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travailMARDI 26 AVRIL 2016
Qui a peur de Glassdoor, le «TripAdvisor de l’emploi»?
Le site américain qui permet aux employés de noter leur entreprise attaque le marché suisse. En mettant une foule de nouvelles informations à disposition des candidats, il commence à bousculer le secteur des ressources humaines.
Par Sophie Gaitzsch

Au mois de février, l’équipe des ressources humaines de L’Oréal Suisse a suivi une nouvelle formation. L’objet du cours? Glassdoor, le site américain sur lequel les employés peuvent noter leur entreprise. Souvent qualifié de «TripAdvisor de l’emploi», la plateforme rassemble des informations sur les conditions de travail, les salaires, le déroulement des entretiens d’embauche ou encore les dirigeants des entreprises. Les avis, postés de manière anonyme par des personnes qui travaillent ou ont travaillé pour les sociétés passées au crible, donnent naissance à une note moyenne sur cinq.

Créé en 2008, Glassdoor, qui publie aussi des offres d’emploi, a connu une forte croissance ces dernières années, principalement dans les pays anglo-saxons. Le site rassemble aujourd’hui 11 millions d’avis sur 500′000 entreprises, quasiment le double d’il y a deux ans. Une croissance qui a permis au site de se distancer de plateforme similaire, comme le site autrichien Kununu, disponible uniquement en allemand. Et c’est avec cette force de frappe que Glassdoor s’est officiellement lancé sur le marché helvétique fin 2015. Pour l’heure, la plupart des avis concernent des multinationales. Mais des sociétés suisses, des organisations internationales, des ONG, des universités et même des PME sont également notées.

«Travaillez ailleurs si vous le pouvez!», «La hiérarchie en demande toujours plus sans jamais reconnaître vos efforts.», «Le service RH ne sert à rien.»: les entreprises romandes vont devoir affronter de plus en plus fréquemment ce type de commentaires peu reluisants. Olivier Deslandes, responsable des ressources humaines de la banque privée Lombard Odier, actif dans le recrutement depuis plus de deux décennies, prédit un «tsunami» dans les années à venir. «Les directions générales et les responsables de communication et de ressources humaines devront composer avec un canal d’informations impossible à filtrer, et donc une perte de contrôle de l’image de la société à l’extérieur.»

La fin du politiquement correct

«Les entreprises seront obligées de faire correspondre les valeurs qu’elles affichent pour leur communication, en matière d’éthique ou de respect des employés, à la réalité, poursuit Olivier Deslandes. Certaines habitudes, par exemple laisser un manager brillant mais tyrannique terroriser son équipe, comme c’est le cas dans certaines sociétés, ne pourront plus être tolérées.» Les responsables des RH devront aussi s’habituer à recevoir des candidats mieux informés, notamment sur le déroulement des entretiens d’embauche et les salaires auxquels ils peuvent prétendre, et plus enclins à demander des précisions sur certains aspects négatifs de l’environnement de travail. «Cela rendra les discussions de recrutement beaucoup moins politiquement correctes.»

«Glassdoor nous oblige clairement à repenser notre manière de travailler, explique Emmanuelle Grosclaude, responsable des ressources humaines de L’Oréal Suisse. Tout ce qui se passe au sein de l’entreprise peut être diffusé très rapidement, que ce soit par un collaborateur ou un candidat après un entretien d’embauche par exemple. Du coup, les exigences en matière de qualité sont exacerbées, notamment lorsque nous recevons des candidats. Cela dit nous considérons Glassdoor comme un formidable outil.» Glassdoor n’est en effet pas réservé aux employés. Sur leur profil, les entreprises peuvent répondre aux commentaires, poster des informations et des images et accéder à des analyses et des études comparatives. Le site permet surtout d’obtenir des informations que les collaborateurs hésitent à transmettre à leur hiérarchie. «Nous pouvons ainsi agir pour améliorer certaines situations, ajoute Emmanuelle Grosclaude. Nous invitons d’ailleurs les employés à poster leurs commentaires afin d’avoir un maximum de feedbacks et l’image la plus objective possible. Il s’agit aussi d’un moyen pour en apprendre davantage sur nos concurrents. Par ailleurs, la transparence accrue est bénéfique pour tout le monde et rendra les processus de recrutement plus efficaces. Je n’ai aucun intérêt à ce qu’un nouvel employé découvre un aspect du travail qui ne lui convient pas seulement une fois qu’il se trouve engagé.»

Outre la formation qui vise à apprendre à l’équipe RH comment utiliser Glassdoor, L’Oréal a mis en place des actions concrètes. Chaque trimestre, un rapport résumant l’évolution de la réputation de l’entreprise sur le site est transmis à la direction. Et les ressources humaines ont désormais pour mission de répondre à tous les avis.

Guerre globale pour attirer les talents

Chez Swisscom, tous les commentaires négatifs postés sur Glassdoor reçoivent aussi une réponse, une habitude adoptée avec le site Kununu, bien implanté en Suisse alémanique. Et l’opérateur va même plus loin pour désamorcer les situations conflictuelles. «Nous demandons à la personne de nous contacter via une adresse e-mail afin de discuter directement des problèmes, indique David Luyet, chef de la section People Relationship & HR Marketing. Nous tenons à montrer que nous prenons ces situations au sérieux, même si la démarche ne reçoit souvent pas de réponse.» Quant à l’attitude des candidats, en se basant sur son expérience avec Kununu, Swisscom estime que 10% à 15% citent des avis lus online pour demander des explications lors d’un entretien.

La société genevoise de services informatiques Blue-infinity, qui compte 400 employés, a également pris des devants. En cas de commentaire négatif, Sonia Nair, la directrice du marketing et de la communication, effectue un sondage à l’interne pour voir si cela correspond au sentiment des employés. Après avoir dans un premier temps ajouté des contributions à sa page Glassdoor, Blue-infinity a finalement décidé de cesser d’y être actif. «Les mauvais commentaires, cela fait partie du jeu, remarque Sonia Nair. Mais tout n’est pas si transparent. L’anonymat donne la possibilité à n’importe qui de rédiger une évaluation de la société, et à une même personne de multiplier les profils. Par ailleurs, Glassdoor nous a proposé d’ouvrir un compte premium payant, dont une des options permettait de décider quel avis serait mis en avant sur notre profil. Cette démarche — que nous avons refusée — engendre aussi une perte d’objectivité.»

Réactions dubitatives

La plupart des entreprises de Suisse romande ne se montrent pas aussi proactives. Face au nombre encore restreint de commentaires, plusieurs responsables de ressources humaines interrogés disent n’avoir aucune stratégie particulière concernant Glassdoor. Ils indiquent ne pas effectuer de surveillance systématique et regarder plutôt ce qu’il s’y passe «par curiosité».

Beaucoup de spécialistes du recrutement réagissent encore de manière dubitative, voire carrément ironique, à l’évocation de ce nouveau «TripAdvisor de l’emploi», constate David Talerman, auteur de l’ouvrage «Travailler et vivre en Suisse» et observateur assidu du secteur des ressources humaines dans la région. «Mais ils rigoleront beaucoup moins dans un ou deux ans. Grâce à cet outil, ce n’est plus seulement le candidat qui est passé à la loupe, mais aussi l’entreprise. Il s’agit d’un enjeu majeur dans un contexte de guerre globale pour attirer les talents. Pour convaincre des personnes qui ne sont pas sur le marché de rejoindre une entreprise, il faut d’autres paramètres que le salaire. Et désormais, Glassdoor met tout sur la table.»
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Une version de cet article est parue dans le magazine L’Hebdo.



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