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portraitLUNDI 05 SEPTEMBRE 2016
Paderewski: petit musée pour un grand homme
Virtuose adulé devenu ministre des affaires étrangères, Ignace Paderewski a marqué l’histoire de la musique et de la Pologne. Morges lui rend hommage.
Par Blandine Guignier

Pianiste, compositeur, diplomate et même ministre, le héros national polonais a endossé de nombreux rôles le long d’une vie trépidante (1860-1941). Sa plume s’est baladée des partitions de musique au Traité de Versailles qu’il a paraphé. Alors que ce dernier document, disparu en 1940, demeure aujourd’hui encore introuvable, les mélodies composées par l’artiste accueillent désormais les visiteurs du nouveau Musée Paderewski. Inauguré en mai dernier dans le Château de Morges, il succède à un ancien espace dédié à Ignace Paderewski au Grenier bernois de la ville. Archives et effets personnels de l’artiste ont été dépoussiérés pour figurer dans ce lieu moderne, équipé de bornes audio, écrans et panneaux didactiques. Il trouve par ailleurs son prolongement sur internet, avec un musée virtuel.

Installés dans un mouchoir de poche, les 45m2 du musée regorgent de souvenirs témoignant des liens entre le Polonais et Morges. C’est que, comme l’explique Adélaïde Zeyer, la conservatrice du Château de Morges, il a marqué la région où il a séjourné pendant plus de 40 ans. De là à le faire figurer aux côtés des héros vaudois de la collection militaire du château, tel que le Major Davel ou le Général Guisan, il n’y avait qu’un pas.

Ironie de l’histoire, c’est la guerre qui poussa l’ancien ministre des affaires étrangères à quitter définitivement Morges en 1940, afin de sensibiliser les Américains au sort de la Pologne envahie par les Nazis. Fervent patriote, le pianiste avait déjà très tôt mis sa notoriété et ses cachets au service de la cause polonaise. Jaromir Sokołowski, Ambassadeur de Pologne en Suisse, rend hommage à son engagement pour la patrie: «Alors que le pays n’existait même plus sur la carte, Ignace Paderewski inaugura plusieurs monuments patriotiques, à Cracovie et à Chicago, et prononça des discours qui participèrent au souvenir de la nation polonaise.»

Au service du bien commun

Les liens d’Ignace Paderewski avec la Suisse ont aussi influencé son action pour sa patrie. Rappelant un certain Henri Dunant, il créa, à l’éclatement de la première guerre mondiale, le Comité central de secours pour les victimes de la guerre en Pologne. Ses démarches impressionnèrent tant à l’international, que le gouvernement britannique l’invita à la fin du conflit à prendre les rênes de la Pologne libérée. Devenu ministre des affaires étrangères, il signa le Traité de Versailles pour son pays en 1919, avant de mettre ses forces au service de la Société des nations à Genève. Cette dernière fonction lui permit de renouer des liens avec sa région d’adoption. Liens étroits, comme le confirme l’ambassadeur: «Il s’est mis au service du bien commun, des habitants de son pays, mais aussi dans sa région d’adoption. Preuve en est sa triple citoyenneté d’honneur à Morges, Lausanne et Vevey.» Ses concerts de collecte de fonds ont d’ailleurs permis l’ouverture, à titre posthume, de la salle Paderewski au Casino de Montbenon à Lausanne.

A entendre ces exploits, on en oublie que la notoriété de Paderewski lui vient de la musique. Si ses compositions sont quelque peu tombées en désuétude, ses œuvres romantiques connurent un immense succès de son vivant. Le menuet, rédigé en 1887 et interprété entre autres par Sergueï Rachmaninov, se vendit à l’époque à des millions d’exemplaires. Quant au concerto pour piano (1889) et à l’opéra Manru, ils constituent deux autres de ses créations majeures.

«Ignace Paderewski fut l’un des élèves du pédagogue Teodor Leszetycki, qui forma à Vienne de nombreux grands pianistes, explique Jean-François Antonioli, pianiste lausannois. Aujourd’hui, son style, suranné et maniériste, n’a plus vraiment court. Mais comme le montrent plusieurs documents filmés — de ses interprétations de Chopin notamment –, il fut un virtuose adulé.» Haut fait de sa carrière, il donna 109 récitals en 130 jours lors de sa tournée américaine de 1891. «Les témoignages qui nous sont parvenus relatent tous la même chose: c’est par son charisme, plus que par sa technique, qu’il déchaînait les foules.»

Entre deux tournées internationales, le musicien aimait à se reposer dans sa demeure de Riond-Bosson, dans les environs de Morges. Sa tignasse rousse et sa large moustache ne manquaient d’ailleurs pas d’attirer l’attention des bourgeois de la ville. Lui et son épouse, Hélène Gorska, Baronne de Rosen, étaient aussi connus pour les fêtes mondaines qu’ils organisaient. Ils y recevaient personnalités politiques et artistes, aussi bien polonais que suisses, tel que l’écrivain René Morax, le compositeur Gustave Doret, ou les pianistes de renommée mondiale Camille Saint-Saëns et Anton Rubinstein. Une époque glorieuse qui survit à travers les rares photographies, programmes de concert et autre menus de fête conservés au musée de Morges.
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Une version de cet article est parue dans le magazine L’Hebdo.



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