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innovationMERCREDI 03 MAI 2017
L’éclairage public en transition
Des solutions innovantes d’éclairage public émergent pour répondre aux préoccupations écologiques et budgétaires actuelles.
Par Marie Sandoz

Une ruelle sombre, un parc plongé dans le noir: l’obscurité en ville inquiète. Maîtriser la nuit, la sécuriser constitue un enjeu majeur de l’aménagement urbain. Pourtant, «il a largement été prouvé que la lumière n’avait en fait pas d’impact sur la sécurité», souligne Jean-Michel Deleuil, de l’Institut des sciences appliquées de l’Université de Lyon. Ainsi, alors qu’éclairer les routes diminue effectivement les risques d’accidents, les lampadaires des zones piétonnes agissent plus sur les perceptions du danger que sur sa réalité. «Il existe à ce sujet un consensus parmi les spécialistes et les politiques, poursuit le géographe et urbaniste. Mais ceux-ci ne défendent pas cette position, car elle est peu admise dans l’opinion publique.»

De la sécurité automobile au bien-être des passants

Jusque dans les années 1980, la question sécuritaire a dominé les réflexions et la pratique de l’éclairage public dans les pays industrialisés. La généralisation de l’automobile dès la moitié du XXe siècle a réduit l’éclairage urbain à la circulation routière et, de la sorte, à des normes techniques. «Notre époque, avec ses interrogations au sujet de la nuit de la ville, trouve en fait plus de similitudes avec la fin du XIXe siècle», remarque Jean-Michel Deleuil. Des divergences d’opinion opposaient alors ceux qui percevaient la lumière comme un obstacle à la poésie de la nuit et d’autres qui défendaient des logiques policières et la nécessité de bien voir partout: «On y retrouve une bonne partie des enjeux du débat actuel, qui avaient été éclipsés durant des décennies.»

Lorsque la composante esthétique de l’éclairage public gagne en importance au cours de la décennie 1980, elle poursuit une visée de marketing urbain, au cœur duquel se trouve la mise en valeur du patrimoine. Les lumières-spectacles envahissent l’espace public. Mais plus récemment, des notions telles que l’ambiance nocturne ou le confort des usagers se sont également introduites dans les discussions: les interrogations sur l’esthétisme glissent alors vers l’éthique. Une transition graduelle des discours et des pratiques a eu lieu: d’outil de sécurité routière, l’éclairage public est devenu un support à la qualité des nuits urbaines.

Ce basculement progressif a donné lieu à de nouvelles politiques, à l’instar de celles appliquées en villes de Genève et Lausanne: selon le Plan Lumière de 2009 de la Cité de Calvin, l’éclairage public doit autant valoriser l’image de la ville qu’en faciliter les usages. «Notre volonté est d’accompagner le citoyen en fonction de ses pratiques de la nuit qui évoluent selon les heures, les jours de la semaine et les saisons, signale Florence Colace, coresponsable de l’éclairage public à Genève. Nos projets touchent donc aussi des quartiers excentrés.»

Une optique que partage la Ville de Lausanne, dont le Plan Lumière 2014 prévoit un éclairage public à l’échelle humaine. «L’objectif est d’offrir une meilleure lecture de la ville la nuit, explique Stephan Henninger, chef de la division de l’éclairage public de la ville. Bien que le volet sécuritaire demeure important, nous avons la volonté de créer des ambiances dans lesquelles les piétons se sentent bien.» Dans cette perspective, les nouvelles technologies comme le LED sont mobilisées afin d’adapter les tons de l’éclairage selon le lieu: «Sur une rue piétonne ou une place publique par exemple, nous évitons le blanc froid et favorisons des couleurs propices à une atmosphère chaleureuse.»

Des ordinateurs sur les lampadaires lausannois

Les innovations techniques permettent aussi de considérables économies d’énergie, en rendant notamment possible de réguler la lumière selon les périodes de la nuit ou d’allumer un lampadaire via un détecteur de mouvement. Elles répondent ainsi aux croissantes préoccupations écologiques des autorités publiques et peut-être plus encore à la nécessité prosaïque de ménager leur budget.

La conjoncture actuelle est donc propice à des collaborations entre les milieux de la recherche et les politiques, à l’image d’un projet pilote dont l’histoire a débuté il y a deux ans, lorsque la Ville de Lausanne a approché Novaccess, une spin-off dédiée à l’internet des objets et composée d’une équipe interdisciplinaire issue de la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud — HEIG-VD. «On nous a soumis une problématique particulière: la gestion centralisée de l’éclairage public», résume Hervé Dedieu, cofondateur de Novaccess et professeur en électronique à la HEIG-VD.

Le résultat? Des lampadaires intelligents qui peuvent être pilotés à distance. Il est possible de régler leur luminosité et ils sont dotés d’un ordinateur puissant qui communique une multitude d’informations à la centrale. Une promesse de gains considérables en termes de temps et d’énergie. «L’inviolabilité de ces installations était par ailleurs une exigence évidente: essayer d’éteindre la ville est un sport séduisant pour les hackers», sourit l’expert. Novaccess en a donc embauché un afin qu’il mette à l’épreuve le système et ses applications.

Mais l’ambition d’Hervé Dedieu et de son équipe ne s’arrête pas à l’éclairage public en tant que tel, qui constitue pour eux une porte d’entrée vers la smart city. «Les lampadaires maillent la ville de façon extrêmement régulière. Ce réseau intelligent peut être mobilisé pour bien d’autres choses, comme gérer les places de parking», s’enthousiasme-t-il.

Si tu bouges, je m’allume

C’est d’ailleurs au sein d’un programme dédié à la ville intelligente, mysmartcity.ch, qu’un autre type de lampadaire ultra-performant est testé dans le Jura bernois. «Avec le projet OpEc (Optimisation de l’éclairage public), notre but était, d’une part, d’économiser de l’énergie et d’autre part, d’améliorer la gestion des luminaires», résume le professeur d’informatique à la HE-Arc Ingénierie, Nabil Ouerhani, chargé du volet concernant l’éclairage public.

Une rue de Saint-Imier a ainsi été équipée d’un prototype de lampadaire intelligent dont le fonctionnement repose sur un détecteur de mouvement et un capteur de luminosité. Les informations sur l’activité et l’intensité de la lumière ambiante sont croisées et déterminent dans quelle proportion les capacités du luminaire doivent être exploitées: «S’il est minuit et qu’il fait donc noir, mais qu’aucune activité n’est signalée, l’intensité lumineuse du lampadaire ne s’élèvera qu’à 30%, explique Nabil Ouerhani. Au contraire, si des mouvements sont identifiés, le pourcentage passera à 100%. Et si le soleil brille, agitation ou non, le lampadaire reste éteint.» Le sentiment d’insécurité, même s’il n’est pas fondé, est également pris en compte par le système. Ainsi les changements brusques de lumière, sources potentielles d’inquiétude, sont évités via un allumage de l’éclairage progressif.

Tout comme les innovations proposées par Novaccess, le projet vise à favoriser le transfert de technologies vers l’industrie et permettre ainsi la réduction drastique des coûts de l’éclairage public. «Ces charges reviennent à environ 100 millions par an au niveau national et notre projet est capable de générer de 50% à 60% d’économie d’énergie. Imaginez ce que cela signifie s’il est appliqué à large échelle», s’exclame l’informaticien. Mais en Suisse, ce n’est pas pour demain. Comme le fait remarquer Florence Colace de la Ville de Genève, ces technologies coûtent cher et leur efficacité sur le long terme doit encore être prouvée. La prudence helvétique prévaut.
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TROIS QUESTIONS A

Laurent Essig, chef de projet HES-SO, exploite le potentiel de la nuit lors du Paléo Festival de Nyon.

Parlez-nous de votre expérience dans le domaine de l’éclairage public et artistique…
J’ai découvert l’extraordinaire potentiel de cette forme d’expression en 2000, lorsque j’ai créé le festival Christmas Tree à Genève. Mais plus que de parler d’éclairage, je préfère employer le terme d’illumination. L’objectif est de souligner, de faire remarquer, voire de faire rêver. Ma perception de l’éclairage se situe bien loin de sa dimension sécuritaire.

Vous êtes responsable de l’espace HES-SO au Paléo Festival depuis douze ans. Dans ce cadre, quelle place occupe l’éclairage?
La lumière joue un rôle primordial dans toutes les scénographies. Comme le festival se déroule tant de jour que de nuit, inclure une dimension diurne et nocturne est l’exigence première dans la création de nos projets. L’obscurité constitue alors un révélateur de facettes nouvelles de la mise en scène. Dans cette perspective, nous choisissons expressément des matériaux pour leurs capacités lumineuses, comme des draps utilisés pour produire des ombres chinoises, des miroirs ou encore des surfaces translucides. La source lumineuse en elle-même n’est pas l’essentiel. C’est bien plus ce qu’elle révèle en termes d’ombre, de couleur, de volume ou de profondeur qui nous importe.

Quel était le rôle de la lumière durant l’édition 2016?
L’été passé, les structures en bois de la scénographie intitulée «Rocking Chair» possédaient des persiennes qui laissaient filtrer une lumière mauve. Les projecteurs étaient situés en dessous et derrière la construction, ce qui offrait de la profondeur à l’architecture. La journée et la nuit possédaient ainsi leur esthétique propre.
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ENCADRES

Quid des enseignes publicitaires?

Dès le XVIIIe siècle, l’éclairage publicitaire est un moteur important d’innovation. Convaincus par ses vertus promotionnelles, les marchands expriment très tôt un intérêt pour une lumière qualitative.

Aujourd’hui, les enseignes et autres illuminations privées inondent l’espace public, qui se trouve parfois pris en otage: «La tendance actuelle est à la surenchère et nous en sommes tributaires, regrette Stephan Henninger, responsable lausannois de l’éclairage public. Notre travail, qui vise au contraire à mettre en place des lumières plus douces, s’en trouve affecté.» Même si les grandes marques se montrent plutôt à l’écoute, les entreprises gagnent toutefois beaucoup en visibilité lorsqu’elles conservent leur vitrine allumée. Et comme les nouveaux matériaux consomment moins d’énergie, cette pratique est d’autant plus rentable.

Au niveau de la loi, peu d’outils existent pour contraindre les commerçants: «Aucune intervention des autorités de la Ville de Genève n’a jamais eu lieu sur cette question, note Daniel Amiet, coordinateur technique au sein du Service genevois de la sécurité de l’espace public. La politique actuelle favorise plutôt la liberté d’entreprendre.»
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L’évolution de l’éclairage public en neuf étapes

Les premières tentatives d’éclairer la nuit apparaissent en Europe au début du XVIIIe siècle dans le but de sécuriser les rues sombres. En Suisse, on parle d’éclairage public dès 1750. À cette époque, les réverbères à l’huile remplacent les torches et les lanternes à bougies. Ils fonctionnent à l’aide d’une mèche de coton plongée dans de l’huile que l’on brûle. L’éclairage urbain gagne ainsi en intensité, mais laisse une odeur forte dans les rues et dégage de la fumée.

Au XIXe siècle, le gaz remplace alors l’huile. La lampe n’est d’ailleurs plus suspendue mais tient sur son candélabre. L’avènement de l’électricité au début du XXe siècle ouvre la voie aux lanternes à incandescence, au style d’abord ornemental, puis sobre et fonctionnel. La lampe fluorescente se répand en Europe après la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’esthétique des lampadaires est davantage travaillée dès les années 1990.

Aujourd’hui, les chercheurs conçoivent des lampadaires intelligents: munis de capteurs, ils se déclenchent seulement lors du passage d’une voiture ou d’un piéton. Le lampadaire «Philips Light Blossom» — pas encore commercialisé — produit même de l’énergie photovoltaïque grâce à ses pétales (composés de panneaux solaires) et se transforme en éolienne lorsqu’il y a du vent.
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Collaboration: Céline Bilardo

Une version de cet article est parue dans la revue Hémisphères (no 12).

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