chez moi. Equipé de la tête au pied et sensibilisé au travail en cuisine par le Centre pour requérants de Vétroz, il s’est tout de suite montré efficace et résistant au stress. Son petit bagage en français est suffisant pour le travail demandé et je l’ai embauché pour une durée indéterminée.»

Comme pour ses précédentes expériences, Loris Lathion est satisfait du travail de son employé. «J’espère qu’il restera. Ceux qui occupaient ce poste avant lui ont démissionné car les ponctions sur leurs salaires étaient trop importantes. Mais les choses ont changé: en plus des charges usuelles, je suis simplement tenu de retenir une taxe spéciale de 10% sur sa rémunération pour le remboursement des frais occasionnés par la demande d’asile.»
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Une version de cet article est parue dans PME Magazine.



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