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mediasMARDI 07 JUIN 2016
Vidéo en direct, le nouveau champ de bataille numérique
Les applications de «live streaming» comme Periscope ou Faceboook Live déferlent sur le marché mondial. Elles permettent de diffuser concerts et événements sportifs en temps réel depuis un smartphone.
Par Steve Riesen

La journée débute tranquillement par un petit concert de bossanova à Rio. Elle se poursuit avec un mariage unique dans les ruines de Gaza, avant de finir en beauté devant un coucher de soleil dans le sable chaud de Sydney. Sur l’application Periscope, le monde se dévoile en temps réel à travers le regard des autres — si l’on omet toutefois les nombrilistes accros à l’autoportrait. Et ils sont nombreux à préférer se filmer eux-mêmes plutôt que de partager ce qui les entoure.

En Suisse romande, l’application suscite en premier lieu l’intérêt des adolescents. Se retrouvent pêle-mêle la classe d’école hilare filmant le prof à son insu, la bande de petites frappes documentant leur soirée alcoolisée ou encore l’entraîneur du dimanche analysant le match de la veille. Malgré la portée souvent restreinte des vidéos en direct ainsi diffusées, le phénomène apporte une nouvelle dimension à la médiatisation de soi. «C’est en quelque sorte un retour de l’authenticité, analyse Patrick Amey, maître d’enseignement à l’Institut de journalisme de l’Université de Genève. Sur Facebook, les utilisateurs publient le meilleur d’eux-mêmes, alors que sur Periscope, ce sont des performances spontanées et souvent très banales.»

De nombreux adolescents se filment simplement pour répondre aux questions des anonymes qui les observent. «C’est un prétexte à ce qu’on appelle la communication phatique, c’est-à-dire quand on parle seulement pour parler, poursuit Patrick Amey. Le succès de l’application montre un certain besoin de se considérer comme un foyer d’attention, de se réaliser à travers les autres. Le quidam devient acteur, un phénomène proche de la télé-réalité.»

La télévision court-circuitée

Au-delà de l’aspect sociologique, cette démocratisation a une conséquence très concrète sur le paysage médiatique: la fin du monopole de la télévision sur la diffusion en direct. Les événements sportifs, les concerts ou même les attentats peuvent être diffusés en temps réel par n’importe qui. Les personnalités l’ont également très bien compris. Elles peuvent désormais adresser leur message à une large audience, sans être invitées sur un plateau de télévision. Aux Etats-Unis, les candidats à la présidentielle ont tous diffusé leurs discours sur Periscope. En France, Marine Le Pen s’est adressée en direct à près d’un demi-million de spectateurs grâce à Facebook Live. Sur un ton plus léger, Jean-Louis Aubert, du groupe Téléphone, a partagé un moment d’intimité avec ses fans en chantant depuis son salon. En Suisse, Bastian Baker a diffusé 30 minutes d’un concert en direct, visionné par 10’000 internautes sur Facebook.

La presse s’est aussi rendu compte qu’elle avait entre les mains un outil intéressant pour transmettre l’information rapidement sur les réseaux sociaux. Ainsi, le quotidien 24 Heures a diffusé la destruction des Halles de la gare de Lausanne sur Facebook Live, tandis que La Tribune de Genève a couvert le salon de l’Auto en direct, notamment lors d’une présentation d’un nouvelle Lamborghini qui a généré 100’000 vues simultanées.

S’adapter aux réseaux sociaux

Les chaînes de télévision s’inquiètent-elles de cette démocratisation de la diffusion en direct? Pour Laurent Keller, rédacteur en chef de Léman Bleu, le premier contact avec Periscope a été une révélation. «Je l’ai essayé pour la première fois en mai 2015 lors d’un match du Genève Servette. Lorsque j’ai commencé à enregistrer, j’ai eu un vertige: je me suis rendu compte à quel point c’était devenu facile et que l’on devait rapidement évoluer.» Quelques mois plus tard, la chaîne annonçait que son télé-journal estival serait entièrement tourné à l’iPhone. Une expérience concluante qui a fait parler d’elle aux quatre coins du globe, de Canal+ à la BBC, en passant par la télévision camerounaise.

Léman Bleu a également diffusé quelques événements sur Periscope. «Nous optons pour cette application lorsque nous sommes les premiers à couvrir une actualité qui a une résonance internationale, explique le rédacteur en chef. Nous avons par exemple filmé la conférence de presse du parquet genevois, consacrée à l’accord trouvé avec HSBC. Nous étions suivi en Angleterre, notamment par les journalistes du Guardian.»

La RTS s’intéresse aussi de près à ces nouvelles technologies. Une cellule de trois collaborateurs dédiée à la stratégie des réseaux sociaux a été mise sur pied en septembre. «En tant que service public, nous avons pour mission de toucher tous les publics, là où ils se trouvent. Sur les réseaux sociaux, nous visons une audience plus jeune, mobile et connectée», explique David Lamon, responsable des contenus digitaux pour la RTS. L’application Periscope a notamment été utilisée pour une interview participative de Darius Rochebin, après une édition du 19h30. «La véritable valeur ajoutée pour nous est la dimension participative, qui est très appréciée par nos utilisateurs.»

Malgré l’intérêt porté à la démocratisation de la vidéo en direct, les chaînes de télévision relativisent son impact. David Lamon rappelle qu’un match filmé au smartphone depuis les tribunes n’est pas comparable à la qualité d’une retransmission professionnelle. Laurent Keller de Léman Bleu renchérit: «Il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour réaliser un bon reportage. Nous avons un savoir-faire qui nous donne une longueur d’avance sur les internautes lambdas.»

Six millions d’événements

Mais le live streaming sur Internet ne se limite pas aux simples vidéos tournées au smartphone par des particuliers. Facebook a par exemple racheté des droits de diffusion du championnat de football américain. Depuis neuf ans, la plateforme Livestream permet de diffuser des vidéos en haute qualité sur Internet. «A nos débuts, on nous demandait si ce que l’on faisait était vraiment important, raconte Mark Kornflit, cofondateur de l’entreprise américaine et diplômé de l’EFPL. Désormais, la question ne se pose plus: nous diffusons six millions d’événements par année!» Parmi les clients de la start-up, on retrouve des entreprises privées, des organisations sportives, des églises, des universités ou encore l’Agence Spatiale Européenne. Autant d’entités qui peuvent diffuser leur communication en direct et en haute qualité, sans passer par une chaîne de télévision.

«Nous franchissons une nouvelle étape avec des diffuseurs tels que Facebook ou Livestream, estime Bernard Rappaz, rédacteur en chef de l’actualité à la RTS. Nous devons nous battre face à une compétition de plus en plus accrue pour l’achat des droits, notamment dans le domaine du sport. Nous devons également considérer ce déluge d’images en direct comme une nouvelle source d’informations, pas toujours faciles à vérifier et à contextualiser.»

«2016 sera l’année des vidéos en direct!», prédit Mark Kornflit, qui se réjouit de l’amplification du phénomène. «Aujourd’hui, lorsqu’un événement se passe quelque part, on s’attend à pouvoir en trouver une trace vidéo après un certain temps. Nous pensons que bientôt, les gens s’attendront à pouvoir assister à n’importe quel événement en direct sur Internet.»
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ENCADRE

Facebook, Twitter, Google: la bataille des titans

En printemps 2015, les applications concurrentes Periscope et Meerkat sont nées presque simultanément. La vidéo en direct s’invitait ainsi dans nos téléphones mobiles, grâce notamment à l’amélioration de la qualité de la caméra et de la bande-passante. Moins d’une année après, Meerkat a perdu la bataille. Pour une raison simple: Twitter a racheté Periscope, lui permettant d’acquérir une large audience et un canal de distribution puissant.

En avril, Periscope a fêté sa première année avec un bilan vertigineux: 200 millions de vidéos diffusées depuis sa naissance et 110 années de contenu visionné chaque jour. Mais la bataille ne fait que commencer. Depuis quelques mois, l’application fait face à un nouveau concurrent de taille: Facebook. Le réseau social avait d’abord limité son option de live streaming à quelques VIP, avant de l’étendre à tous les utilisateurs en début d’année.

Cette fois-ci, l’avantage de l’audience n’est plus dans le camp de Twitter, qui compte quatre fois moins d’utilisateurs que Facebook. Facebook n’apporte d’ailleurs que peu de nouveautés par rapport à son concurrent, si ce n’est la promesse d’une audience sans précédent.

Google voudrait également s’imposer sur ce marché. Depuis quelques mois, des rumeurs se précisent sur le développement d’un produit, qui serait baptisé Youtube Connect. La firme, dont le réseau social Google+ a été un flop, devra toutefois faire preuve d’ingéniosité pour battre Facebook et ses 1,5 milliards d’utilisateurs.
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Une version de cet article est parue dans le magazine L’Hebdo.



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