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crowdfundingJEUDI 19 JANVIER 2017
A fond les fonds!
De la réalisation d’un album à l’ouverture d’un restaurant, le financement participatif touche tous les secteurs. Comment fonctionnent ces levées de fonds en ligne? Témoignages et conseils.
Par Céline Bilardo

Près de 90′000 personnes en Suisse ont participé à des projets de crowdfunding l’année dernière et placé leur argent dans des concepts créatifs, culturels ou entrepreneuriaux. Vous n’en faites pas partie? Vous n’avez jamais entendu parler du «financement participatif» ou «financement par la foule»? Le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur. Grâce à lui, l’artiste veveysanne Verveine a produit un premier album, une équipe lausannoise a ouvert le bar Ta Cave ou, plus récemment, des designers romands ont lancé la marque horlogère Code 41. Quelques exemples parmi des milliers en Suisse.

Né aux Etats-Unis, «le crowdfunding est apparu d’abord comme solution à la crise bancaire, explique Vincent Pignon, président de la Swiss Crowdfunding Association. Il se présentait comme un système de financement alternatif aux banques, sans intermédiaire.» Si sa présence en Suisse restait encore balbutiante en 2008, son essor s’est accéléré avec le lancement de la plateforme helvétique wemakeit en 2012.

Désormais, on compte près de 40 plateformes de crowdfunding. La plupart sont accessibles à toute personne qui souhaite lancer un projet sans en avoir les moyens et permettent au grand public de financer une idée ou un produit qui le séduit. Toujours plus précis, ces sites prennent maintenant trois formes. Le crowdsupporting — le plus connu — équivaut à un don effectué par des particuliers, avec une contrepartie en retour. Le crowdinvesting entraîne quant à lui la prise de capital dans une société. Enfin, le crowdlending correspond à un prêt aux PME à un taux d’intérêt avantageux. Certains sites se sont aussi spécialisés pour ne soutenir par exemple que des projets sportifs, scientifiques ou immobiliers (lire ci-dessous). Tous ou presque fonctionnent sur le principe du «tout ou rien»: si le projet n’atteint pas son objectif de financement, tous les contributeurs sont remboursés.

80′000 francs en deux heures

Une campagne de crowdfunding doit se préparer minutieusement. Elle requiert réflexion, temps et énergie. «Le succès d’une campagne réside dans la simplification de son concept et sa vulgarisation pour que le grand public la comprenne sans peine», relève Vincent Pignon, par ailleurs cofondateur de la plateforme WeCan.Fund. L’engagement d’une «communauté», d’un nombre de personnes qui soient au courant du projet et intriguées par le projet avant sa mise en ligne est aussi un atout: elles deviendront ensuite les meilleurs ambassadeurs de la campagne lorsqu’elle sera lancée et permettront ainsi la diffusion à différents cercles de donateurs potentiels.

L’expérience de la marque Code 41 illustre l’importance de ce travail en amont. Claudio D’Amore, fondateur de l’atelier de design horloger Cosanova, a distillé des informations sur son projet dès le mois de mars, soit bien avant le lancement de son crowdfunding en novembre. «Nous avons préparé la communication de notre nouvelle marque horlogère en racontant son histoire chapitre après chapitre. Sur un site dédié et sous couvert d’anonymat — jusqu’à fin mai –, nous y avons dévoilé tous les mois un peu plus de l’aventure, du projet et de ses acteurs.»

L’équipe lausannoise s’est distinguée du marché concurrentiel de l’horlogerie en faisant le pied de nez au label «swissmade» et en misant sur une transparence totale concernant l’origine de ses fournisseurs. Provenance des composants, coût de revient et marge sur les ventes sont aussi dévoilés aux futurs acheteurs. «Durant ces mois de ‘teasing’, nous avons partagé nos informations sur le site mais aussi à notre carnet de clients et aux journalistes spécialisés.» Résultat: avant le jour du lancement officiel de la campagne de financement, plus de 15′000 personnes avaient déjà montré leur intérêt pour leur initiative en s’inscrivant à leur newsletter. Le jour J, Code 41 a atteint son objectif de 80′000 francs en deux heures seulement via la plateforme américaine Kickstarter.

«Il faut se mouiller!»

«Pour toucher le plus grand nombre de personnes, j’ai composé des listes de contacts, remarque Caroline Fourré, originaire d’Yverdon et porteuse du projet «Local Colours». J’ai réfléchi avec qui je pourrais partager mon projet dès le lancement de la campagne et par quel biais, que ce soit via les réseaux sociaux, par mail ou par téléphone.» Ancienne étudiante d’art à Zurich et consultante indépendante pour les campagnes de crowdfunding sur la plateforme wemakeit, la jeune femme a atteint son objectif de financement de 5′000 francs en six jours et doublé cette somme au terme de sa campagne. Son idée originale: dépoussiérer l’image des teintures de textiles naturelles et se lancer dans une petite production de carrés de soie et de vêtements teintés à l’aide d’épluchures de fruits et de légumes.

Le succès d’un projet de financement participatif tient aussi à sa date de lancement: «Je me suis demandé quel serait le moment ou la période de l’année le plus propice pour lancer ma campagne», explique la designer qui a démarré sa campagne au mois d’avril. D’ailleurs, et selon la dernière étude de la Haute école de Lucerne (Crowdfunding Monitoring 2016), les mois de janvier, février, mars, avril et juin enregistrent statistiquement les meilleurs résultats. Caroline Fourré a su ainsi choisir le bon moment et a bénéficié aussi d’un coup de pouce de Freitag, partenaire de wemakeit. La designer souligne l’importance d’être aussi hyper réactif durant la campagne, de soigner sa diffusion sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter) et de donner des nouvelles aux contributeurs sur leurs commandes et sur l’avancement du projet. Sans oublier de faciliter le travail de partage à son public: ne pas hésiter à préparer des visuels et des textes à transférer facilement à d’autres personnes.

Se montrer à ses futurs contributeurs permet aussi de créer un lien de proximité et de confiance: dans son rôle de consultante, Caroline Fourré conseille aux porteurs de projet qui la sollicitent de ne pas faire l’impasse sur la vidéo de présentation. «Les vidéos qui accompagneront le projet ou les visuels qui l’illustreront sont essentiels pour capter les futurs contributeurs.» Donner de sa personne dans cette vidéo est aussi essentiel pour Elâ Borschberg, spécialiste en marketing digital et cofondatrice du bar Ta Cave, financé en décembre 2014 grâce au crowdfunding. «Il faut se mouiller! Montrer qui on est permet de personnaliser son petit film, de prendre ses responsabilités. Cela permet aussi de faire comprendre à son public, souvent fait d’inconnus, que vous n’êtes pas une arnaque ou une société écran qui cherche des sous.» Une apparition en fin de vidéo pour saluer les spectateurs et les remercier permet de les rassurer.

Tester son produit

«Les contreparties que l’on offre à ses contributeurs se doivent aussi d’être originales, appuie Elâ Borschberg. Si c’est un produit, proposez des pré-ventes à un tarif préférentiel! Si c’est un service, qu’il soit exclusif! Proposez quelque chose qu’une personne lambda, qui ne participera pas à votre campagne, ne pourra pas obtenir par la suite.» Une exclusivité ou un tarif attrayant proposé aux consommateurs prêts à financer un projet, Alexandre Barakat a su en tirer parti lors de sa campagne pour l’ouverture du restaurant Crazy Wolf à Lausanne: le jeune entrepreneur a misé sur quatre offres de boissons et de plats, déclinées pour différents budgets (de 50 à 300 francs). «Nous avons fait de gros rabais, allant parfois jusqu’à proposer des ‘packs’ à 50% du prix que l’on allait proposer ensuite au restaurant.» Un effort qui a payé: en janvier 2015, le restaurant a ouvert grâce à une levée de fonds de 50′000 francs en ligne.

Fait original, la campagne de Crazy Wolf ne s’est pourtant pas déroulée sur une plateforme reconnue, qui facilite souvent la mise en œuvre du projet, mais sur un site personnel. «La première raison pour laquelle nous ne nous sommes pas tournés vers une plateforme telle Kickstarter ou wemakeit est que celles-ci prennent une commission sur la somme obtenue (5 et 6% respectivement). Ensuite, créer notre propre site nous permettait une plus grande liberté de ton, de personnaliser notre campagne à notre guise, d’y montrer l’état d’esprit du restaurant que l’on voulait ouvrir et aussi de choisir la durée de notre crowdfunding.»

Y-a-t-il une durée magique pour mener une campagne? Certaines plateformes laissent le choix aux porteurs de projet, la fourchette variant entre 15 et 80 jours. «Je ne conseille pas de se lancer pour une campagne de 15 jours seulement, répond Caroline Fourré. Je privilégierais davantage 30 à 45 jours pour se laisser assez de temps et d’énergie afin de relancer le public jusqu’à la fin de son aventure.» Pour Vincent Pignon de la Swiss Crowdfunding Association, un projet qui séduit devrait obtenir son financement en moins de 30 jours: «On observe que les temps de campagnes se raccourcissent de plus en plus. L’effet d’annonce est capital, le résultat obtenu dans les trois premiers jours est souvent révélateur de la suite de la campagne.» Reste que tout n’est pas perdu si la campagne ne marche pas: «Autre qu’un outil de financement, le crowdfunding sert aussi à tester son produit sur le marché pour le développer autrement par la suite. Et surtout à être visible! Désormais, beaucoup d’indépendants ou de start-up se lancent simplement dans une campagne pour gagner en visibilité et communiquer sur leur produit et leur présence.»
_______
ENCADRES

Les plateformes de crowdfunding les plus populaires en Suisse romande

1.Kickstarter
Origine: Etats-Unis
Lancement: 2009
Types de projets: à privilégier pour les produits technologiques à portée internationale
Taux de réussite: 35,8%
Accompagnement: pas d’accompagnement personnalisé, guides disponibles sur le site
Commission: 5%

2.Wemakeit
Origine: Suisse
Lancement: 2012
Types de projets: variés, de la culture aux sciences, startups et cuisine.
Taux de réussite: 65%
Accompagnement: très personnalisé, partenariats multiples
Commission: 6%

3.I believe in you
Origine: Suisse
Lancement: 2013
Types de projets: sportifs, d’athlètes, amateurs, manifestations et associations sportives
Taux de réussite: 84%
Accompagnement: très personnalisé, plusieurs partenariats (Postfinance et Helsana)
Commission: 12%

4.WeCan.Fund
Origine: Suisse
Lancement: 2015
Types de projets: tout projet de PME qui a au moins une année d’existence
Taux de réussite: quatre levées de fond réalisées en 2016
Accompagnement: analyse de la demande faite par des spécialistes avant la mise en ligne
Commission: 5%

5.Swisslending
Origine: Suisse
Date de lancement: 2016
Type de projets: immobilier
Taux de réussite: trois levées de fonds réalisées en 2016
Accompagnement: l’entreprise se charge de trouver les investisseurs
Commission: 5%
_______
CHIFFRES

2,8
En milliards, la somme des levées de fonds réalisées par Kickstarter depuis 2009

12
En kilomètres, la distance moyenne entre le lieu d’origine du projet et de ses contributeurs en Suisse

27,3
En millions, la somme des levées de fonds réalisées en Suisse en 2015

40
Le nombre de plateformes de crowdfunding accessibles en Suisse

90
En milliers, le nombre de contributeurs suisses à des projets de crowdfunding en 2015

2119
Le nombre de projets soutenus (réussis) sur la plateforme suisse wemakeit depuis sa création en 2012.

Sources: Crowdfunding Monitoring 2016, Kickstarter, wemakeit
_______

Une version de cet article est parue dans L’Hebdo.



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