La chirurgie robotique, une innovation clivante

Une étude récente met en doute la supériorité des opérations mini-invasives assistées par robot dans le traitement du cancer de la prostate. Le débat est lancé.

Par Ben McCluskey

La chirurgie mini-invasive assistée par robot est une méthode populaire pour les opérations de réduction ou d’ablation de la prostate: au Royaume-Uni, par exemple, elle a été utilisée dans 67% des cas entre 2014 et 2015. Mais une étude menée par des chercheurs du Royal Brisbane and Women’s Hospital en Australie jette aujourd’hui le doute sur les avantages supposés de cette technique: «Contrairement aux idées reçues, nous n’avons pas observé de différence statistiquement significative entre la chirurgie robotisée et la chirurgie ouverte», écrit l’auteur principal de l’étude, Robert Gardiner.

D’après Erik Mayer, professeur en urologie à l’Imperial College London, le simple fait d’avoir réalisé cette étude mérite d’être salué. «Il est très difficile de mener des essais aléatoires fiables, car il faut comparer les techniques avec des patients de même typologie et des chirurgiens ayant la même expérience», explique-t-il. Malgré ces précautions, l’étude comporte certains défauts: l’échantillon ne compte que 308 patients et la période de suivi de douze semaines est relativement courte pour évaluer les résultats dans le temps.

Depuis la publication de l’étude, des voix s’élèvent pour remettre en cause l’utilisation de cette coûteuse option qui manquerait apparemment de fondement scientifique suffisant. Toutefois, la chirurgie robotique n’est pas considérée strictement équivalente à la chirurgie ouverte. «Les opérations robotiques sont moins invasives pour les patients, souligne Erik Mayer. Elles permettent par ailleurs de résoudre certaines difficultés liées à la chirurgie mini-invasive, comme la perception de profondeur et la réalisation de gestes contre-intuitifs.»

L’urologue réfute par ailleurs l’idée selon laquelle les nouvelles techniques devraient forcément surpasser les anciennes: «Si l’innovation offre une base solide pour de futures évolutions, il suffit qu’elle soit aussi performante que la solution existante.»

Une prostatectomie robotique coûte environ 1’600 euros de plus qu’une opération mini-invasive traditionnelle. Les budgets nationaux de la santé étant déjà serrés, l’étude australienne pourrait inspirer des analyses coûts-avantages plus approfondies.
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Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 11).

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