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valaisMERCREDI 28 JUIN 2017
L’art contemporain au milieu du village
A travers le projet pilote Creative Villages, des chercheurs de l’Ecole cantonale d’art du Valais questionnent le rôle de l’art contemporain dans les régions périphériques.
Par Andrée-Marie Dussault

Toujours plus présent hors des circuits habituels, l’art contemporain fait désormais sa marque en région périphérique. Pour accroître leur capital touristique, les zones excentrées y recourent pour générer une plus-value à la fois culturelle et économique. Forte de ces constats, une équipe de l’Ecole cantonale d’art du Valais (ECAV) a entrepris un projet pilote de recherche sur vingt-deux mois, Creative Villages (Villages créatifs). Son but: mieux comprendre les enjeux de ce phénomène récent, qui s’étend à l’échelle européenne.

«Notre objectif initial était de développer une réflexion critique par rapport à ‘l’économie créative’, c’est-à-dire l’utilisation de l’art pour valoriser économiquement un territoire», explique Benoît Antille, chef de projet et historien de l’art à l’ECAV. Comment l’art contemporain peut-il être utilisé à des fins autres que purement artistiques; comment peut-il être exploité économiquement; comment, le cas échéant, peut-il préserver ses vocations critiques et expérimentales, ainsi que son autonomie; quel rôle peut-il jouer dans une dynamique territoriale; qu’attend-on d’une politique culturelle? Voilà certaines des questions que se sont posées les chercheurs.

Parallèlement, à quelques kilomètres de l’ECAV, à Leytron, le conseiller communal chargé de la Culture, Alexandre Crettenand, aspirait à profiler la commune valaisanne de 3′100 habitants comme destination touristique culturelle originale. Il souhaitait par ailleurs faire vivre l’ancienne église du village, en la dédiant à la culture. Suite à une rencontre avec Benoît Antille, les deux Valaisans ont décidé de collaborer. C’est ainsi que le projet Creative Villages — financé par Pro Helvetia et le Fonds stratégique de la HES-SO Haute école spécialisée de Suisse occidentale, la Loterie romande, le canton du Valais et la commune de Leytron — est passé de la théorie à la pratique sur le terrain.

Un programme varié

En utilisant la plate-forme de Leytron, l’équipe de l’ECAV a non seulement voulu approfondir son travail sur le rôle de l’art contemporain dans les régions périphériques, mais elle a aussi proposé un riche programme culturel dans la commune. «Des expositions, des concerts, des ateliers, des débats, des conférences ont été organisés, énumère Benoît Antille. Dans l’ancienne église, mais aussi en plein air, dans des buvettes et des cafés du village, en partenariat avec les artisans et les restaurateurs de Leytron.» Des artistes de France, des États-Unis, de Colombie, mais aussi de Fribourg et du Valais ont été accueillis en résidence à Leytron. «Ils ont été appelés à créer des projets in situ, soit des œuvres destinées au lieu qui les héberge. Quatre journaux ont été publiés en marge de Creative Villages et l’ensemble de l’initiative a été documentée sur vidéo dont des extraits ont été diffusés sur Canal 9, la télévision cantonale valaisanne.»

Des liens ont par ailleurs été créés avec d’autres manifestations culturelles de régions voisines, comme le Palp Festival de Monthey et les Nuits valaisannes des images à Riddes. Le public visé s’est divisé en trois catégories, précise l’historien de l’art: les citoyens de Leytron, les Valaisans et, enfin, une communauté internationale spécialisée dans l’art contemporain. «Celle-ci a pris part à des débats plus pointus, circonscrits à la problématique plus vaste de l’art contemporain en région périphérique en général, et cela, en anglais.»

Pour Alexandre Crettenand, faire en sorte que les habitants s’approprient cette culture amenée de l’extérieur a été un défi de taille. Le projet était légèrement provocateur; il a un peu bousculé la région, admet-il. Pour la population locale qui n’avait pas forcément d’attentes culturelles, comme c’est le cas dans les grandes villes, l’art contemporain était en quelque sorte un ovni, souligne le responsable de la Culture de Leytron. «Ici, nous sommes habitués à l’art plus folklorique, comme la fanfare, et moins à l’art lyrique ou visuel plus moderne. Faire prendre la sauce n’a pas été évident!»

Se rapprocher des habitants

Au départ, une approche trop peu accessible a été adoptée, en présentant des expositions abstraites, mal saisissables, estime-t-il. «La communication a dû être repensée, pour être mieux adaptée au public local. Mais avec le temps, les uns et les autres ont progressivement appris à se connaître, à comprendre les attentes réciproques.» En traitant davantage des enjeux locaux, les initiatives se sont rapprochées des habitants de Leytron.

«Les défis ont été multiples, reconnaît également Alain Antille, responsable de la recherche et de la formation continue à l’ECAV qui a participé à la coordination du projet. Le challenge principal a été de développer des pratiques artistiques dans un village relativement rural où il existait peu de culture et d’infrastructure liées à l’art contemporain.» Certains événements ont reçu des échos positifs, d’autres en revanche ont connu des résultats plus mitigés. Au terme du projet, le 20 mai dernier, un rapport détaillé avec conclusions et pistes de travail a été rédigé pour le compte de la Commune de Leytron. Celles-ci pourront être reprises par les autorités communales de façon à pérenniser certains aspects du projet Creative Villages. Le bilan est pour l’instant nuancé.

Eviter l’instrumentalisation

Déjà, les organisateurs ont pu observer que dans le cadre de l’économie créative, il existe le risque d’une double instrumentalisation. Celle de la population locale qui se voit imposer de l’extérieur des pratiques artistiques ne répondant pas nécessairement à ses besoins. Et celle de l’artiste qui devient un instrument pour poser une problématique qui ne le concerne pas directement. «Cependant, entre ces deux écueils, il existe un espace à explorer, à définir», fait valoir Alain Antille.

Autre constat: créer des partenariats, des ponts et travailler main dans la main avec la population locale est fondamental pour la réussite d’une expérience similaire. Il a aussi été relevé que lorsqu’il existait un lien entre le territoire et un projet artistique, par exemple un aspect lié à l’agriculture ou à la viticulture dans le cas de Leytron, l’intérêt est plus grand. En témoigne le succès de l’exposition de photos Vignes en mouvement du photographe Gilbert Vogt, présentée en mars.

Pour avoir des résultats probants, il n’y a pas de règle générale, relève Alain Antille. Il s’agit d’un processus qui demande du temps, pour connaître la population et pour familiariser celle-ci avec des pratiques qu’elle ne connaît pas forcément. Beaucoup dépend des artistes, de leur personnalité, de leurs œuvres et des caractéristiques du lieu d’accueil. «L’ECAV se situant dans une région péri-urbaine, plusieurs projets artistiques ont déjà été menés dans des villages et selon les cas, la réception varie.»
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Une version de cet article est parue dans la revue Hémisphères (no 13).

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