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sportJEUDI 04 MAI 2017
La start-up vaudoise qui s’invite sur les terrains de la NBA
Fondée par deux chercheurs de l’EPFL, PlayfulVision a développé une technologie d’analyse de données sportives. Après son rachat en 2015 par la compagnie Second Spectrum, elle connaît une popularité croissante sur les terrains de basket et de foot.
Par William Türler

Utiliser la vision par ordinateur pour analyser un événement sportif sous toutes ses coutures: c’est l’idée qui anime la technologie développée par PlayfulVision, une spin-off de l’EPFL basée à Morges. Rachetée en 2015 par la société californienne Second Spectrum, elle est employée depuis cette année pour repérer tirs, passes ou dribbles sur les terrains de la National Basketball Association (NBA), la prestigieuse ligue de basket-ball nord-américaine.

La société développe également ses activités dans le secteur du football. Elle compte des contacts au sein de différentes ligues européennes et travaille sur plusieurs produits innovants avec des équipes du championnat anglais, tant au niveau technique que tactique. Journalistes, coaches ou spectateurs ont ainsi accès à une multitude de données grâce aux caméras développées par les deux chercheurs du laboratoire de vision par ordinateur de l’EPFL, Horesh Ben Shitrit et Pascal Fua.

La raison principale ayant mené Second Spectrum — société fondée par deux professeurs en machine learning de l’Université de Californie du sud et un ingénieur — à racheter la jeune start-up vaudoise est leur complémentarité. Alors que la société basée à Los Angeles se spécialise depuis 2013 dans l’analyse et la présentation de données sportives, PlayfulVision a mis au point un logiciel permettant de capter une très grande quantité de mouvements sur des terrains de sport et de les transformer en données utilisables.

«Nous proposons nos services aux télévisions mais également aux joueurs et aux entraîneurs, explique Horesh Ben Shitrit. Cela leur permet d’analyser leur propre jeu ou celui de leurs concurrents. Nous prévoyons aussi de nous adresser directement aux fans. Ils pourront ainsi obtenir des informations et des analyses d’experts de leur équipe ou joueurs favoris directement sur leur smartphone.»

Au départ, les deux fondateurs ont débuté leurs recherches dans le domaine des caméras multiples en s’intéressant notamment à la reconnaissance faciale et à la rééducation à la marche pour personnes accidentées. Très vite, ils décident de cibler le domaine sportif, moins réglementé et plus facile d’accès que le secteur médical. Après avoir breveté leur technologie et fondé PlayfulVision en 2014, ils obtiennent un premier contrat avec la Fédération internationale de volley-ball. Leur logiciel est utilisé lors des championnats mondiaux qui ont lieu cette même année. Ils développent ensuite divers projets dans le tennis, le football et l’équitation.

Comprendre le jeu

Concrètement, la technique permet de reconnaître et de superposer des joueurs, d’analyser des séquences de jeu ou d’établir toutes sortes de statistiques (nombre de points marqués par joueur ou équipe, distance des tirs, parcours effectués, etc.). Les caméras sont essentiellement disposées en hauteur, sur le toit du stade ou les côtés des terrains.

S’il existe déjà des systèmes similaires — notamment celui de l’entreprise fribourgeoise Dartfish, fondée par Martin Vetterli — l’innovation majeure de la technologie de PlayfulVision se situe dans la manière d’extraire des informations pertinentes à partir des pixels que représentent les différents joueurs en mouvement. «Le plus difficile consiste à comprendre le jeu et ne pas perdre d’informations, par exemple lorsqu’un joueur en cache un autre», souligne Horesh Ben Shitrit. D’où l’importance de la disposition des caméras permettant de couvrir tous les angles possibles et de lire les numéros inscrits sur chaque joueur. «Nos machines permettent de rendre compte du jeu comme le ferait un coach et non un amateur», note encore l’ingénieur israélien de 38 ans. A titre d’illustration, Second Spectrum travaille aujourd’hui avec le deux-tiers des entraîneurs et équipes de la NBA. La technologie mise au point par PlayfulVision est utilisée aussi bien par la Fox que par la chaîne de télévision sportive ESPN.

Les joueurs ne sont pas seuls à être traqués en permanence. Les balles le sont également, de même que les arbitres, ce qui permet de déterminer s’ils étaient en mesure ou non d’observer une action ou une faute. La technologie de la société offre par ailleurs l’avantage de ne pas être intrusive, les joueurs et les arbitres n’ayant pas besoin de porter de senseurs, contrairement à bon nombre de solutions concurrentes. Une fois ces différents éléments récoltés, encore faut-il les analyser correctement et les présenter de manière didactique. C’est là qu’intervient Second Spectrum, dont la force consiste notamment à tirer des modèles-types de jeu — comme le «pick and roll» au basket ou le «une-deux» au foot — à partir d’une vaste quantité de données.

Expérience pratique indispensable

Professeur à l’institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne, Fabien Ohl estime qu’aujourd’hui l’enjeu principal pour les entreprises qui produisent ces outils consiste à exister et faire en sorte de créer un marché sur lequel elles pourront valoriser leurs produits. Ces innovations peuvent cependant aider les acteurs du sport, engagés dans une compétition de plus en plus féroce, à gagner: «On retrouve l’idée que les gains marginaux permettent la victoire. Les différences entre les équipes et les sportifs se jouent souvent à peu de chose et les gains mineurs peuvent faire la différence.» Du côté des médias, il s’agit surtout d’attirer ou de maintenir les auditeurs en innovant dans la mise en scène du spectacle sportif. «Les fans n’attendent rien en particulier, mais ils restent sensibles aux innovations, au renouvellement des manières de produire les spectacles sportifs, de les analyser et de commenter les performances», estime Fabien Ohl.

Selon lui, on assiste surtout à une politique de l’offre dans ce domaine. Néanmoins, les technologies mises au point par des sociétés comme PlayfulVision ou Second Spectrum peuvent apporter une réelle plus-value pour les coaches. «Elles proposent des outils d’analyse et de visualisation de la performance et permettent de fournir de nombreuses données aux entraîneurs et aux spécialistes», dit-il. Il convient cependant de rester prudent face aux promesses de ces nouvelles techniques, d’autant que les personnes dans les clubs ne savent pas toujours comment traiter cette abondance d’informations. «On voit émerger de nouveaux métiers et certaines équipes recrutent des analystes de la performance chargés de traiter la multitude de données collectées», ajoute le spécialiste.

Enfin, au-delà de la quantification, il convient également d’évaluer qualitativement les séquences. «On se trouve souvent face à des interactions très fines de communication entre les personnes d’une même équipe et de contre-communication par des feintes ou des ruses qui permettent de rendre l’intention plus opaque pour les adversaires, relève Fabien Ohl. Et pour déceler ce type de signaux, l’expérience pratique des entraîneurs chevronnés reste indispensable.»
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Une version de cet article est parue dans PME Magazine.



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