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suisseJEUDI 01 JUIN 2017
Déradicaliser les militaires?
La tentation est là chez les galonnés d’acheter de nouveaux avions sans passer par la périlleuse case populaire. Rien n’est fait pourtant: on rééduque bien les djihadistes rentrant de Syrie.
Par Nicolas Martin

Tu reviens de Syrie? Ou au contraire, tu songes un jour à entreprendre ce périlleux voyage? Tu es «influençable» et/ou «en quête d’identité»? Tu présentes «quelques troubles de développement faisant craindre une récidive»? Tu es «instable émotionnellement»? Réjouis-toi, Pierre Maudet a pensé à toi.

Il restait un pavillon de libre à la prison spécialisée Curabilis. Pourquoi, a dû se dire le ministre, ne pas y ouvrir un établissement de placement fermé (EPF) qui irait comme un gant aux jeunes sociopathes de tous poils? Un endroit super, le lieu idéal pour acquérir le «sens des responsabilités» et même, soyons fou, entreprendre «une formation».

Évidemment, l’Office fédéral de la justice n’est pas chaud-chaud et émet déjà une série de conditions qui vide à peu près le principe de sa substance ou en tout cas complique sérieusement sa mise en œuvre: un «concept pédagogique» est exigé, ainsi que des «groupes de vie plus réduits», mais aussi des infrastructures particulières, des gardiens sans uniformes, des formations pouvant être suivies à l’extérieur, etc. Manque juste l’impératif du jacuzzi et du bar à champagne.

Évidemment aussi, s’agissant des apprentis djihadistes, la France, terre autrement gangrenée par le phénomène des radicalisés, a décidé d’abandonner ce genre d’unités spécialisées en désintoxication idéologique et religieuse. Leur principal effet semblait d’entraîner un méchant phénomène d’émulation. Bref, le contraire de l’objectif visé.

Pas de quoi tournebouler le responsable médical de Curabilis, le professeur Giannakopoulos qui parle de «veiller à équilibrer les genres» et estime au doigt mouillé que, sur les 15 places à disposition, trois pourraient être occupées par les têtes folles radicalisées. Le projet à ses yeux représente de plus «un saut qualificatif». Ce qui est toujours plus vendeur que «saut dans l’inconnu», métaphore qui décrirait pourtant mieux le sens de la démarche.

Comme le montre la communication timorée de Maudet lui-même. Le conseiller d’Etat la joue gagne-petit, ce qui lui ressemble peu: il évoque un «début de réponse» et prévoit «certains tâtonnements», tout en se disant «prêt à essayer». On a vu plus conquérant et déterminé comme approche.

Et toi, tu aimes beaucoup les avions de combat? Tu ne te consoles pas de l’achat avorté de ces merveilleuses machines appelées Gripen, torpillées par un peuple bêtement antimilitariste et qui n’y connaît rien? Réjouis-toi, Guy Parmelin a pensé à toi.

Le vigneron de Bursins a fait plancher deux groupes de travail — experts et politiques — en vue de l’achat de nouveaux avions, concernant notamment le financement et le nombre d’appareils. Car le principe lui-même de nouveaux avions ne semble pas contesté. Malgré des arguments pourtant parfois en rase-mottes.

Comme celui du président du groupe d’experts, le divisionnaire Claude Meier: «Même s’il y a de nouvelles menaces — cyberattaques, terrorisme — cela ne veut pas dire que les anciennes menaces ont disparu.» Qui peut ignorer en effet que l’URSS et le troisième Reich n’attendent qu’un relâchement de notre vigilance — et une diminution de notre flotte militaire aérienne — pour envahir nos lacs et piétiner nos pâturages?

Si la question du type d’avion n’a pas été encore approfondie, les experts préconisent, concernant le financement, un achat qui se ferait en puisant dans le budget ordinaire de la Confédération, budget qui, ô miracle, n’est pas soumis à référendum.

Des nouveaux engins hors de prix — entre 5 et 18 milliards, selon les scénarios — sans passer par la case d’un peuple forcément abruti: voilà qui semble bien tentant. Il serait en tout cas piquant de voir un des représentants UDC au Conseil fédéral, le caporal Parmelin, s’asseoir ainsi sur la sacro-sainte et omnisciente volonté populaire, dont cette même UDC nous chante matin, midi et soir les assourdissantes louanges.

Il faut donc se rendre à l’évidence: il paraît à peu près aussi ardu et naïf de déradicaliser un radicalisé que de démilitariser un militarisé.



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