En toute bonne foi

La transparence politique qui patine, la contestation des loyers excessifs rendue plus ardue, les salafistes qui donnent une leçon de censure à la ville de Zurich. Très joli début d’été.

Par Nicolas Martin

L’été sera chaud. Ce ne sont pas les grenouilles ni les sorciers de la météo qui le disent. Mais les faits, rien que les faits, toujours aussi têtus. Humez donc, il flotte déjà dans l’air comme une odeur de cuisson à petit feu. Et même aux petits oignons.

Les locataires d’abord pourraient vite passer à la casserole. Contester des loyers excessifs? Quelle drôle d’idée! Le Conseil national entend bien mettre fin à ces odieuses pratiques consistant à pourrir la vie des honnêtes régies et des gentils propriétaires. Au motif que contester un loyer initial nuirait «à la bonne foi des contrats».
Tout est parti d’une initiative parlementaire de l’UDC zurichois Hans Egloff. Un homme qui connaît parfaitement le sujet puisqu’il est au civil président de l’Association alémanique des propriétaires fonciers (HEV). C’est beau, un parlement de milice.

Tant pis si les contestations sont très rares malgré des loyers qui ne cessent d’augmenter alors que les taux de référence, eux, sont à la baisse. Tout cela ne pèse pas lourd, comme l’a rappelé la commission juridique du Conseil, face au sacro-saint «principe de la bonne foi inscrit dans le droit suisse du contrat». Vous vous faites escroquer chaque mois? Pas grave, c’est de bonne foi.

Ceux qui, pour contrer ce genre de forfaiture, espéraient en l’initiative populaire sur la transparence, lancée par les partis de gauche, risquent de déchanter. La récolte de signatures jusqu’ici ne se passe en effet pas trop bien, il manque encore 20 000 paraphes jusqu’ au 26 octobre.

Rappelons que ce texte vise à obliger les partis politiques à publier chaque année les dons reçus — ceux supérieurs à 10 000 francs — ainsi que les frais engagés dans toute campagne électorale. Rappelons aussi que, si initiative populaire il y a, c’est que toutes les tentatives d’obtenir cette transparence devant le Parlement ont échoué.

Rappelons enfin que la Suisse est le seul pays membre du Conseil de l’Europe à ne pas disposer d’une loi sur le financement des partis. Et qu’elle se fait à ce sujet régulièrement morigéner par le Greco (Groupe d’Etats contre la corruption). Corrompus, nous? Mais non voyons. C’est juste qu’entre gens civilisés, la bonne foi suffit. Et que la loi, cette vilaine chose, ça va pour les pays de gangsters qui nous entourent.

De la même façon, pourrait-on penser, que l’état d’urgence, cela vaut contre les islamistes de France, de Belgique ou d’ailleurs. Pas contre nos salafistes à nous. C’est en effet un manque de base légale qu’a invoqué la ville de Zurich pour ne pas suivre les recommandations du canton ainsi que du service des renseignements de la Confédération (SRC). Et autoriser la distribution de corans par l’association «Lies!» (Lis!) interdite depuis 2016 en Allemagne pour ses liens avérés avec le djihadisme islamique. Les islamistes invoquent la liberté d’expression et ils ont raison: la loi la défend, cette liberté, et l’absence de loi la sous-entend. C’est pour sortir de cette aporie que l’état d’urgence a été inventé.

Mais que croyez-vous à la fin qu’il arriva? Malgré l’autorisation de la ville, les organisateurs ont renoncé d’eux-mêmes à leur distribution de corans. S’être montré plus salafiste que les salafistes: l’exploit de la ville de Zurich est de taille. Mais bon: même si le groupe qui est derrière «Lies!» a pour slogan «Die wahre Religion», la vraie religion, on hésitera à parler ici, pour une fois, de bonne foi.