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businessSAMEDI 26 JANVIER 2002
L’affaire Enron pour ceux qui ont raté le début
Un vice-président du géant industriel américain a été retrouvé mort vendredi. Il ne reste aujourd’hui presque rien de la société texane. Retour sur la débâcle historique qui traumatise les Etats-Unis.
Par Mary Vakaridis

Cliff Baxter, vice-président d’Enron, a été retrouvé mort vendredi dans sa Mercedes noire. Il s’est tué d’une balle dans la tête, indiquent les médecins légistes. Selon la chaîne ABC, la lettre retrouvée à ses côtés explique qu’il ne supportait plus la pression causée par le scandale de la faillite du courtier en énergie. Agé de 43 ans, il avait démissionné en mai dernier après avoir critiqué les pratiques financières de la société texane.

Au pays du libéralisme, la faillite Enron a quelque chose de profondément traumatisant. Enron, ce n’est pas une de ces dotcom qui vendaient du vent. C’est du solide. De l’électricité, du gaz, des pipe-lines… Cent milliards de dollars de chiffre d’affaires. La septième entreprise américaine. La compagnie texane apparaît régulièrement parmi les sociétés plus admirées du pays.

Et du jour au lendemain, il ne reste plus rien. Un quart des vingt mille employés à la rue. Les actions vidées de toute substance. Les caisses de retraite évaporées. Des salariés ruinés, tandis que le patron - Kenneth Lay - a toujours les 205 millions de dollars qu’il a encaissés ces quatre dernières années, grâce à ses stock-options.

Cette débâcle est d’autant plus effrayante que tout un dispositif est censé protéger l’employé et l’actionnaire d’une banqueroute de l’entreprise. Dans le cas Enron, c’est l’ensemble du système qui a disjoncté.

Pour l’entreprise qui ouvre son capital au public, il y a tout d’abord une obligation morale. Celle de diffuser des comptes qui reflètent la situation de la société. Enron n’a pas observé ce principe. Mais qui soupçonnerait cela chez un groupe aussi respectable? Regardez: le boss est un ami du président Bush Junior lui-même. D’ailleurs, au passage, Enron était aussi l’un des principaux contributeurs de sa campagne électorale en 2000.

Les comptes sont ensuite c ontrôlés par des réviseurs. Leur métier est de certifier que les données sont dignes de confiance. En apposant leur label, ils engagent leur crédibilité. Or Andersen, le réviseur d’Enron, a approuvé des comptes gravement manipulés. Il faudrait être diablement présomptueux pour mettre en doute la probité d’Andersen. Et pourtant, depuis la faillite, les documents concernant Enron ont une fâcheuse tendance à passer dans la broyeuse du réviseur.

Pour éviter de se retrouver sur la paille, les établissements qui prêtent de grosses sommes s’assurent que leur débiteur est solvable. Ce que n’a fait aucun des créanciers d’Enron. Puisqu’Enron est une des compagnies les plus riches du pays.

Les redoutables analystes de Wall Street n’ont rien vu en épluchant les résultats annuels. Et puis, pourquoi éplucheraient-ils les comptes d’une société dont l’action pulvérise record sur record?

Le gendarme de la bourse n’a pas gendarmé. La Securities and Exchange Commission (SEC) ne s’était plus penchée sérieusement sur le cas Enron depuis 1997. Il y a déjà bien assez à faire avec les canards boiteux.

Quant aux directeurs et aux administrateurs d’Enron, ils étaient trop occupés à s’en mettre plein les poches pour se soucier de la pérennité de la compagnie.

Si tout le monde a fait l’autruche, c’est qu’Enron représente beaucoup d’argent. Pourquoi être trop regardant quand on bénéficie des largesses du groupe? Enron n’a jamais lésiné sur le lobbying en faveur de la déréglementation. Les patrons ont consacré de gros moyens à soigner les politiques, surtout les républicains. L’entreprise a investi des millions de dollars dans les campagnes présidentielles.

Et pour la communauté financière, Enron est une excellente relation. Pour ses services, le réviseur Andersen touche des dizaines de millions de dollars par an. Pourquoi contester les comptes et risquer de perdre un bon client?

Avides de mandats, les conglomérats bancaires comme JP Morgan Chase et Citigroup cumulent des fonctions souvent conflictuelles. Difficile de rester critique en étant à la fois créancier, partenaire commercial, investisseur et conseiller fiscal. Les mêmes banques ont continué à recommander le titre, même lorsqu’il était évident que quelque chose ne jouait pas.

Enron est à la base un distributeur de gaz. Suite à la libéralisation des marchés, le groupe peut jouer les intermédiaires entre acquéreurs et vendeurs dans les secteurs les plus divers - eau, électricité, câbles téléphoniques… Et ça marche très fort. Grâce aux activités de courtage, les revenus montent en flèche. En bourse, l’action flambe. De nombreux salariés-actionnaires deviennent millionnaires. C’est le bonheur.

Mais le trading demande beaucoup de capital. L’entreprise emprunte toujours plus. L’endettement explose. Et encore, le public ne sait pas tout. Le groupe est engagé pour des milliards de dollars dans des opérations qui ne figurent pas dans les comptes. Ces opérations sont dissimulées dans la comptabilité de sociétés partenaires. Le même subterfuge permet de camouffler les pertes et de gonfler les bénéfices.

L’échafaudage tient tant que l’action grimpe. Les prêts dissimulés sont garantis par la valeur de l’entreprise à la bourse. Mais début 2001, le titre s’essouffle. Les créanciers ne vont pas tarder à s’inquiéter de leur argent.

En octobre 2001, Enron annonce des pertes pour le troisième trimestre. Bizarre: la valeur net de l’entreprise a soudain diminué de 1,2 milliard de dollars. La presse s’interroge.

Et toute la belle machine à fabriquer de la plus-value boursière se déglingue. Wall Street réclame des explications. Les autorités de surveillance se réveillent. La SEC ouvre une enquête. Chez les créanciers et les partenaires, c’est le sauve-qui-peut général. En quelques heures, l’entreprise est à cours de cash.

Le 2 décembre, Enron dépose son bilan. Depuis, chaque jour amène son lot de révélations scandaleuses. La Maison-Blanche tente tant bien que mal de prendre ses distances. Acculé, le boss Ken Lay a démissionné mercredi dernier. Et depuis jeudi, une dizaine de commissions du Congrès passe l’affaire au crible.

Aux Etats-Unis, l’honnête citoyen est sous le choc. L’implosion d’Enron est aussi inconcevable qu’une faillite chez Swissair. A qui le consommateur peut-il se fier si un géant de l’énergie est balayé de la sorte? Le petit épargnant doit-il continuer à croire que la bourse le rendra riche… ou du moins… ne le ruinera pas?

Le laisser-faire économique est-il vraiment la condition d’une vie meilleure? L’affaire Enron met les Américains dans le doute.



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