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entretienMARDI 27 DÉCEMBRE 2016
Amaldi-Neder, les architectes qui surélèvent Genève
Le bureau genevois est à la pointe dans le domaine des surélévations de bâtiments. Federico Neder, son cofondateur, décrypte les enjeux de ces constructions en plein essor.
Par Steve Riesen

On les voit pousser un peu partout, de la Jonction aux Pâquis. Entre 2008 et 2015, 138 projets de surélévations ont été autorisés dans le canton de Genève, représentant un potentiel d’environ 560 logements. Les aménagements de combles ont de quoi faire rêver: intérieurs soignés, vue dégagée et terrasses avantageuses. Les surélévations ne font toutefois pas l’unanimité. Certains y décèlent une faute de goût, d’autres une solution élitiste.

À Genève, un bureau d’architectes se démarque en la matière: Amaldi-Neder, basé à Carouge depuis 1999, en a déjà conçu cinq dans la région. Ses réalisations, d’un grand esthétisme et de qualité remarquable, lui ont permis d’acquérir une notoriété mondiale. Le bureau a même été retenu par le très sélect magazine Monocle pour figurer dans le top 10 des architectes qui comptent dans le domaine du logement de qualité.

Ses fondateurs, Federico Neder et Paolo Amaldi se sont rencontrés à l’Institut d’architecture de Genève à la fin des années 1990. C’est également là qu’ils ont fait la connaissance de leur troisième associée, Hania Khalef. Tous deux docteurs en architecture, Paolo Amaldi et Federico Neder ont gardé un pied dans le monde académique. Le premier enseigne à l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles et le deuxième à la Haute école d’art et de design de Genève (HEAD). Interview.

Selon vous, quels sont les grands défis architecturaux qui attendent la ville de Genève?

Federico Neder: Le plus urgent est évidemment de créer des logements. Mais il est également important de réfléchir à la manière de densifier la ville en harmonie avec les bâtiments existants. Il nous faut produire des objets architecturaux de qualité et non pas uniquement répondre à un besoin immédiat. Mes associés et moi-même essayons d’apporter nos réflexions académiques au bureau, en consacrant du temps et de l’énergie aux premières esquisses, aux maquettes en carton, et aux éléments de recherche qui nous permettent de faire évoluer le projet d’une façon plus artisanale. Mais je suis conscient que le temps est un luxe que d’autres bureaux n’ont malheureusement pas.

Vous êtes originaire d’Argentine et avez travaillé aux Etats-Unis. Que pensez-vous de l’architecture genevoise?

C’est une ville que j’aime beaucoup. Son emplacement géographique, entre lac et montagnes, au centre de plusieurs axes routiers, lui donne un caractère singulier. J’apprécie en particulier les quartiers les plus urbains et hétérogènes, comme les Eaux-Vives et les Pâquis. Parmi les projets récents, le nouveau Musée d’ethnographie est une très belle construction. C’est un bâtiment audacieux, accolé à un autre plus classique, plus ancien et c’est cela qui fait la richesse de la ville. Genève est un patchwork de différentes architectures qui se superposent, et il y a beaucoup d’endroits où l’on peut encore faire évoluer la ville. Les surélévations de bâtiment peuvent par exemple lui apporter une réelle plus-value.

Est-ce une solution crédible pour pallier la pénurie de logements?

Les surélévations ne suffisent pas à elles seules à répondre à la crise du logement; elles doivent être accompagnées d’autres projets à une plus grande échelle. Par ailleurs, les surélévations proposent un type de logement très particulier, aux loyers souvent élevés. Mais cette question est pertinente à Genève, où l’architecture de certains quartiers est très hétérogène. Certains bâtiments sont à des hauteurs très variables et il y a ce que l’on appelle des «dents creuses» qui présentent un potentiel de densification. Historiquement, l’architecture romande a toujours eu du mal à faire école, contrairement à l’architecture suisse-allemande. À Zurich, par exemple, il y a moins d’espaces vides qu’à Genève, car l’évolution s’est faite de façon plus linéaire et homogène.

Quels sont les avantages des surélévations?

Pour le locataire, c’est de vivre dans un environnement urbain et très dense d’une façon nouvelle, avec plus de dégagement, de lumière et un certain confort. Pour le propriétaire, cela représente l’occasion de mettre en valeur l’architecture existante et d’entreprendre des travaux d’entretien. Il y a aussi l’intérêt écologique. On installe systématiquement des panneaux solaires, des fenêtres à triple vitrage et des systèmes de refroidissement très performants. En travaillant sur l’orientation et les ouvertures, nous faisons en sorte que les maisons soient fraîches en été et pas trop froides en hiver, avec un minimum d’investissements.

Pour un volume équivalent, est-ce moins cher de construire en surélévation que sur terre?

Le prix au mètre carré est à peu près le même. On a tendance à dire le contraire, mais cela n’est pas tout à fait exact: avec toutes les installations et le renforcement de la structure, on s’approche des mêmes tarifs. On n’a pas de fondations à construire, mais il faut installer des échafaudages et des grues, livrer des éléments préfabriqués et construire au-dessus de logements souvent habités, ce qui peut être compliqué au niveau logistique. Le régisseur ou le propriétaire propose parfois aux locataires de loger ailleurs pendant les travaux. Il faut compter environ une année pour le chantier et six mois pour élaborer le projet.

Construire sur un immeuble existant n’est pas sans contraintes…

Effectivement. Mais les contraintes sont stimulantes. Plus il y en a, plus on a envie de faire le projet. La feuille de papier blanche est toujours un peu intimidante. Le défi principal est de s’adapter au bâtiment en dessous, mais dans la plupart des cas, on assume le contraste entre le moderne et l’ancien. On ne veut pas faire du faux vieux. Aujourd’hui, on pense la ville d’une autre façon, alors il faut l’exprimer, sans le crier ni l’exagérer. Au-delà de l’esthétique, il y a des contraintes techniques importantes. On travaille beaucoup avec des structures en bois, en verre et en acier. C’est avant tout pour des questions de poids et de logistique, mais ces matériaux créent également une identité esthétique.

Les autorités ont publié en juin 2016 une méthodologie permettant d’affiner les autorisations de surélever. Elle prend en compte notamment le quartier dans son ensemble, son adaptation au bâtiment existant et évalue son impact sur l’ensoleillement et le voisinage. Qu’en pensez-vous?

C’est une très bonne idée. Tous les architectes devraient réfléchir de cette manière. Ce sont des éléments que l’on prenait déjà en compte, mais c’est important de les formaliser et de les intégrer aux documents à soumettre lors d’une autorisation. Ces critères nous permettent également d’expliquer nos projets aux voisins, qui peuvent parfois s’inquiéter de voir grandir l’immeuble en face d’eux. On peut leur faire comprendre que le projet fait partie d’un contexte plus large et qu’il ne se limite pas à la vue depuis la fenêtre de leur salon.

Cette méthodologie est aussi là pour répondre aux critiques. Les surélévations sont parfois considérées comme des fautes de goût, des excroissances ostentatoires. Comprenez-vous ces reproches?

Je les trouve souvent exagérés, mais je comprends que certaines solutions esthétiques puissent irriter les voisins. J’ai moi-même des réserves sur certains projets, mais les critères sont désormais très clairs et c’est aussi une question de tolérance. La ville n’est pas musée. C’est un organisme vivant, qui évolue et se transforme. Je vis par exemple dans un immeuble aux Pâquis qui a été construit en 1929 par Maurice Braillard. C’est un grand architecte genevois qui fait partie d’une génération de bâtisseurs qui avait une vision d’avenir. Il aurait été le premier à encourager les surélévations! Il était conscient que ses créations allaient devoir être adaptées. La vie urbaine est faite d’évolutions et les surélévations permettent de moderniser certains bâtiments.

Vous avez aussi rénové des logements sociaux et créé une structure mixte pour étudiants et personnes âgées à Perly. Est-ce une fierté différente de participer à ces projets que de construire des appartements de luxe?

Les enjeux sont différents, mais tous ces projets sont intéressants à réaliser pour diverses raisons. L’immeuble de logements sur la rue Lissignol que nous avons entièrement rénové fait partie des premiers logements sociaux construits à Genève dès la fin du XIXe siècle. Nous sommes très fiers d’avoir donné une deuxième vie à ces appartements. Je passe devant tous les matins et c’est très sympa de voir que ça vit!

Quand on aménage un volume bien proportionné, avec de belles ouvertures et une lumière qui entre dans l’espace habitable de manière intéressante, il n’est pas forcément nécessaire d’utiliser des matériaux de finition luxueux.
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Une version de cet article est parue dans le magazine FLAT (no 1).

Pour souscrire un abonnement à FLAT au prix de CHF 30.- (30 euros) pour 8 numéros, rendez-vous sur flatmagazine.ch.



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