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dialecteDIMANCHE 11 MARS 2001
L’éloge du schwyzertütsch, un succès de librairie
Le public alémanique est emballé par un petit traité de linguistique paru à la fin janvier. Son auteur, Christian Scholz, a voulu étudier la Suisse par le biais du langage.
Par Geneviève Grimm-Gobat

Depuis un mois, un petit livre blanc rencontre un succès étonnant dans les librairies alémaniques. «Neue Schweizer Wörter» est une sorte d’éloge du schwyzertütsch, rédigée dans un allemand classique par un auteur allemand, Christian Scholz.

Ses quelque cent pages sont consacrées à des expressions telles que «Hoi und Ahoi» (salut), «Das söt stime» (ça devrait jouer), «Jesses näi» (non Jésus), «Schmusli» (un bec), «Rüebliland bleibt Rüebliland» (le pays des carottes reste le pays des carottes), «Huusfäscht» (la fête à la maison ), «En glungne Typ» (un bon type), «Es Tüpfi » (une gonzesse), «Aabee» (les toilettes) ou «zruggbuechstabiere» (épeler en arrière).

Tiré à 3000 exemplaires, alors qu’un tirage moyen est de 1500, le livre connaîtra d’ici peu une deuxième édition. «Nous n’avons pas fait de publicité, mais très rapidement, les journaux en ont parlé, explique la responsable des ventes de Huber Verlag à Frauenfeld. L’auteur est très sollicité sur les ondes de la radio.»

Né en 1951 à Stockholm, Christian Scholz a passé son enfance et sa jeunesse à Hambourg. En 1980, il débarque en Suisse, s’installe à Zürich où il vit comme «auteur, photographe et collaborateur de la NZZ». Vingt ans plus tard, il comprend parfaitement le dialecte alémanique mais ne souhaite toujours pas le parler, par respect …

D’où vient son intérêt pour le schwyzertütsch? Dans une interview publiée par la Weltwoche, Christian Scholz raconte qu’il a souhaité appréhender le microcosme alémanique par le biais du langage. «Pour moi, le dialecte est une sorte de caverne d’Ali Baba dans laquelle se trouvent conservés la mentalité, l’histoire, la culture, l’économie, le sport», dit-il.

Mais quels attraits trouve-t-il donc à cette langue? «Je n’ai jamais considéré ce dialecte comme une «Kratzsprache» (langue gutturale). Peut-être est-ce à cause de mon enfance suédoise que je lui trouve une mélodie agréable?» Christian Scholz admire tout particulièrement la faculté qu’a le schwyzertütsch de décliner des verbes à partir des substantifs. En comparaison, l’allemand classique lui paraît bien terne.

Scholz relève que les Suisses alémaniques étudient beaucoup. Ils «studieren» non seulement l’horaire des CFF, mais aussi l’offre d’un hôtel, les conditions météorologiques ou une carte des menus. Quantité d’autres actes de la vie quotidienne sont «étudiés». Mais les étudiants, eux, n’étudient pas, ils «hirnen» (verbe tiré de «Hirn», le cerveau).

On apprend également dans «Neue Schweizer Wörter» que les Alémaniques ne parlent pas facilement de leurs amis («Freunde») mais préfèrent l’expression «Kollege» qui, en allemand, est réservée strictement à la sphère du travail. Quand il s’agit d’éteindre un appareil électronique, ils parlent toujours d’«abglöscht», une référence à l’époque des bougies!

Le vocabulaire alémanique est extrêmement riche dans le registre de la neige. Pour le bruit de son crissement, on répertorie une bonne dizaine d’expressions intraduisibles en français: «giire», «chiirpsche», «rääggu», «rigge», «pfingge».

——-
Christian Scholz, « Neue Schweizer Wörter », Mundart und Alltag, Verlag Huber.

Les lecteurs alémaniques avaient déjà très bien accueilli le premier livre de Christian Scholz, «Schweizer Wörter», qui connut trois éditions (Nimbus Verlag). L’ouvrage avait été critiqué sévèrement par le Tages Anzeiger.

Les citations de Christian Scholz sont extraites de la Weltwoche du 25 janvier 2001.

Pour une initiation au dialecte alémanique, nous recommandons le «Wörterbuch Schweizerdeutsch-Deutsch »( Haffmans Verlag), qui se présente sous la forme d’un passeport suisse. Il permet d’accéder, en une cinquantaine de pages, au vocabulaire basique.


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