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interviewJEUDI 23 FÉVRIER 2017
«On attend désormais de la médecine qu’elle éloigne la mort»
Jean-Daniel Tissot a codirigé un ouvrage sur l’immortalité. Il décrypte cette utopie et les avancées scientifiques qui lui font écho.
Par Patricia Michaud

L’homme rêve d’immortalité. Mais ce sont ses créations qui ne doivent pas mourir, pas l’homme lui-même, indique Jean-Daniel Tissot. Le doyen de la Faculté de biologie et médecine de l’UNIL relève également un paradoxe: les gens souhaitent rester vivant pour une durée indéfinie, mais ils se suicident davantage. Entretien.

Comment définiriez-vous l’immortalité?
L’immortalité, c’est un non-sens, c’est une utopie, une sorte de rêve. J’éviterais de la définir! Au fond, l’immortalité, c’est une projection de l’homme pour repousser sa propre mort.

L’immortalité est donc impossible, malgré les avancées scientifiques?
La médecine peut progresser autant qu’elle veut: tant qu’il y aura des prédateurs autour de nous, nous mourrons. Alors certes, des expériences telles que le clonage tendent à faire croire que nous nous rapprochons de l’immortalité. Mais c’est compter sans le fait que nos cellules savent qu’elles ont vieilli. Tout est fait chez l’homme pour que la mort soit programmée. Chez les animaux aussi, d’ailleurs, même si on ne sait pas pourquoi il y a des différences au niveau de l’espérance de vie des espèces.

L’homme a beau être programmé pour mourir, il n’en rêve pas moins d’immortalité…
Ce paradoxe reflète assez bien notre société contemporaine. On nage en plein «Parce que je le vaux bien» et cet égoïsme pèse sur l’ensemble de la population planétaire: on fige tout, on bloque tout, sans possibilité d’évolution. Je recommande la lecture du chapitre XX du Livre I des «Essais» de Montaigne, «Philosopher, c’est apprendre à mourir». Dans ce magnifique texte, on lit entre autres: «Chiron refusa l’immortalité, informé des conditions de celle-ci par le Dieu même du temps et de la durée, Saturne, son père.»

Mourir est donc une expression d’altruisme?
Oui. A condition bien sûr que la mort ait lieu à la fin d’une vie accomplie.

Faites des enfants plutôt que de rêver d’immortalité: c’est votre message?
Absolument: laissez la place! L’homme est capable de créations magnifiques, par exemple dans le domaine artistique. Mais ce sont ces créations qui doivent demeurer immortelles, pas l’homme lui-même. J’ai parfois l’impression que les personnes qui rêvent d’immortalité n’ont pas pris le temps de s’arrêter et de bien réfléchir à la question. Supposons que je ne meure pas: dans une société future qui aura forcément connu de profonds changements culturels, serai-je toujours moi-même? Ne serai-je pas une tout autre personne, influencée par ces changements? Dans le même ordre d’idées, je suis toujours amusé de constater que les gens souhaitent rarement être immortels à 120 ans, mais figés à un âge plus seyant, par exemple 60 ans.

L’un des buts de la médecine n’est-il pas de prolonger la vie?
Avant, la médecine était censée soigner. Mais actuellement, on s’attend à ce qu’elle éloigne la mort. Je ne suis pas en train de dénoncer les avancées médicales. La transplantation est un progrès magnifique. Je constate simplement que des gens qui étaient censés mourir ne meurent plus, qu’on dispose désormais de nouvelles technologies pour se «réparer». Je pense non seulement aux greffes mais aussi aux organes artificiels. Cela ouvre la porte à de nouveaux espoirs en ce qui concerne l’immortalité. Parallèlement, en réduisant notablement la liste des causes de décès, les évolutions scientifiques nous laissent un panel pas très gai de pathologies. D’ailleurs, aujourd’hui, les gens ont plus peur de la souffrance que de la mort. Ils rêvent d’immortalité, mais ils se suicident davantage. Cherchez l’erreur…

Certains estiment que l’une des clés de l’immortalité se cache dans l’apoptose. Qu’entendent-ils par là?
L’apoptose est la mort contrôlée de certaines cellules. Elles s’autodétruisent afin de maintenir l’équilibre au sein des organismes multicellulaires. Prenez le cas d’un bébé: c’est l’apoptose qui va éviter qu’il ne naisse avec les pieds palmés. D’aucuns pensent que si l’on parvient à contrôler les mécanismes sous-tendant l’apoptose, on pourra dans la foulée repousser les limites de cette mort programmée qui, à l’échelle du développement, sculpte la vie et nos apparences, un suicide altruiste en quelque sorte.

Vous ne semblez pas convaincu…
L’apoptose est l’expression même du fait que la vie dépend de la mort. Si on reprend l’exemple du fœtus: en se sacrifiant, les cellules formant la membrane située entre les petits orteils permettent de construire le bébé. Nous sommes donc tous le fruit d’une multitude de micro-morts!
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ENCADRES

A lire
«L’immortalité. Un sujet d’avenir», Jean-Daniel Tissot, Olivier Garraud, Jean-Jacques Lefrère, Philippe Schneider, 2014, Editions Favre.
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Biographie
Jean-Daniel Tissot a dirigé le Service régional vaudois de transfusion sanguine (SRTS VD) de 2007 à 2014. En août 2015, il devient doyen de la Faculté de biologie et de médecine (FBM). Après un premier ouvrage sur la thématique du sang (Ed. Favre, 2011), il réunit une vingtaine de penseurs d’horizons différents — un professeur de médecine et de littérature, un dessinateur, un biologiste, un psychiatre, un avocat, un architecte, un mathématicien ou encore un alpiniste — pour réfléchir à la vaste problématique de l’immortalité. Né à Lausanne en 1955, Jean-Daniel Tissot a lui-même effectué ses études de médecine à l’Université de Lausanne (UNIL). Il a une formation en médecine interne, en hématologie clinique et en hématologie de laboratoire, ainsi qu’une spécialisation en médecine transfusionnelle.
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Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 10).

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