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designMARDI 16 MAI 2017
L’entreprise qui donne vie aux robots
Les robots humanoïdes sont enfin capables de nous séduire. La société française Aldebaran Robotics, rachetée par le japonais SoftBank, parviendra-t-elle à rester à la pointe de l’innovation?
Par Ben McCluskey

Des robots humanoïdes polyvalents, capables de se comporter comme de véritables compagnons? En 2005, lorsque Bruno Maisonnier fonde Aldebaran Robotics, cette idée relève encore de la science-fiction. «Tout le monde pensait qu’il était impossible de créer un robot bipède destiné à la commercialisation de masse», explique Rodolphe Gelin, directeur scientifique de la société française.

Or, depuis 2008, Aldebaran a vendu près de 20’000 de ses robots. Et son dernier-né, Pepper, a captivé les visiteurs lors du dernier Consumer Electronics Show de Las Vegas. Mais l’entreprise n’est plus seule sur les rangs: en 2016, 128 startup actives dans la robotique ont été soutenues par des investisseurs à hauteur de 1,95 milliard de dollars.

A ses débuts, Aldebaran connaît plusieurs victoires. En 2006, Bruno Maisonnier développe son premier robot, NAO. En 2008, NAO devient la plateforme officielle de la RoboCup League, qui oppose des équipes de développeurs aux commandes de robots footballeurs. En 2010, la société continue sur sa lancée à l’Exposition universelle de Shanghai: 20 robots danseurs animent le pavillon français. Parallèlement, le laboratoire Nakamura de l’Université de Tokyo achète 30 NAO pour en faire des assistants. Mais malgré ces succès, l’entreprise perd son élan. Poser les bases d’une commercialisation à grande échelle se révèle difficile.

L’enseignement: un premier pas

Si NAO n’atteint pas ses objectifs sur le plan des ventes, il reste néanmoins le modèle favori des chercheurs et des enseignants. «Le marché de masse n’est pas encore mature, mais NAO a trouvé sa place comme plateforme de recherche, explique Rodolphe Gelin. Il peut servir de système pédagogique en programmation, de soutien à la création de nouvelles applications ou d’outil pour enseigner aux enfants ayant des besoins spéciaux.» Fin 2014, on comptait plus de 5000 NAO actifs dans 70 pays.

Responsable du laboratoire CHILI (Computer-Human Interaction in Learning and Instruction) de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, Pierre Dillenbourg explore le potentiel de NAO dans l’enseignement. «Créer des interactions fluides entre l’homme et la machine est intéressant. Mais le véritable défi est de trouver des activités dans lesquelles les robots peuvent améliorer l’expérience d’apprentissage», explique-t-il.

Les chercheurs de CHILI ont montré que NAO pouvait tirer parti de la pratique pédagogique dite du «protégé». Dans le cadre du projet CoWriter, l’équipe a étudié le comportement d’enfants de 6 et 7 ans éprouvant des difficultés en lecture et en écriture. Avec pour objectif d’apprendre au robot à écrire dans un délai de quatre semaines, les enfants se sont prêtés au jeu avec enthousiasme et ont réussi à améliorer l’écriture de leur compagnon de manière significative.

Avec un produit apprécié dans le milieu académique, mais peu utile dans le cadre domestique (et relativement onéreux, à environ 6’000 euros), Aldebaran se retrouve à la croisée des chemins. En 2013, l’entreprise est rachetée par la société japonaise SoftBank pour 100 millions de dollars, puis renommée SoftBank Robotics. Bruno Maisonnier quitte le projet, et la stratégie s’éloigne de la commercialisation de masse pour cibler les institutions académiques.

Nouveau souffle

Quand les sociétés comme SoftBank Robotics parviendront-elles à développer des robots humanoïdes hautement fonctionnels? «Il faudra attendre encore une quinzaine d’années pour voir des robots capables d’interagir de manière vraiment naturelle avec les humains», estime Appolinaire Etoundi, maître de conférence en mécatronique au laboratoire de robotique de l’Université de Bristol. Tout en restant objectif, il se montre optimiste. «Serrer la main, servir un verre, tenir une conversation simple… Ces avancées récentes représentent des étapes importantes dans l’interaction homme-machine.»

Aujourd’hui, SoftBank Robotics mise sur Pepper, plus adapté aux besoins des consommateurs et des entreprises. Les ventes parlent d’elles-mêmes: 10’000 Pepper ont été écoulés à l’échelle mondiale depuis juin 2015. L’atout majeur de Pepper réside dans le fait qu’il est sympathique, une rareté dans le monde de la robotique. Et dans les magasins, il reste une nouveauté. En décembre dernier, SoftBank l’a déployé de manière expérimentale chez B8ta, une enseigne de nouvelles technologies à Santa Monica qui a ainsi vu une hausse de 13% de son chiffre d’affaires.

Une fois les robots expédiés, le plus dur est fait. Comme avec les véhicules Tesla, les développeurs peuvent ajouter des fonctionnalités via des mises à jour à distance. Le tout est d’identifier des tâches que les machines peuvent effectuer sans forcément disposer de capacités optimales. C’est une aubaine pour SoftBank Robotics, qui a plus de dix ans d’avance sur beaucoup de ses concurrents plus jeunes. «A l’origine, nous étions surtout motivés par l’aspect technique, explique Rodolphe Gelin. Mais nous avons aujourd’hui plus de 20’000 robots dans la nature, qui présentent chacun une opportunité pour observer les interactions avec les utilisateurs.»

SoftBank ne sera bientôt plus le seul à innover avec Pepper. Si le robot parvient à stimuler l’imagination de développeurs externes à l’entreprise dans le monde entier, de nouvelles applications pourraient voir le jour. «Son système d’exploitation ouvert est l’une des forces de ce robot, précise Pierre Dillenbourg, en référence à ses expériences avec NAO. Il est très facile de lui attribuer de nouvelles activités. Par exemple, si nous avons besoin de suivre les gestes ou les mouvements oculaires des apprenants, nous pouvons le faire.»

De quoi Rodolphe Gelin est-il le plus fier aujourd’hui? «D’un point de vue technique, l’expertise de SoftBank se retrouve particulièrement dans la capacité de NAO à marcher sur ses deux jambes et à se relever tout seul quand il tombe.» Dans un marché de plus en plus concurrentiel, SoftBank Robotics devra aussi être capable de supporter les chutes pour continuer sur la voie du succès.
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Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 12).

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