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portraitsMERCREDI 28 SEPTEMBRE 2016
Un rapport individualisé au risque
Comment appréhende-t-on le risque en tant que photographe de guerre, pilote d’hélicoptère, ou survivaliste? Florilège.
Par Peggy Frey

La maîtrise du risque est devenue une obsession dans notre société. Comment un photographe de guerre, un pilote d’hélicoptère, ou encore un survivaliste fait-il face au danger?

Piero San Giorgio, 45 ans, survivaliste

«Je me suis éloigné de la société de consommation et j’habite dans ma ferme où je cultive mon jardin»

«Ma vision du survivalisme me conduit à être un adulte et un citoyen responsable, confie Piero San Giorgio, auteur et survivaliste genevois. Face à l’insécurité et les conséquences de la crise économique, je préfère être autonome et compter sur mes propres ressources pour protéger ma famille. Contre les risques de défaillance du système public, pour ma sécurité, mon alimentation en eau ou en électricité, ma nourriture aussi, je ne veux pas dépendre des infrastructures d’un ‘Etat nounou’ et providentiel. Pareil en cas de catastrophe autre que sociétale: je veux assurer ma survie, être capable d’anticiper les problèmes qui suivent un incendie, une inondation ou un attentat.»

«Depuis 2011, j’ai choisi de vivre différemment, poursuit Piero San Giorgio. J’ai quitté mon travail dans le marketing international pour me consacrer à ma famille et vivre en quasi-autarcie. Je me suis éloigné de la société de consommation et j’habite dans ma ferme où je cultive mon jardin et produis une grande partie de notre nourriture. Dans ma démarche survivaliste, il devenait plus utile d’apprendre les bases de l’agriculture, de l’électricité ou de la menuiserie, que de faire du business. Je connais aussi les bonnes techniques pour survivre en cas de catastrophe.»

«Je suis loin de la caricature du survivaliste américain cloîtré dans son bunker, même si je possède légalement des armes pour me défendre. En Suisse, nous vivons dans notre bulle depuis bientôt septante ans, alors qu’ailleurs, les choses vont très mal. La petite barrière qui nous protège du reste du monde ne tiendra pas face à cette violence.»
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Emmanuel Fragnière, 50 ans, consultant en management du risque

«Mon travail consiste à prendre un maximum de risques avec un maximum de précaution»

«Certaines multinationales sont tellement démesurées et cloisonnées qu’il est de plus en plus difficile d’avoir une vue d’ensemble de leurs activités et des risques auxquels elles s’exposent, observe Emmanuel Fragnière, professeur à la HES-SO Valais-Wallis Haute Ecole de Gestion & Tourisme — HEG et consultant en management du risque. Aujourd’hui, on fait marche arrière: le management casse ce système ‘d’entreprises-silos’ et cherche à avoir une vue globale de l’entreprise pour la diriger de manière optimale. Le fonctionnement de l’entreprise est de plus en plus coordonné pour la protéger de manière cohérente.»

Dans cet univers, le Risk Manager apparaît comme un trublion, un Columbo qui questionne l’entreprise de manière pertinente pour comprendre ses ambitions et l’orienter vers une prise de risques en rapport avec ses objectifs. Sur la base de ces objectifs, les risques sont répertoriés afin de pouvoir être évités avant que les dommages n’aient de lourdes répercussions.

«Aujourd’hui, l’approche du risque n’est plus juste financière, poursuit Emmanuel Fragnière. Elle devient managériale et touche tous les domaines qui contribuent au bon fonctionnement de l’entreprise, comme les ressources humaines ou le savoir-faire. Dans cet univers, la philosophie du Risk Manager n’est pas d’éviter le risque, mais de le prévoir et d’en prédire les conséquences. Son rôle est d’avoir le bon geste, de savoir sur quel bouton appuyer au moment où le danger se présente. Cela s’apprend avec l’expérience et j’estime qu’il faut 10’000 heures de travail pour devenir un bon Risk Manager. Car au final, notre travail consiste à prendre un maximum de risques avec un maximum de précaution. Parce que pour faire du business, il faut innover, oser et s’exposer!»
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Guillaume Briquet, 52 ans, photographe

«En reportage, je suis conscient d’être exposé aux attaques»

A Fukushima, en Haïti, ou sur une ligne de front en Afghanistan, Guillaume Briquet déclenche son objectif là où la guerre fait des ravages. «En reportage, je suis conscient d’être exposé aux attaques. Mais j’essaye de ne pas y penser, de me concentrer sur les scènes qui m’entourent pour les photographier. Mes photos témoignent du quotidien de ceux qui restent dans ces endroits frappés par l’horreur. L’image de presse telle que je la conçois est ambiguë, en ce sens que l’esthétisme y est présent, alors que le cliché raconte une histoire dérangeante. Sur le terrain, je n’ai pas peur… Les émotions, les larmes parfois, viennent après, une fois le reportage bouclé, quand je suis à nouveau à l’abri avec mon ‘fixeur’ et que nous partageons, en silence, ce que nous venons de vivre.

Le métier de photographe de guerre ne s’improvise pas. Etre conscient du danger, avoir les bons informateurs sur le terrain et minimiser les risques, cela s’apprend avec l’expérience. Je ne peux que mettre en garde de jeunes collègues lorsque je les vois sur une zone de conflit sans gilet pare-balles. Ils se mettent en danger, pour une photo qu’ils ne vendront peut-être même pas! Personnellement, j’ai une famille qui attend mon retour. Je ne peux pas jouer avec ma vie. Mais, le risque zéro n’existe pas: j’ai déjà failli me faire enlever et ma tête a été mise à prix par l’Etat islamique en Syrie.»
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Noémie Boillat-Blanco, 39 ans, infectiologue

«A mon retour en Suisse, j’ai été soulagée d’apprendre que je n’avais pas la tuberculose»

«En médecine, l’appréhension et la gestion d’un risque infectieux peuvent être très différentes d’un pays à l’autre, selon l’incidence d’une infection et les ressources à disposition, explique Noémie Boillat-Blanco, infectiologue au Centre de vaccination et de médecine des voyages de la Polyclinique médicale universitaire de Lausanne. Je viens de passer trois ans en Tanzanie à travailler sur la tuberculose, une infection fréquente là-bas et transmise par les sécrétions respiratoires. En Suisse, un patient atteint de cette maladie aujourd’hui rare est isolé et le personnel soignant protégé avec des mesures préventives. Là-bas, comme il n’y avait pas de masque, nous laissions les fenêtres du service ouvertes pour l’aération et il était demandé aux malades de tousser dans un mouchoir! Cette différence de prise en charge du risque de contagion a été une source de stress pour moi. A mon retour en Suisse, j’ai été soulagée d’apprendre que je n’avais pas été infectée.»

Pour la prévention des infections chez les voyageurs, c’est un peu pareil. Les risques de contracter une maladie sont très différents selon la destination et le type de voyage entrepris. «Une personne qui séjourne dans un club de vacances au Kenya s’expose à la malaria… Mais, elle ne contractera sans doute pas la rage. Par contre, un voyageur qui part en brousse s’expose au risque de se faire mordre par un chien enragé. Nous lui conseillerons de se faire vacciner contre la rage en plus de la prise d’un antipaludéen. Sur le sol suisse, il est difficile d’estimer le risque de propagation de certaines épidémies. En prenant l’exemple du virus Zika, une expansion à large échelle de cette infection est très peu probable. Cependant, le niveau de prévention reste élevé, dans la mesure où ce virus a de graves conséquences pour la femme enceinte dont le nouveau-né est à risque d’être atteint de microcéphalie.»
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Werner Marty, 50 ans, pilote d’hélicoptère

«Je ne mettrai jamais mon équipage en danger»

«Dans mon métier, j’analyse constamment mes actions en fonction du risque encouru, raconte Werner Marty, pilote d’hélicoptère et responsable de la base Rega de Lausanne. La prévention du danger est une des règles de base pour un pilote d’hélicoptère à la Rega: c’est pour cette raison que les accidents sont aussi rares. Le risque est omniprésent pour un sauveteur, mais nous le minimisons. Chaque matin, je vérifie l’état de ma machine. Une réunion avec l’équipage nous permet de nous assurer de la forme de chacun. Car, dans l’urgence d’une intervention, un sauveteur doit disposer de toutes ses capacités, même si sa nuit a été mauvaise.» Au moment de l’alarme, l’équipage suit une procédure précise et se réunit pour un briefing d’avant décollage. On imagine aisément qu’un transfert de malade de l’hôpital de Sion à celui de Lausanne ne présente pas les mêmes risques que le sauvetage d’un skieur en péril sur le glacier des Diablerets, un jour de mauvais temps. «Pour chaque intervention, nous évaluons précisément la nature des risques en tenant compte des paramètres qui peuvent déranger son déroulement.»

La réflexion se poursuit pendant le vol. «A l’approche du lieu de l’accident, un premier survol de la zone me permet d’analyser le vent, le terrain et les obstacles. C’est seulement lors d’un second passage que je décide de poser ou treuiller un sauveteur. Si j’estime que les risques sont trop grands, je ne mettrai jamais l’équipage en danger. Lorsque la météo et la visibilité sont mauvaises, nous ne volons pas. Mais nous mettons tout en œuvre pour acheminer les secours par d’autres moyens.»
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Une version de cet article est parue dans la revue Hémisphères (no 11).

Pour vous abonner à Hémisphères au prix de CHF 45.- (dès 45 euros) pour 6 numéros, rendez-vous sur revuehemispheres.com.



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