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rechercheMERCREDI 07 DÉCEMBRE 2016
Open science: la naissance d’un mouvement
Depuis l’Antiquité, la recherche a connu des cycles d’ouverture et de fermeture. Quatre questions pour expliquer la révolution actuelle de la science ouverte.
Par Luc Henry

Comment le mouvement est-il né?

Avec la révolution numérique, une série de paradoxes a provoqué une crise de la science. Loin d’être diffusé plus équitablement et simplement, le savoir est de plus en plus tenu en otage par les scientifiques, éditeurs et entreprises privées. Ce n’est pas là sa première période de trouble: depuis l’Antiquité, la science connaît des cycles d’ouverture et de fermeture.

Au XVIIe siècle, les savants se sont aperçus que garder leurs résultats secrets freinait leurs progrès et ils ont commencé à divulguer leurs informations pour gagner en reconnaissance. «Cette première révolution scientifique a façonné une économie de réputation dans laquelle les chercheurs n’étaient pas récompensés pour la production de connaissances, mais pour leur diffusion auprès du public, explique Bruno Strasser, professeur à l’Université de Genève et spécialiste de l’histoire des sciences de la vie. C’est le début, avec l’invention de l’imprimerie et l’essor des journaux scientifiques, d’une ère d’ouverture.»

Les maisons d’édition, privatisées les unes après les autres, commencent à abuser de leur position privilégiée de fournisseurs de savoir. A la fin du XXe siècle, leurs profits considérables et les prix d’abonnement élevés sont vus d’un mauvais œil. Les contribuables ayant déjà financé la recherche avec leurs impôts doivent à nouveau payer pour accéder à cette littérature. En outre, les éditeurs font fi des opportunités de collaboration offertes par le Web 2.0 et continuent à publier les rapports scientifiques au format PDF, piètre substitut du papier. Pour pallier cette situation, plusieurs communautés scientifiques décident de réinventer les modes de diffusion du savoir. Le mouvement de la science ouverte est né.

Comment ouvrir la science?

La révolution de la science ouverte, aussi appelée Science 2.0, est en cours. Des outils numériques sont mis au point pour aider les scientifiques à partager leurs travaux tout au long du cycle de recherche (hypothèse initiale, collecte de données, phase expérimentale, diffusion des résultats). La science ouverte est plus qu’une révolution de l’édition. Sascha Friesike, professeur à l’Université de Wurtzbourg et chercheur à l’Alexander von Humboldt Institute for Internet and Society de Berlin, en décrit dans son ouvrage Opening Science les cinq tendances. «Comme dans tous les domaines, la frustration des utilisateurs est source d’innovation, commente-t-il. Ce sont souvent les scientifiques eux-mêmes qui développent des outils pour accélérer le partage de connaissances.»

Certains continuent la recherche tout en travaillant sur leur solution. Lawrence Rajendran, professeur de neurosciences à l’Université de Zurich, a récemment créé la start-up ScienceMatters pour révolutionner l’évaluation et le partage des résultats de travaux. «Nous essayons de réparer les failles du système actuel», explique-t-il. Exemple: au lieu de rédiger un article couvrant plusieurs années de recherche, les chercheurs peuvent utiliser ScienceMatters pour publier en quelques clics une seule observation. «Leur conclusion est ainsi jugée sur sa qualité scientifique et non sur le potentiel de son impact», explique-t-il. ScienceMatters est une plateforme en libre accès, gratuite pour tous.

Qui en bénéficie?

Les expériences de «big science» (projets internationaux dans lesquels les gouvernements investissent des milliards) sont ouvertes par nature. Le Grand collisionneur de hadrons du CERN et le Human Brain Project, initiative phare de l’Union européenne cordonnée par l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, sont deux exemples notoires de collaboration internationale, dont la «small science» pourrait s’inspirer. Le partage de ressources réduit les coûts et évite les doublons de données. Les publications en libre accès ont aussi plus d’impact puisqu’elles sont mieux relayées par les médias et plus souvent citées.

«D’énormes quantités d’informations sont déjà disponibles, estime Gernot Abel, responsable scientifique chez Novozymes (Danemark), une entreprise de biotechnologie. Nous avons besoin d’un dialogue plus ouvert entre deux cultures différentes — la curiosité académique et l’innovation industrielle — dont les acteurs ne sont pas les données, mais les personnes.» Nicola Breugst, professeur de comportement entrepreneurial à la Technische Universität München, confirme: «Il est important que les scientifiques rendent accessibles leurs informations, mais aussi qu’ils exploitent celles des autres. Bien souvent, les acteurs tiers n’ont pas l’expérience, le sentiment d’appartenance ou l’autorisation formelle nécessaires pour transformer ces connaissances en produit.» Selon lui, le manque d’ouverture en matière de partage de données est criant dans les sciences sociales: «Les sciences comportementales produisent beaucoup d’informations qui seraient concrètement utiles, par exemple pour la gestion ou la prise de décision en entreprise.»

Quelles en sont les réussites?

Pour faire progresser la science de manière plus rapide et collaborative, partager les démarches en plus des résultats est essentiel. En s’associant, les 40 contributeurs d’un forum en ligne ont résolu en sept semaines seulement le premier problème mathématique du «Projet Polymath», lancé début 2009. Avec cet incroyable cas de «collaboration massive entre mathématiciens», Timothy Gowers, professeur à l’Université de Cambridge, a démontré que plusieurs cerveaux pouvaient résoudre ensemble des problèmes ardus. Pour souligner la dimension collaborative de l’initiative, tous les travaux ont été publiés sous le pseudonyme D.H.J. Polymath.

Dans la santé mondiale aussi, accéder rapidement aux résultats peut tout changer. Face aux menaces représentées par les virus Ebola et Zika, les laboratoires de recherche ont partagé plus d’informations, plus vite. Plus surprenant, la recherche pharmaceutique, normalement protégée par le secret et la propriété intellectuelle, a parfois livré ses données. En 2010, la molécule JQ1 s’est révélée un excellent outil potentiel pour étudier les mécanismes épigénétiques et traiter divers cancers. Après l’avoir décrite, Jay Bradner et son équipe de la Harvard Medical School ont publié sa structure chimique et envoyé des échantillons à toute personne intéressée. Les résultats de cette démarche pionnière sont stupéfiants: cinq ans plus tard, plus de 500 laboratoires dans le monde ont testé JQ1, et la publication initiale a été citée plus de 800 fois.
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Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 10).

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