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soinsJEUDI 24 DÉCEMBRE 2015
Des médicaments venus du ciel
Chercheurs et humanitaires s’intéressent aux drones pour aider les patients et les victimes de catastrophes. Mais des obstacles techniques et législatifs restent à surmonter.
Par Julie Zaugg

Le drone ressemble à une grosse mouche métallique, entourée d’une cage circulaire. Lorsque l’appareil se met en vol, la cage agit comme une coque protectrice. Il peut se cogner contre les obstacles sans dommage. «Nous avons passé des centaines d’heures à observer des insectes voler pour comprendre comment ils font pour rester stables après une collision, détaille Patrick Thévoz, cofondateur de Flyability, une société lausannoise issue du Pôle de recherche national en robotique de l’EPFL, récemment classée parmi les trois meilleures start-up suisses par Venturelab. Il en est né un drone incroyablement souple et agile, capable de se glisser dans les environnements les plus hostiles et exigus.»

Cela en fait un partenaire idéal pour les sauveteurs, lorsqu’il s’agit de retrouver des victimes coincées sous un immeuble effondré après un tremblement de terre, pris au piège dans un bâtiment en feu ou surpris par une tempête en haute montagne. «Les robots roulants utilisés actuellement sont souvent bloqués par des débris au sol, note l’entrepreneur. On l’a vu à Fukushima, où ils ne sont pas parvenus à pénétrer dans la centrale nucléaire endommagée.»

Matternet, une start-up californienne, a pour sa part créé des drones capables d’amener des médicaments et des biens de première nécessité (eau, rations alimentaires) aux victimes de catastrophes naturelles. Elle les a testés en Haïti suite au tremblement de terre de 2010 et au Bhoutan, pays choisi en raison du mauvais état de ses routes, et donc idéal pour tester les drones.

Terre des Hommes aussi s’est servi de drones en Haïti, après le passage de l’ouragan Sandy en 2012. «Certaines maisons avaient été emportées sur 15 kilomètres par une rivière, relève Frédéric Moine, conseiller en systèmes d’information auprès de l’ONG. Un drone équipé d’une caméra nous a permis de constater l’ampleur des dégâts.» La comparaison de ces images avec celles réalisées avant la catastrophe par OpenStreetMap, une initiative citoyenne de cartographie participative qui a pour but de créer une carte du monde en libre accès grâce aux inputs des communautés locales, a permis de guider les efforts de reconstruction.

Medair, une autre agence humanitaire, en a fait un usage similaire grâce au soutien de la Chaîne du Bonheur suite au typhon Haiyan, qui a ravagé les Philippines en 2013. D’autres ONG s’en servent pour surveiller les mouvements de réfugiés ou pour repérer si des mines antipersonnel ont migré suite à un glissement de terrain.

Ambulance volante

L’humanitaire n’est pas la seule application possible. Alec Momont, un chercheur de l’Université de Delft, aux Pays-Bas, a imaginé un appareil qui pourrait servir d’ambulance volante. Equipé d’une boîte contenant un défibrillateur, un tourniquet et quelques autres outils de premier secours, il peut atteindre un patient en l’espace d’une minute dans un rayon de 12 km2, contre dix minutes en moyenne pour une ambulance classique.

Le drone s’oriente grâce à un GPS qui se connecte au téléphone portable de celui qui a appelé les urgences. Et une fois arrivé sur le site de l’accident, il permet à un soignant de poser un diagnostic à distance et de guider les gestes de secours par le biais d’une caméra fixée sur le drone. «Cela permet de faire passer les chances de survie d’un patient en arrêt cardiaque de 8 à 80%», selon Alex Momont.

Cornelius Thiels, médecin et chercheur à la clinique Mayo, dans le Minnesota, a une autre idée en tête. «Beaucoup d’hôpitaux ne parviennent pas à stocker suffisamment de produits sanguins. Un seul patient nécessitant une transfusion massive peut épuiser leurs réserves.» Résultat, ils doivent transférer le malade vers un autre hôpital ou se faire livrer du sang par la route ou par les airs.

Outre son coût, une telle opération représente un risque pour le personnel de santé – chaque année, 40 soignants décèdent au cours de ce genre de transferts – et le véhicule peut rester coincé dans le trafic, mettant en danger la vie du patient.

Ces engins pourraient servir aussi à acheminer des échantillons de laboratoire ou des médicaments aux patients vivant dans des zones reculées. «Les traitements à base de narcotiques pourraient être livrés sous forme de dose quotidienne, plutôt que mensuelle, ce qui minimiserait les risques de dépendance», ajoute le médecin. A terme, ces appareils pourraient même transporter des organes. «Cela permettrait de coordonner l’offre et la demande de façon plus flexible, et donc de réduire le temps d’attente chez les patients nécessitant une transplantation.»

Drones de recherche

La recherche médicale a elle aussi commencé à s’appuyer sur les drones. Project Premonition, une initiative américaine qui a pour but d’identifier de nouveaux virus en décodant leur génome, s’en sert pour capturer des moustiques et accéder aux échantillons de sang animal ou humain qu’ils contiennent. «Je chasse les moustiques depuis vingt ans et jusqu’ici, cela impliquait de poser des pièges en pleine nature à pied ou en camion, soupire Douglas Norris, microbiologiste à l’Université John Hopkins, qui participe au projet. Une équipe de scientifiques pouvait en poser 8 à 12 par jour au maximum.» Project Premonition veut désormais confier cette tâche à un drone. «Il peut voler en ligne droite, sans devoir contourner des obstacles, et peut travailler jour et nuit», se réjouit le scientifique. Il pense qu’un seul de ces engins pourrait remplacer une équipe entière de poseurs de pièges.

Malgré leur potentiel, les drones ont encore du chemin à parcourir. L’appareil moyen ne peut porter plus de 2 ou 3 kilos et ne peut rester en l’air que durant une heure. Cela restreint son rayon d’action à 90 km2 au maximum. «Si on leur fait transporter des médicaments ou des échantillons de laboratoire, il faut en outre s’assurer qu’ils ne soient pas exposés à la chaleur ou à l’humidité en cours de vol», note Cornelius Thiels.

De nombreux pays ont aussi des lois restreignant l’usage de leur espace aérien par des drones. «Chaque Etat a ses propres règles, relève Patrick Thévoz, de Flyability. En Suisse, les drones ne peuvent pas voler à moins de 5 km d’un aéroport, au-delà d’une certaine altitude et au-dessus d’une foule.» En France, il faut déposer ses plans de vol auprès des autorités et obtenir une homologation. «Mais une loi est en préparation, sur le plan européen, pour uniformiser tout cela», ajoute-t-il.

L’usage de ces appareils volants soulève en outre certaines questions en lien avec la protection de la vie privée. Si on les déploie pour surveiller des réfugiés avec une résolution de 4 cm au sol, leur visage devient tout à fait reconnaissable. De même, si les médicaments envoyés au domicile d’un patient sont interceptés par un voisin par exemple, celui-ci aurait des informations sur son état de santé. L’envol des drones doit donc encore surmonter plusieurs obstacles.
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Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 7).

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