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sciencesMARDI 09 MAI 2017
Prague à la conquête de l’espace
Reconnue pour sa créativité scientifique et la qualité de sa main-d’œuvre, la capitale tchèque s’affirme dans le domaine des technologies spatiales. Le projet de géolocalisation Galileo donne à la ville un élan supplémentaire.
Par Paula Dupraz-Dobias

Dix-sept ans de développement, 10 milliards d’euros investis: l’Europe lance Galileo, son système de positionnement par satellite. Le nouveau dispositif promet d’être plus précis que ses équivalents russe et américain. Et une fois son déploiement achevé, en 2020, il comprendra 30 satellites. Seule la Chine, avec 35 satellites, affichera alors un réseau plus développé.

Le lancement de Galileo intervient dans un contexte de forte demande. Le marché global du géo-positionnement compte déjà 4 milliards d’utilisateurs, et devrait progresser de 18% d’ici à 2019. La technologie satellite représente d’ailleurs une part non négligeable de l’économie européenne. Environ 800 milliards d’euros, soit 6 à 7% du PIB du continent, en dépendent.

«L’internet des objets est partout. Il connecte les smartphones, les tablettes, les appareils industriels et domestiques, rend les routes, les villes et les usines plus intelligentes, explique Carlo des Dorides, directeur de l’Agence européenne de systèmes de positionnement par satellite (GSA). Grâce à la force de son signal, Galileo est plus précis et plus disponible dans des environnements difficiles comme les villes.» Les transports aériens, maritimes et routiers sont les secteurs qui en bénéficieront le plus.

Autrefois basée à Bruxelles, la GSA a été relocalisée à Prague en 2012. «La capitale tchèque a ainsi pu renforcer son image de pionnière dans le milieu scientifique, tout en stimulant son économie», indique Carlo des Dorides.

Données climatiques fiables

Les spécialistes des sciences de la Terre se félicitent du lancement de Galileo. «En matière de changement climatique, il est important d’avoir accès à un système opérationnel à long terme pour interpréter les données correctement», déclare Ole Baltazar Andersen, chercheur en changement climatique de la Danmarks Tekniske Universitet.

S’il n’est plus à démontrer que le niveau de la mer monte, des données ponctuelles peuvent parfois fausser les résultats. «En Californie, par exemple, les informations collectées sur une courte période indiquaient une baisse, ce que certains ont interprété comme une tendance générale. Mais une analyse sur plusieurs années confirme la tendance sur le long terme d’une élévation des mers.»

Ole Baltazar Andersen est expert en géodésie, la science dédiée à la topographie de la Terre. Il explique que la fonte de l’Arctique influe sur la forme de la planète, car la glace agit comme une éponge absorbant l’eau. Il sera plus facile de surveiller ces changements grâce à des systèmes de satellite plus performants, comme Galileo.

Contrairement au GPS américain, Galileo est centré sur l’Europe et offre donc une meilleure couverture des latitudes élevées. Si l’on compare les latitudes des deux continents, l’Amérique commence beaucoup plus bas que l’Europe, explique le spécialiste.

L’espace, nouveau marché

Prague se profile donc comme la grande gagnante de cette nouvelle course à l’espace. Le développement des technologies spatiales européennes y a trouvé sa place, profitant notamment du faible coût de la main-d’œuvre locale. La relocalisation de l’agence constitue «un signal pour les sociétés tchèques», particulièrement celles spécialisées dans la navigation et la mobilité, observe Karel Dobeš, commissaire du gouvernement assurant la liaison avec la GSA.

La République tchèque a identifié dans les technologies spatiales un secteur dans lequel les connaissances et la créativité des citoyens, sa ressource la plus importante, pouvaient se démarquer. «L’avenir, c’est l’espace, note Karel Dobeš. Mais c’est aussi les véhicules autonomes et la robotique», deux domaines dans lesquels le pays brille depuis plusieurs années. Depuis la libéralisation économique lancée
à la fin de la Guerre froide, l’image de la science dans la population n’a pas beaucoup évolué. Selon Karel Dobeš, il a fallu du temps pour que la République tchèque comprenne que «l’espace n’est pas seulement synonyme de science, mais aussi de technologie et de réussite économique».

Depuis son adhésion à l’Agence spatiale européenne, la République tchèque y a largement augmenté ses dons, passant de 5 à 30 millions d’euros en 2017. Selon Marek Aldorf, responsable du Business Incubation Centre (BIC) de l’ESA à Prague, 85% du montant de cette contribution seront réinjectés dans l’économie tchèque. Le gouvernement soutient aujourd’hui plusieurs startup via le BIC. Karel Dobeš espère que cet élan se traduira bientôt par la création d’une agence spatiale nationale.

En attendant, la République tchèque attire des sociétés étrangères. L’équipementier automobile français Valeo prévoit d’y investir 22 millions d’euros dans un centre pour déve¬lopper sa technologie de conduite automatique et General Electric d’y faire construire ses turboréacteurs.
_______

Données

Superficie: 496 km²
Population de Prague: 1,25 million d’habitants

3,4%
Taux de chômage à Prague, le plus faible parmi les capitales européennes
1100 €
Salaire moyen d’un travailleur hautement qualifié
25
Nombre de startup tchèques sponso¬risées par le BIC d’ici à 2020
1921
Première occurrence du terme «robot» dans la pièce de science-fiction de Karel Čapek, Rossum’s Universal Robots
1978
Vladimír Remek devient le premier Européen à voyager dans l’espace
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Incubateur de nouvelles idées

Le BIC de l’ESA à Prague est la première structure de ce type à recevoir le soutien de l’ESA. Son objectif: accompagner les startup dans le développement de technologies spatiales avec des applications pratiques.
«La technologie spatiale s’est longtemps limitée aux applications militaires, avant de devenir une discipline académique à partir des années 1990, explique Marek Aldorf, directeur du BIC. Aujourd’hui, nous espérons que de nombreuses startup se spécialiseront dans la navigation par satellite.» Les premiers projets sponsorisés par le BIC concernent majoritairement la création de logiciels et d’équipements spatiaux.

NG Aviation développe un logiciel pour améliorer la sécurité du trafic aérien et limiter l’impact environnemental de certaines activités (atterrissages, décollages, circulation au sol). Le manque de digitalisation des aéroports offre à ces développeurs une réelle opportunité commerciale.

Fondée par des cyclistes, la startup Festka fabrique des cadres de vélo en fibre de carbone, dont la légèreté est très prisée en aéronautique.

InsightArt utilise les mêmes rayons X que la Station spatiale internationale dans le cadre de l’authentification et de la restauration des œuvres d’art.

BigTerra exploite des données satellites pour protéger les exploitations agricoles des nuisibles et des intempéries dans les pays en développement.
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Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 12).

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