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innovationMARDI 21 MARS 2017
Medtech et biotech résistent au franc fort
Le secteur des sciences de la vie continue de progresser malgré la force de la monnaie helvétique. Les investissements et les levées de fonds se multiplient.
Par Julie Zaugg

L’abandon du taux plancher par la Banque nationale début 2015 a ébranlé l’économie suisse. Le choc s’estompe peu à peu, mais de nombreuses industries peinent toujours à relever la tête. Dans ce tableau peu réjouissant, comment se portent les entreprises biotech et medtech du pays?

Premier signe positif, la Suisse continue d’attirer des acteurs de l’étranger. La compagnie américaine de matériel médical Becton Dickinson a récemment inauguré son siège européen à Eysins, près de Nyon, et prévoit d’y construire une usine. Le spécialiste japonais de l’ophtalmologie Santen a pris ses quartiers à Genève en 2015.

D’autres groupes ont renforcé leur présence. «Ferring, qui se trouve à Saint-Prex, va passer de 600 à 1′000 employés et Celgene, implanté dans le canton de Neuchâtel, augmentera ses effectifs de 800 à 1′000 personnes, détaille Claude Joris, le secrétaire général de BioAlps, la plateforme romande des sciences de la vie. Même Merck Serono continue à engager du personnel en Suisse.»

Revenus en hausse

«L’an dernier, les revenus des entreprises biotechnologiques ont atteint 5,1 milliards de francs en Suisse, soit 200 millions de plus qu’en 2014», indique Jürg Zürcher, spécialiste biotech et medtech chez Ernst & Young. Et le nombre d’employés a crû de 759 personnes ces deux dernières années. «Ces résultats ont été portés par les grandes sociétés — surtout Actelion, mais aussi Santhera, Evolva ou Basilea — qui ont réalisé de bonnes ventes et obtenu l’approbation de plusieurs médicaments», poursuit l’expert.

En matière de levée de fonds, la dynamique s’avère également avantageuse. En 2015, le secteur suisse des biotechs a obtenu 907 millions de francs, un record. Plusieurs entreprises ont en outre fait l’objet d’investissements de la part de grands groupes étrangers. GlaxoSmithKline a acquis GlycoVaxyn, basé à Zurich, Pfizer a pris des parts dans Redvax, également zurichois, et Servier dans la société biopharmaceutique genevoise GeNeuro. Crispr Therapeutics, à Bâle, a pour sa part entamé une collaboration avec Bayer valorisée à 335 millions de dollars.

Présence globale

Comment expliquer ces chiffres favorables? «La plupart des biotechs ne dépensent pas beaucoup en Suisse, relève Jürg Zürcher. Elles produisent leurs médicaments à l’étranger et délèguent la réalisation d’études cliniques à des sous-traitants hors de Suisse.» Souvent, ces derniers se trouvent en Europe, ce qui permet à leurs mandants de bénéficier de la faiblesse de l’euro.

Les entreprises biotech réalisent leurs revenus, issus de la vente de médicaments, dans le monde entier. «Il ne faut pas oublier que le franc a beaucoup augmenté face à l’euro, mais pas tellement face au dollar ou aux monnaies asiatiques, qui représentent la majorité des recettes», précise Claude Joris.

Il y a toutefois une exception. «Les fournisseurs d’appareils médicaux, notamment les nombreux fabricants d’implants et de prothèses situés sur l’Arc jurassien, ont davantage souffert du franc fort, car une bonne partie de leur production s’effectue en Suisse», relève le responsable de BioAlps. Certains ont vu leurs marges s’éroder de 10% et ont dû augmenter leurs prix en conséquence. «Cela les a affaiblis face à leurs concurrents européens et asiatiques.»

Avec sa situation au cœur de l’Europe, sa taxation favorable, son droit du travail peu contraignant, ses incubateurs et son excellence en matière de recherche dans les sciences de la vie, la Suisse reste une destination de premier choix pour les biotech. «La plupart des groupes qui font le choix de s’implanter ici restent, note Jürg Zürcher. Ils sont là pour le long terme.»
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Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 10).

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