Publicité

à LA UNE

SUISSE
Sans peur, mais avec reproche
 
SCIENCES
L’alimentation sous la loupe des chercheurs
MARKETING
Tourisme: engouement pour les étoiles
 
INNOVATION
Medtech et biotech résistent au franc fort
ENTREPRISE
Passer en société anonyme, indispensable pour les investisseurs
 
SUISSE
Le syndrome de l’arrosoir

AFFAIRES à Suivre
SUISSE  PARU DANS REFLEX
PARU DANS L'HEBDO  INNOVATION
INVESTIR  PARU DANS HéMISPHèRES

LES PLUS LUS depuis un mois
1
PRESSE
Les leçons du Washington Post
 2
SUISSE
Se débarrasser d'Oskar, ou la quadrature du cercle
3
ZOOM
Start-up, la méthode russe
 4
SUISSE
Donald Trump et les clandestins genevois
5
SANTE
Des parents de plus en plus épuisés
 6
ENTREPRISE
Ces Français qui choisissent la Suisse pour lancer leur société

Réseaux sociaux
 

GLOCAL

Commenter  Imprimer  Envoyer
recitMERCREDI 12 SEPTEMBRE 2001
New York, le matin après le cauchemar
A quoi ressemble une métropole blessée, amputée de son symbole? Récit de notre correspondante à Manhattan. Et sélection de documents en rapport avec l'attaque terroriste.
Par Maria Pia Mascaro

C’est une aube insolente de beauté qui s’est levée sur Manhattan. Le ciel est clair. Une insulte presque à la mémoire de ceux qui gisent encore dans les débris fumants du World Trade Center. Une ode peut-être aussi à la vie qui continue.

J’ai filé sur le toit, en pyjama. Un geste instinctif, comme s’il pouvait, dans sa dérision, conjurer le sort. Mais le spectacle qui m’attendait dans la lumière bleutée du petit matin était aussi implacable que celui de la veille. A l’emplacement des deux élégantes tours d’argent ne s’élevait encore, comme hier, qu’un énorme nuage de fumée noirâtre, tenace.

J’ai de la peine à reconnaître ma ville. Oui, je me l’approprie, comme tous les New-Yorkais. Sur la First Avenue ce matin, seuls quelques rares ambulances, des véhicules utilitaires et des camions circulaient encore. J’habite dans le périmètre sud, totalement fermé à toute circulation non essentielle. Seulement des ambulances, voitures de pompiers, grues, pelles mécaniques, camions remorques….

Les magasins et les cafés ouvrent peu à peu, mais je ne trouve pas de journaux. Le kiosque en bas de chez moi reste désespérement fermé. Je ne peux que supposer que son propriétaire, un Indien vivant dans le Queens, n’a pas réussi à repasser le pont pour venir travailler. Ou que la livraison de journaux n’a été pas autorisée dans le tiers inférieur de la ville.

Le président Bush promettait hier soir que le pays reprendrait vie dès aujourd’hui, que l’économie redémarrerait aussi vite. On ne demandait qu’à le croire. Mais Manhattan tourne encore au ralenti. Les écoles sont fermées, le courrier ne sera pas distribué, les entreprises et les commerces du bas de la ville resteront fermés. Le premier choc accusé, Manhattan s’est peu à peu transformée en ville fantôme.

Comme si l’horreur était trop dure à vivre, les New-Yorkais semblent s’être barricadés chez eux. J’ai passé une partie de de la nuit dans les rues, cherchant à m’approcher le plus possible du lieu de l’explosion. Mais les forces de l’ordre empêchaient tout accès pour des raisons de sécurité. Les débris sont encore fumants, des buildings ou parties de buildings menacent encore de s’effondrer.

D’abord déçue, je brandis ma carte de presse, puis me raisonne rapidement. La solidarité spontanée des New-Yorkais me touche. Ils étaient réputés pour leur individualisme, et là, ils sont des milliers à faire la queue devant les postes d’enregistrement des volontaires, prêts à fouiller les débris, à accueillir des sans abris, à donner leur sang.

Vers deux heures du matin, je tombe par hasard sur Gary, un vieil ami, hagard, m’avouant qu’il a passé la soirée à descendre et à remonter les avenues à vélo. «Je n’arrive pas à dormir, je n’arrive pas à quitter la rue.»

Je n’ai finalement pas fait autre chose. Arpenter les rues, de haut en bas, de bas en haut. Je suis revenue lentement sur mes pas, vers la mosquée de la First Avenue, à une encâblure de chez moi. Les fenêtres sont obstinément fermées. J’apprendrai ce matin que toutes les mosquées de la ville, comme plusieurs commerces tenus par des personnes arabes ou musulmanes, n’ouvriront pas aujourd’hui, ni dans les jours à venir. Par peur de représailles, disent-ils.

Les médias américains ne peuvent s’empêcher d’évoquer la piste arabe, évidemment. Je craignais d’assister à des scènes de racisme ouvert dans les rues. Mais rien de tel ne s’est produit. Les habitants semblent encore tout à leur accablement et à leur tristesse. L’heure des questions et des réactions viendra sans doute plus tard.

Je suis finalement rentrée fourbue, avec l’envie de passer le reste de la nuit avec des êtres chers. Mais mes amis étaient tous à Brooklyn, de l’autre côté du pont, loin, très loin de Manhattan. J’apprends que les métros vont fonctionner à nouveau aujourd’hui. C’est le premier signe de réconfort de la journée.

——-
A consulter aussi, ces témoignages poignants de quelques rescapés du World Trade Center.

Le site officiel du Pentagone, avec visite virtuelle du bâtiment qui a été attaqué.

Sur le site officiel du FBI, l’affiche de recherche de Oussama Ben Laden.

La page consacrée à Ben Laden par la Fédération des scientifiques américains.



Commentaires via Facebook



  

© 1999 - 2017 Largeur.com, toute reproduction interdite